‹ La galerie du régent, Philippe, duc d'OrléansChapitre 76 sur 182 · LE SUEUR ET LE BRUN · texte numérisé non relu

LE SUEUR ET LE BRUN

Jusqu'en ces dernières années Alexandre et son médecin d'Eustache Le Sueur, connu par une gravure de Dagoty, se trouvait chez Lord Lucas, il a depuis lors été vendu pour une somme minime. En revanche, le Massacre des Innocents, de Le Brun, à la galerie du collège de Dulwich, est un tableau de chevalet qui résume bien l'artiste. La composition est mouvementée, le dessin est inspiré de la statuaire plus que de la nature, la couleur est lourde. Le fond de la scène ressemble un peu à un décor de théâtre, il en a la platitude : Le Brun y a réuni, derrière un pont, le mausolée de l’empereur Auguste reconstitué et la pyramide de Cestius. Hérode passe dans un quadrige, écrasant tout ce qu'il rencontre, et un guerrier, monté sur une cavale à la croupe blanche, arrache un enfant à sa mère; vers la gauche, une femme copiée d’après la Niobide, qui a tant servi à Guido Reni, se lamente devant les cadavres de sa famille. L'intérêt est dispersé et va de l’un à l’autre de ces épisodes, nous sommes loin de Poussin qui sait si habilement coordonner les ensembles.

Le Régent avait un autre tableau de Le Brun : Hercule assommant les chevaux de Diomède, l'une des premières œuvres du peintre, laquelle excita grand enthousiasme et fit prévoir la fortune du collaborateur de Louis XIV. Sauval en parle dans sa description du Palais Cardinal, où il remarque quantité de « bonnes choses », entre autres « cet Hercule de Le Brun, exécuté devant qu'il allât en Italie, qui rappelle toutes ses forces et sa colère pour achever d’assommer ses ennemis, où la mort, le courage, la furie et la vigueur sont si bien exprimés que Poussin, luimême, dit au cardinal Richelieu que Le Brun était un jeune homme de grande espérance et tel que, si jamais il passait les monts quelque jour, ce serait un excellent peintre; et de fait ce tableau tira Le Brun de

l’obscurité où la jeunesse le tenait caché ».

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