TRAITEMENT
Ce traitement doit être envisagé dans la phase d’artérite précédant le sphacèle, et dans la phase de gangrène confirmée.
Quand il n'existe que des symptômes d'artérite sans complication de gangrène, il est indispensable de recourir à la médication spécifique intensive qui consistera dans les injections quotidiennes d’un sel mercuriel soluble et de préférence dans les injections quotidiennes de 2 centigrammes de benzoate de mercure, dose suflisante dans l'immense majorité des cas pour amener la guérison des accidents syphilitiques, quel que soit leur siège. Concurremment le malade prendra tous les jours 4 à 6 grammes d’iodure de potassium. Les injections mercurielles seront prolongées pendant un temps variable suivant les cas : la situation sera jugée en général après vingt à vingt-cinq injections. Si les lésions artérielles doivent guérir par la thérapeutique mercurielle, elles seront amendées après un traitement de cette durée.
Nous l’avons montré dans le cours de ce travail, l'artérite syphilitique oblitérante guérit très bien par le traitement mercuriel. Des observations de Proust,
de Zeissl, de Nothnagel, de Sabourin... en font foi. On voit donc quelle est l'importance du diagnostic étiologique exact de l'artérite syphilitique des membres puisque le traitement spécifique permet de le guérir et d'éviter ainsi ses complications gangreneuses,
Quand la gangrène est apparue, il ne faut plus guère compter sur l’action du traitement anti-syphilitique. Dans certains cas pourtant il a paru produire d'heureux effets. Il en a été ainsi dans le cas de Levet où il n'existait du reste que des ulcérations gangreneuses peu étendues du pied, et pour celui de d'Ornellas où la gangrène était limitée à quelques doigts. Le malade de Levet guérit d'une première ulcération gangreneuse, par l'influence du trailement, mais il y eut récidive de ces légers accidents de sphacèle. Il en fut de même pour le malade de d'Ornellas : guéri par l'iodure de potassium il vit reparaïtre ensuite les mêmes phénomènes gangreneux des doigts.
Ces observations de Levet et de d'Ornellas ont trait à des cas où la gangrène affectait une marche bénigne. Quand cette gangrène consiste en un sphacèle étendu, massif, de toute une extrémité, il ne faut espérer aucune influence du traitement spécifique : un des malades que nous avons observés dans le service de M. le professeur Gaucher fut soumis aux injections de benzoate dès son entrée à la Clinique, mais ces injections ne parurent avoir aucune
action sur le sphacèle qui nécessita bientôt une
amputlation de cuisse. Nous estimons qu'il ne faut pourtant point renoncer de parti pris au traitement spécifique qui est peut-être susceptible de retarder autant que possible la mortification des tissus.
Un traitement général tonique et reconstituant doit, bien entendu, être prescrit également ; mais ilne constitue qu’un accessoire sur lequel nous n’avons pas besoin d’insister ici. Un pansement aseptique sur les régions gangreneuses est également de rigueur. L'observation de Levet montre que cette précaution n’est pas inutile : son malade succomba à un tétanos dont la porte d’entrée se trouva probablement dans les régions sphacélées.
On attendra la limitation nette de la gangrène pour recourir à l'intervention chirurgicale dont le succès serait très problématique en cas contraire. Le malade de Podres fut à trois reprises amputé successivement des orteils, du pied, et de la cuisse : il est probable que les premières interventions avaient été trop hâtives.
L'amputation doit être faite à bonne distance de là zone de sphacèle, Pour une gangrène du pied qui ne dépassaitpas l'articulation tibio-tarsienne, Desprès fait remarquer qu'il avait dû pratiquer une amputation de cuisse au tiers inférieur par crainte d’une gangrène profonde située au-dessus du sillon d’élimination. Nous avons vu, de fait, dans le chapitre anatomo-pathologique de notre étude, que les tissus situés au-dessus de ce sillon sont souvent loin d’être
sains.
Druelle
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