‹ La galerie du régent, Philippe, duc d'OrléansChapitre 89 sur 182 · VAN DYCK · texte numérisé non relu

VAN DYCK

Les Van Dyck du Palais-Royal ne le cédaient guère aux Rubens. Le

Régent possédait sans conteste le chef-d'œuvre de l'artiste, ce Portrait de

Snyders qui à traversé l'Atlantique, après avoir séjourné pendant un siècle à Castle Howard, chez les Carlisle. Il fait aujourd’hui les délices d’un collectionneur de New-York, M. Henry Frick. « Le plus beau Van Dyck que j'ai jamais vu, écrivait Bürger, c’est le portrait de son ami Snyders. Si l’on imaginait un jour de faire une exhibition des plus célèbres portraits des grands maîtres de tous les pays, en n’y mettant qu'un seul portrait de chaque maître, par exemple la Joconde pour Léonard; le Joueur de violon

de la Galerie de Florence pour Raphaël [Bürger veut désigner le tableau

de la Collection Sciarra, reconnu pour être de Sebastiano del Piombo, aujourd’hui dans la! Collection Alphonse de Rothschild]; un Charles-Quint pour le Titien; un Philippe IV pour Velazquez; le Chapeau de paille pour

Rubens; le Bourgmestre Six pour Rembrandt, etc., — et que je fusse

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chargé des intérêts de Van Dyck, je mettrais, de préférence à toutes ses images de rois, de princes, de gentilshommes et de ladies, son portrait de Snyders, entre le Velazquez et le Titien..….. Snyders est vu jusqu'aux genoux, presque de face, la tête nue, un peu inclinée, les deux mains appuyées très naturellement sur le dossier d’une chaise; il est tout en noir, avec seulement un col simple et des manchettes dentelées.……. Van Dyck a, d'ordinaire, plus d'éclat et de grâce que de sentiment et de profondeur. Souvent il montre lhabit plus que l’homme, mais ici, sans doute, il a été ému par cette belle tête empreinte d’une sensibilité très poétique. Les yeux surtout, le regard, sont prodigieux. On communique avec l’homme qui est là... Les mains aussi peuvent compter parmi les plus belles qu’ait faites la peinture. »

Cette page brillante est pour ce portrait un vade-mecum inséparable, une consécration définitive que tous ceux qui ont vu ce chef-d'œuvre approuvent sans restriction. On ne sait pas le prix payé par M. Frick, mais il est certainement bien supérieur à la somme versée par le comte de Carlisle de 1793 qui donne quatre cents guinées (10.500 fr.) aux négociateurs anglais.

Cette migration des tableaux vers les rives de l'Atlantique a eu du moins un heureux résultat. Depuis la fin du xviu° siècle la femme de Snyders, peinte également par Van Dyck et à la même époque, était séparée de son mari, elle se trouvait, loin de Castle Howard, chez le comte de Warwick. On les avait réunis temporairement à Manchester en 1857. « Le peintre flamand et sa femme, disait Bürger, semblent condamnés à une séparation perpétuelle, sauf cette rencontre fortuite qui, sans doute, ne se renouvellera plus. » Elle s’est renouvelée, les époux sont tous deux maintenant chez M. Frick. Le portrait de la femme de Snyders est, paraît-il, d’une belle composition. Waagen y voit les tons clairs de Rubens, Bürger y découvre, dans une draperie d’un gris lilacé, les tons de Velazquez. « C’est excellent, dit le critique français, mais pas si introuvable néanmoins que Maître Snyders. » Espérons que, comme

Philippe le Roy et sa femme, à la Collection Wallace, cet autre couple,

PORTRAIT DE FRANZ SNYDERS Tableau peint par Van Dyck

Collection de Mr. H.-C. Frick. — New-York)

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