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PEINTRES DIVERS 85
qui marquent la troisième manière de l'artiste », nous dit le catalogue de la collection Wantage. Les Carrache, le Guide sont fort mal en point dans les entassements factices des musées, car ils furent surtout des décorateurs. Si l’on veut leur rendre quelque justice, il faut s’en tenir à leurs fresques romaines du Palais Farnèse et du Palais Rospigliosi où, dans un cadre somptueux, leurs œuvres excitent l'intérêt sinon l’admiration.
L’Albane, pas plus que le Guide, n’a grand succès de nos jours. Pour comble de malheur, le sujet, considéré comme trop libre, de Salmacis et Hermaphrodite (Bridgewater House) fait que ce tableau n’est pas montré au public. Waagen, pourtant, l’a vu, il en loue l’exécution soignée et solide, mais il reproche à Hermaphrodite ses formes disgracieuses et au paysage son aspect sombre. Un Saint Jean préchant dans le désert (Bowood) est, d’après le même critique, d’une couleur chaude et transparente.
Le Dominiquin, grâce à sa Communion de saint Jérôme dont Taine parle encore avec tant d'enthousiasme, a gardé un peu de renom. Certes, /e Portement de Croix (Bridgewater House) est un excellent tableau de chevalet. Le Christ git à terre, écrasé sous le poids de son fardeau, avec une face trop exsangue ; autour de lui se dressent ses robustes bourreaux aux muscles saillants, l’un d’eux le frappe encore. On a critiqué le manque d'ordonnance de cette composition, mais c’est, au contraire, un mérite ici; le Dominiquin a voulu sortir du convenu et, par son réalisme, éveiller en nous des sentiments humains ; il a sacrifié, cette fois, le décor et l’architectonie, l’équilibre et le parallélisme, il a fait abandon des recettes de l’école afin de nous mieux toucher et de nous émouvoir.
On n’en saurait dire autant de sa Sibylle enturbannée, comme celle du Guide : c’est le type du poncif. Cette demi-figure retint encore, vers 1856, l'attention admirative de Waagen : « Les traits, dit-il, sont ceux d’un modèle qui a souvent posé pour le maître. L'expression inspirée, la couleur chaude et puissante, le dessin délicat et la solide exécution rendent ce tableau très attrayant. » Nous avons un autre point visuel aujourd’hui. Du reste, les archives de la Wallace Collection, où se trouve cette Sibylle, nous apprennent
que le marquis de Hertford acheta le tableau... pour son cadre — un beau
cadre vénitien — ce grand seigneur, cet amateur éclairé, éprouvait le besoin de s’excuser.
Le Saint François en prière et les Mariniers, tous deux à Bridgewater House, sont des paysages que le temps a peu épargnés, ils sont placés très haut, sans doute à dessein.
L'un des plus importants tableaux du Guerchin, David et Abigail, est aussi chez le comte d’Ellesmere. C’est le résultat de l’éclectisme impuissant; synthèse de l’art académique des Carrache, de la couleur des Vénitiens et du clairobscur du Caravage, l’œuvre est morne et sans vie; elle fut pourtant célèbre et célébrée depuis le jour où, en 1636, l'artiste la livra au cardinal Barberini ; on la cite plus tard comme un des joyaux appartenant au cardinal Mazarin, dans l'inventaire de qui elle est prisée trois mille livres tournois. Maintenant, quoique de plus anoblie par son passage au Palais-Royal, elle est pour nous la négation même de l’art, et n’a pas la moindre parcelle d'émotion créative.
La France a gardé deux tableaux bolonais du Régent : un Guido Canlassi (Jeune martyre, au musée de Montpellier); un Pietro Francesco Mola {Agar et Ismaël, au Louvre). Ce dernier est un petit paysage à figurines, très soigné d'exécution, mais très insignifiant. Du même peintre se trouve, à la National Gallery, un Repos en Égypte qui faisait pendant à l’Agar, mais qui est beaucoup moins bien conservé. À Stafford House on voit enfin un tableau important de Mola : Saint Jean préchant dans le désert qui fait penser aux Vénitiens plus qu'aux Carrache. Les figures se détachent en clair sur un paysage devenu sombre, le saint Jean drapé de rouge est d’un dessin vigoureux et, au premier plan, un des auditeurs, au costume oriental, rompt la monotonie des groupes par son attitude pittoresque et par ses dimensions.
Que dire du Vol me tangere, de Carlo Cignani (Bridgewater House)? La décadence s’accentue dans cette redite ennuyeuse d’un sujet si souvent présenté. Avec ce pauvre peintre, meurt l’école de Bologne.
Rien n’a subsisté des peintres génois et des peintres napolitains du Palais- Royal; l'unique Martyre de saint Pierre, de Mattia Preti (il Calabrese), est revenu d'Angleterre. La commission du musée de Grenoble en fit l’acqui-
sition (1828) à un prix dérisoire. C’est la grande « machine » destinée à