LE CORRÈGE (RUBENS). — L'ÉDUCATION DE L'AMOUR
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ministre de Mantoue (Annibale Cherpio) : « Sono finalemente arrivate l
copie delle pitture del Corregio… le ho mandate a S. M“ le quale le ha trovato carissime e ringratia S. A... (les copies des tableaux du Corrège sont enfin arrivées... je les ai envoyées à Sa Majesté qui les a trouvées très charmantes et remercie Son Altesse [le duc de Mantoue]. )»
Ce Flamand? C’est Rubens qui, sur le désir de Rodolphe IT, s'était mis au service de Vincent de Gonzague en cette année 1605, expressément pour exécuter ces copies. Les sujets ne sont pas indiqués, mais en consultant l'inventaire des tableaux du duc de Mantoue en 1627, publié par le comte d’Arco, nous notons trois Corrège, dont notre Mercure, Cupidon et Vénus. Cette composition fut-elle copiée par Rubens ? Il n’y a pas de doute. Les inventaires sont là, malheureusement sans noms de peintres celui de Prague porte Mercuriuss (sic) Venus und Cupido (n° 253) et l’Inventaire des raritez qui sont dans le cabinet des antiquitez de la Sérénissime Reyne de Suède, rédigé en 1652, à Stockholm, par le marquis du Fresne, sur l’ordre de Christine, nous indique comme venant de Prague : « 87, Mercure, Vénus et un Cupidon. » La preuve n'est-elle pas faite?
Le Corrège de M. de Franqueville est donc un superbe Rubens. L’érudit collectionneur peut se consoler d’avoir en partage une aussi brillante interprétation d’un chef-d'œuvre due à un pareil maître. On s'explique ainsi l’impression que produit cette copie, même quand on n’est pas prévenu, comme cela nous est arrivé, nos recherches n'ayant été faites qu'après notre visite à la Muette. En somme, Guibert, en 1720, avait vu juste, nous avons cité son opinion : il mentionne les retouches qui déguisent l’œuvre, mais, comme nous, il est d’avis que c'est « un très beau morceau ».
Une Sainte Famille, peinte sur bois, « figures de dix-huit pouces », a passé chez Samuel Rogers. Au moment de la vente du poète, en décembre 1855, l’'Athenæum disait de ce tableau : « Extraordinaire Sainte Famille du Corrège, remarquable par sa puissance de facture et son dessin incorrect, probablement une œuvre authentique de sa jeunesse. » Tout ce que nous savons de plus c'est que ce panneau fut alors adjugé 250 livres sterling (6.300 fr.) à Stuart
et qu'il avait coûté 53 liv. sterl. 11 sh. à Rogers (1.336 fr. 25).
Quant au portrait de César Borgia, l’attribution est invraisemblable, le prince étant mort en 1507 et le Corrège étant né en 1494. Charles Yriarte vit encore ce tableau à Deep Deen, chez H. Thomas Hope, en 1899. Depuis, cette collection a été dispersée. D’après le costume, le personnage représenté est de 1530 ou de 1540. C’est un des nombreux pseudo-César Borgia qui courent le monde.
Ni une Madeleine repentante, ni le Rougeaud n'ont survécu. Le Mulet, au contraire, se voit à Stafford House; ce serait, paraït-il, une enseigne peinte par le Corrège encore très jeune pour payer son écot. Ces historiettes ont quelque crédit en Angleterre, on les propage volontiers. Le tableau est franchement mauvais; on s'étonne de voir Waagen affirmer qu'il est traité avec une grande maitrise.
Les autres Corrège ne sont plus du Corrège, à savoir : {a Vierge au Panier, de Bridgewater House, qu’on croit être de Schidone (le vrai tableau est, malgré sa petitesse, un des joyaux de la National Gallery), le Noli me tangere dont l'original, offrant de grandes variantes, est à Madrid, et les Études
de têtes, esquisses d’atelier pour une fresque plafonnante {National Gallery).