LA GALERIE DU RÉGENT HOLBEIN
Holbein seul a surgi de l’ombre, deux de ses tableaux ont échappé aux dangers des migrations.
Parmi les surprises qui nous étaient réservées en chassant à travers les galeries d'Europe, la plus agréable fut de découvrir le Georg Gisze, de Berlin. Personne ne se doutait que ce somptueux portrait avait séjourné au Palais-Royal, pas même Waagen qui pourtant avait dressé une liste des tableaux de la galerie d'Orléans; dans cette liste (de 1835), il note, au nom de Holbein, le Portrait de George Gissel (sic) qu’il fait suivre d’un point d'interrogation comme pour insister sur son étonnement; ce savant qui avait, en sa qualité de directeur du Musée de Berlin, la garde de ce chefd'œuvre ne le reconnait pas. L'inscription bien apparente qu'on lit sur la porte de l’armoire aurait dû l’éclairer, car ce Gisze se trouvait dans les collections royales de Prusse depuis 1821; il y était entré avec tous les autres tableaux de la collection Solly...… Mais, à quoi bon insister sur cette bévue? Il faut être indulgent envers ce directeur distrait à qui nous devons ce très précieux répertoire des Trésors d'art de la Grande-Bretagne et à qui il a manqué, comme à tant d’autres, de connaitre le petit livre de Dubois de Saint-Gelais.
Voici, en effet, ce qu'on lit à la page 235 du volume : « Portrait de Georges Gysein, peint sur bois, haut de trois pieds, large de deux pieds huit pouces. Demi-figure. C’est un négociant à son bureau; il a une espèce de toque, et par-dessus son habit qui est rouge, une robe noire à manches pendantes ouvertes d’où sortent ses bras. On voit sur sa table une fiole avec de l’eau et des fleurs dedans. Le fond du tableau représente un cabinet rempli de tout ce qui sert à un négociant; sur la porte de son armoire on lit ce distique : Sine mœærore voluptas, et au-dessous G. GISSE. Il vivait en 1512 [il faut lire 1532], comme il paraît dans une inscription qui est au haut du portrait. » C'était, à n’en pas douter, dans toute son exactitude (sauf la date) la description même du Holbein de Berlin. Le dernier catalogue
illustré, rédigé par le D' Bode, nous prouvait que l’on ignorait le pedigree