‹ La galerie du régent, Philippe, duc d'OrléansChapitre 46 sur 182 · LÉONARD DE VINCI. — LA COLOMBINE · texte numérisé non relu

LÉONARD DE VINCI. — LA COLOMBINE

L'autre pseudo-Vinci est plus connu, il est à Pétersbourg (Ermitage) et semble très léonardesque au premier abord. C’est la Colombine, ainsi appelée parce qu’elle tient une ancolie, nom savant de la Colombine ou fleur du parfait amour. Paul Mantz se demandait : « Pourquoi l’appelle-t-on la Colombine, cette jeune femme qui, somptueusement vêtue d’une robe blanche brodée de jaune et, le sein à demi découvert, sourit en regardant une fleur? Nul ne l’a jamais dit, et sans doute on l’ignorera toujours. » Il suffisait pourtant d'ouvrir le bon Littré pour avoir la savoureuse explication de cette petite enigme. « Mais cette inconnue, ajoute Mantz, a bien l’air de venir de Milan : elle a les lèvres et les yeux des enchanteresses de Léonard et naturellement elle lui est attribuée. »

Waagen, avant Mantz, interrogea la mystérieuse et captivante personne. Il risque deux noms : Luini ou Andrea Solario. Depuis, Morelli a soulevé un autre problème bien plus délicat que celui du titre traditionnel de ce tableau, il a assimilé le peintre de la Colombine au peintre de Vertumne et Pomone, du Musée de Berlin, créant pour la Renaissance ces dénominations réservées jusqu'ici aux primitifs qu'on a été obligé de désigner sous les noms de Peintre de la mort de la Vierge, Peintre des demifigures, etc.

Or, quand Vertumne et Pomone étaient à Paris, au commencement du xvir® siècle, chez le duc de Saint-Simon, le tableau portait une inscription en lettres grecques : Francesco Melzi, gentilhomme milanais ; il était donc attribué à cet ami, élève et héritier de Léonard. On sait fort peu de chose de Francesco, il est célèbre surtout pour avoir accompagné le Vinci à Rome et en France ; le grand artiste expira dans les bras de ce jeune homme au château de Cloux, près d’Amboise. L'œuvre cependant fut débaptisée, elle fut vendue à Frédéric IT et cataloguée à Sans-Souci comme un Vinci. En 1830 on revint au nom de Melzi.

Les mérites de ces tableaux de Berlin et de Pétersbourg sont incontestés, mais l’on se demande comment un peintre de ce talent ne nous ait laissé que deux œuvres, un peintre qui à vécu au moins soixante-

quatorze ans! On peut répondre que Melzi, riche et patricien, n’a travaillé

KW

FAS < NZ Z 7 d 7) ÿ 68 LA GALERIE DU RÉGENT

que par boutades, nullement en professionnel. Mais là encore un point d'interrogation : comment un amateur a-t-il pu arriver à cette maitrise? C'est la même main qui a exécuté les deux tableaux, cela reste acquis et rien d'autre... en attendant qu’on trouve d’autres points de comparaison.

Du troisième tableau nous n'avons que deux courtes descriptions, l’une dans l’/nventario de Christine : « Ritratto con berretta nera, » autre dans Dubois de Saint-Gelais : « Un portrait, peint sur bois, haut d’un pied un pouce, large de dix pouces. Figure de petite nature. C’est une jeune fille dont la coiffure est bizarre et qui a une collerette. Le fond du tableau est brun. » Ce portrait avait déjà disparu en 1788.

Ajoutons que, dans la Galerie du Palais-Royal, figure comme du Vinci, une Hérodiade en pied que Dubois de Saint-Gelais avait décrite sous le nom d’Andrea Solario. C'est là une des nombreuses négligences de Couché

qui se plait ainsi à égarer les recherches.

Page 1