‹ La galerie du régent, Philippe, duc d'OrléansChapitre 59 sur 182 · LES CARRACHE · texte numérisé non relu

LES CARRACHE

Régent, avait conservé son cadre aux armes des Pamfili, avait été donnée à la reine Christine, en février 1656, lors de sa première visite à la villa de Don Camillo Pamfili. Le tableau est à Bridgewater House, il est le résultat d’un grand effort, d’une particulière application; la pensée d’égaler le Titien est évidente, le paysage même, encadré dans les lignes rigides d’une maçonnerie, révèle cette préoccupation. On voit là toute la force et toute la faiblesse de l'artiste, la dextérité du dessinateur et l’échec désastreux du coloriste.

Voulez-vous du Corrège? Voici la Vision de saint François (Bridgewater House) du faire soigné, précis et froid de la Danaé. Du Ribera? Voici les demi-figures de Saënt Roch et l’Ange (Fitzwilliam Museum). Du Michel-Ange ? Allez à Chantilly, devant cette petite Lapidation de saint Étienne que le duc d’Aumale acheta par pitié et par piété, en souvenir de son ancêtre. Par contre, le Saint Jean dans le désert (National Gallery) est une élégante académie, trop élégante, dominée par un ciel brumeux et de belles frondaisons rousses. Mais ce Crucifix que l’Inventario de Christine nous décrit comme un volto énarrivabile di belezza di un Christo coronato di spine, con lagrime a l'air d’être peint avec du chocolat. Le Saint Jean qui dort (Bridgewater House), gros et dodu, est de nul intérêt; le Saint Jean montrant le Messie (Bridgewater House), rougeâtre et balourd, est pitoyable ; le Saënt Étienne avec une gloire (Stafford House) a des aspects chromolithographiques ; et l’Hercule enfant (Louvre) est sans valeur, mais c’est une touchante épave oubliée au Palais-Royal et séquestrée par ordre du Tribunal révolutionnaire.

Annibal nous offre toute une série de beaux paysages qui servent de sites à des scènes païennes ou religieuses, tels sont les Bateliers et les Chasseurs (Castle Howard), /« Toilette de Vénus (Cobham Hall), /e Bain de Diane (Bridgewater House), un Repos en Égypte (Stafford House), une Procession du Saint Sacrement (Bowood, collection du marquis de Lansdowne). Les sujets sont très inégalement traités, mais ces larges horizons montagneux coupés par de grands arbres, baignés d’étangs ou de rivières, font plaisir à voir, on y sent l'atmosphère et l’espace. Seulement c’est peut-être à Paul Bril

que va notre admiration, ce peintre hollandais ayant souvent collaboré

avec Annibal, ainsi que cela se faisait d'habitude au xvn° siècle : Rubens demandait à son ami Snyders de peindre les parties nature morte de ses compositions, et les paysagistes s’adressaient à Teniers pour animer leurs toiles de personnages bien campés.

Quoi qu'il en soit, c’est après Rome et Bologne l'Angleterre qui permet d'étudier le mieux les Carrache; au Louvre ils sont fort mal représentés, presque exclusivement par des tableaux d'église très inférieurs. Les Carrache méritent d’être examinés, dit avec juste raison M. Henry Lemonnier, « sinon pour eux-mêmes, au moins pour comprendre notre école du xvn° siècle et, en général, notre école académique, car elle procède d’eux en grande partie, de leurs doctrines et aussi de leurs défauts... On s'aperçoit facilement que Poussin a connu ces œuvres ou regardé la nature du même œil que leurs auteurs. » Et, soit dit en passant, Poussin est également incomplet dans notre musée national, un voyage chez nos voisins d’Outre-Manche le prouve ; à la galerie du collège de Dulwich, par exemple, le Triomphe de David et l’'Anacréon sont de merveilleuses scènes, et l’on verra ce qu’il faut penser

des Sept Sacrements, qui sont chez le comte d’Ellesmere.

PEINTRES DIVERS

Les dix-huit Guido Reni se sont dispersés de telle façon que quatre d’entre eux seulement peuvent être signalés : un Enfant-Jésus couché sur la Croix (Bridgewater House), une Madeleine (National Gallery), une Chaste Suzanne (Uffizi), une Sibylle (collection de Lady Wantage).

L'Enfant-Jésus est d'intérêt très mince; la Madeleine, vous la voyez pour l'avoir rencontrée maintes fois avec sa grosse tête bouffie, inspirée des Niobides, et ses yeux levés au ciel; la Suzanne est d’un assez bel effet et tente encore de nombreux copistes, nous écrit l’aimable comte Charles Gamba, directeur des Galeries florentines, mais l'exemplaire ne vaut pas celui de la National Gallery, c’est une réplique faite probablement avec la collaboration d'élèves ; la Sibylle est toute vêtue de blanc avec un turban de même

couleur, où brille un bijou, elle est peinte dans les « tons clairs et argentés

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