‹ La galerie du régent, Philippe, duc d'OrléansChapitre 90 sur 182 · UN MÉCÈNE · texte numérisé non relu

UN MÉCÈNE

immortalisé par Van Dyck, entrera un jour dans un musée, fût-ce en Amérique, et y sera conservé pieusement.

Bürger a remarqué que les portraits d’artistes par Van Dyck sont en général ses plus belles œuvres, il y cherchait autre chose et plus que dans les effigies de personnages aristocratiques, il peignait l’âme plus que l'enveloppe humaine. Pourtant le Portrait du comte d’Arundel, naguère encore à Stafford House, chez le duc de Sutherland, et maintenant au pays des milliards, est remarquable aussi. L'homme n’était pas ordinaire. Thomas Howard, comte d’Arundel, ami de Charles I”, auquel il donna le goût des belles choses, fut un mécène célèbre et l’un des grands collectionneurs

d'Angleterre. Le premier il avait réuni des marbres antiques et des monu-

ments d’épigraphie; ses pierres gravées, ses tableaux et ses dessins de Holbein et de Dürer avaient une grande valeur.

Van Dyck représente le comte à mi-genoux, assis dans un fauteuil garni d’étoffe rouge, un rideau vielacé et un coin de paysage servent de fond. Le modèle est vêtu de noir, il a dans sa main gauche un papier; sa main droite tient une médaille suspendue à son cou par un cordon

bleu. Le dessin de la tête est superbe, l'expression mélancolique et résignée

est rendue à merveille. Le doré des lumières et le rouge des ombres indiquent une influence vénitienne; Van Dyck peignit ce portrait vers 1635, dès les premières années de son séjour à Londres. Nous empruntons ces détails techniques à Waagen, n'ayant pu voir l'original, déjà envolé lors de notre visite à Stafford House.

Parmi les tableaux que possédait Monsieur se trouvaient naturellement des portraits de Charles I”, de son fils cadet, le duc d’York, et aussi une grande toile : Charles I* et Henriette de France, avec deux de leurs enfants, que nous avons signalée comme figurant dans l'inventaire de Madame (1671). Philippe-Egalité n'eut aucun scrupule et laissa cataloguer ces souvenirs qui reprirent le chemin de l’Angleterre, d’où ils étaient venus.

On connaît deux répliques de ce beau groupe familial, l’une à Windsor, l’autre à Goodwood, chez le duc de Richmond et Gordon. Cette dernière

provient du Palais-Royal, le duc a bien voulu confirmer le fait et nous

dire : « Mon tableau est un peu plus grand que celui de Windsor, le paysage représenté dans le mien est une vue de Westminster ou de Whitehall. » Dans l’exemplaire des collections royales, c’est une vue de la Tour de Londres. Mais l'ordonnance est la même, à part ce détail. Charles I* et Henriette sont assis à côté l’un de l’autre, le roi a près de lui le prince de Galles, debout, la reine tient le duc d’York dans ses bras.

Tableau d'apparat, cette page est bien faite pour décorer une salle de palais ou de demeure princière, encore qu’elle n’ait pas l'intérêt des esquisses des Enfants de Charles [* qui sont au Louvre, à Berlin, à Dresde et ailleurs, sans parler de l’œuvre achevée que l’on admire à Turin.

Le Régent possédait encore les cinq Van Dyck provenant de Mazarin ; nous en avons cherché la trace dans l'inventaire du cardinal, ce qui n'était pas inutile, à cause des fausses identifications qui suivirent. Trois de ces portraits se sont retrouvés. C’est d’abord la princesse de Phalsbourg, Henriette de Lorraine; « habillée de noir, nous dit l'inventaire, elle appuie sa main droite sur un Maure... prisé 800 livres tournois ». Le tableau figurait primitivement dans la galerie de Charles I”, dont le catalogue nous fournit cette note : « Peint sur le continent; apporté de Bruxelles par Endymion Porter, » l’un des courtiers du roi. Il est aujourd’hui chez lord Rosebery qui l’acheta à la vente du duc de Hamilton (1882) pour deux mille cent livres sterling (52.500 fr.). La peinture n’est par sans défauts, Waagen la trouvait lourde de ton, et un critique du Tèmes écrivait au moment de la vente Hamilton : « La princesse de Phalsbourg, sœur du duc de Lorraine, qui fut sans nul doute l’un des tableaux de la galerie du Palais-Royal provenant de la collection de Charles 1”, est un très noble portrait, mais la dame n'était pas assez belle et le peintre, en manière de repoussoir, mit un petit nègre à ses côtés. » Waagen s’en prend aux défauts techniques, le journaliste au manque d’attrait de la princesse; les souvenirs qui s’attachent à ce tableau sont plus précieux que l’œuvre ellemême, c'est ce qu'il faut conclure.

Quant à l’homme en pied « qui a une chevelure rousse et est vêtu

comme on l'était en France dans le xvi* siècle » (Dubois de Saint-Gelais),

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