LE COMTE DE NEWCASTLE
c'est, d’après l'inventaire de Mazarin, « le marquis d’Entragues, figure grande, debout près une colonne, habillé de noir, appuyé sur une canne... prisé 500 livres tournois ». Ce portrait appartient au duc de Bedford, il est à Woburn Abbey où l’on ne compte pas moins de dix-neuf Van Dyck. Grâce aux recherches faites par M. F. Bennett Goldney, le personnage a pu être identifié, c'est, non pas le marquis d’Entragues, mais Guillaume Cavendish, comte de Newcastle, assez étrange figure du xvr° siècle anglais. Courtisan dans l’âme et grand seigneur accompli, Guillaume Cavendish voue un culte à Charles I‘ qu’il recoit somptueusement dans son domaine de Welbeck, en Écosse, et il obtient la charge de gouverneur du prince de Galles (le futur Charles Il). Plus tard il est mêlé aux guerres civiles, mais, d’un caractère ombrageux, Guillaume quitte l'Angleterre, en 1644, après la bataille de Marston Moor. Il ne rentre chez lui qu'à la Restauration après seize ans passés en Hollande, à Anvers, à Paris, et ne trouve plus qu'un Welbeck dévasté, c’est la ruine. Son ancien élève vient à son secours, le comble d’honneurs, le crée duc et le fait chevalier de la Jarretière. Il reste de Cavendish deux traités d’équitation, des pièces de théâtre, une traduction de l'Étourdi de Molière, dont Dryden profita. Son esprit était toujours en éveil. On compte au nombre de ses amis Hobbes, Descartes, Gassendi, Ben Jonson, Shirley, Shadwell, Mac Flecknoe. Marié deux fois, il a dans sa seconde femme un biographe indulgent et il peut lire de son vivant l'éloge de ses hauts faits et de ses œuvres. Le caustique Pepys, un Saint-Simon au petit pied, le tourne en ridicule et traite ses comédies de folles et ennuyeuses inventions. Le beau portrait de Van Dyck nous révèle un élégant seigneur, mais aussi un homme d’une intelligence plus vive que ferme — c’est le type de l’insouciant et du glorieux.
A Woburn Abbey l’on voit encore la femme « en pied, coiffée en cheveux ». C’est la duchesse d'Orléans, Marguerite de Lorraine, épouse de Gaston, « habillée de noir avec une jupe de brocart, tenant un éventail de la main gauche... prisé 600 livres tournois ». (Inventaire de Mazarin.) La peinture est d’une qualité moindre dans cette toile, le modèle n'offrait
pas l'originalité du comte de Newcastle.
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Le personnage que Dubois de Saint-Gelais désigne comme « ayant l’habit de pair par-dessus une armure, » est, nous dit l'inventaire du cardinal, « l'Électeur Palatin (Frédéric, roi de Bohême, beau-frère de Charles ET armé et botté, couvert d’un manteau électoral... prisé 450 livres tournois ». D’après la gravure de Macret, c’est bien là le portrait de Frédéric, d'autant qu'on le met en regard d’une princesse, qui ne peut être qu'Élisabeth Stuart, sa femme, portant encore assez jeune le costume de veuve: or, l’on sait qu’elle perdit son mari en 1632. L'inventaire est très explicite à cet égard : « La Reyne de Bohème, droite, habillée de noir, avec une garniture de perles, tenant un baston à la main et de l’autre un mouchoir... prisé 500 livres tournois. » Le mouchoir, note Dubois de Saint-Gelais, est marqué de trois lettres : F. R. L. ce qui est sans doute une mauvaise
lecture pour E. R. B. ÆVizabeta Regina Bohemiæ.