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M. Darier fait remarquer que les diverses modifications histologiques décrites dans les artérites syphiliques n'existent pas toujours au complet et dans tous les points examinés. Il ressort que les différents cas particuliers sont à cet égard profondément dissemblables. Ainsi s'expliquent de la façon la plus naturelle les divergences d'opinion également incompréhensibles entre des observations d’égale valeur. Il est temps, dit M. Darier, que prennent
fin les discussions sur l’endartérite, la périartérite, la
panartérile, dont chacune a été déclarée seule spéci-
fique et que l’on reconnaisse que la syphilis peut réaliser tout cela et peut-être d'autres lésions encore. Mais faut-il admettre, dit le même auteur, l'existence de plusieurs espèces d’artérite syphilitique, de formes irréductibles, de processus indépendants ? Cela en aucune façon pour une raison bien simple : c'est que ces formes s’observentconcurremment et parfois côte à côte sur un même sujet et qu'il existe d’insensibles transitions entreelles. Toutefois ily a des avantages à décrire quelques types anatomo-cliniques.
Un premier type est constitué par la panartérite dans laquelle toutes les tuniques artérielles sont entlammées et altérées. Cette panartérite peut être aiguë et s'observer alors dans les cas à marche très rapide, cliniquement foudroyante. Elle peut être chroniqueet constituer alors le substratum anatomique de la forme dite ectasiante et des anévrysmes syphilitiques.
Un deuxième type est constitué par l’endartérite
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de Heubner. L'évolution du processus dans cette forme conduit à la sclérose, jamais à la production de nodules gommeux. Elle aboutit au rétrécissement et parfois à l’oblitération du vaisseau. Ce dernier type correspond donc à une endartérite oblitérante scléreuse bien établie dont les lésions peuvent être parcellaires et bourgeonnantes, ou concentriques, et qui aboutit à la gangrène, Cette variété de lésions existait avec une grande netteté dans l’artère péronière de la malade atteinte de gangrène du pied dont M. Dieulafoy a rapporté l’histoire.
Un troisième type d’artérite syphilitique est constitué par la péri-artérite de Baumgarten et l’artérite gommeuse dans lesquelles les lésions de l’adventice l’emportent sur celles de la tunique interne tant en intensité qu’en étendue. Dans un nombre de cas aujourd'hui considérable, on a observé de véritables gommes dans les parois d’artères syphilitiques. Dans l'artérite syphilitique des membres compliqués de gangrène les mêmes néoformations gommeuses ont
été observées. Nous avons vu qu'il en était ainsi
dans le cas de Schuster.
Du reste l’endartérite syphilitique oblitérante et l’artérite gommeuse sont les lésions les plus fréquemment notées dans les cas identiques.
Est-il toujours possible de reconnaître à l'œil nu ou au microscope si une artérite est de nature syphilitique ? Certainement non, dit M. Darier, et dans bien des cas on devra se contenter de probabilités. Les lésions de l’artérite syphililique, en
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effet, n'ont pas de caractère spécifique par elles mêmes. C’est ainsi que dans certains cas entre autres ù il est bien difficile de la distinguer de l’athérome dont la syphilis est du reste peut-être une des causes. Nous reviendrons plus loin sur cette question des rapports de l’athérome et de la syphilis.
La gangrène des membres, avons-nous vu, peut être aussi le fait d'une thrombo-artérite syphilitique. Le thrombus dans ce cas est toujours préparé par un travail d’artérite assez ancien. Quelquefois l’épaississement de l'artère est très prononcé, si bien qu'il suffit d'un coagulum de faible dimension pour que l'oblitération soit complète et quelquefois définitive.
Il. — Anatomie pathologique de la gangrène
Cette gangrène, nous l'avons déjà dit, est toujours une gangrène sèche. Dans un seul cas qui a trait à une de nos observations personnelles il y eut un léger degré de gangrène humide.
Les caractères de ces lésions gangréneuses doivent être envisagés au-dessus et au-dessous du sillon qui délimite les parties malades des parties saines. |
Au-dessous du sillon la peau devient sèche et parcheminée ; elle se raccourcit, prend une teinte brun foncé qui tranche nettement sur les parties voisines. Sous celte peau desséchée se dessinent les tendons et les saillies osseuses.
Au-dessus du sillon, la teinte noire des téguments a disparu et aucune altération ne semble exister à
l'œil nu. Mais Aune fait remarquer qu'il n’en est plus de même quand on examine plus attentivement les parties molles à la surface du moignon d’amputation quand la gangrène a nécessité cette intervention chirurgicale. La peau et le tissu cellulaire sous-cutané peuvent avoir un aspect lardacé et leur dissection est très pénible, les muscles de couleur cireuse crient quand on les sectionne et peuvent présenter un degré très marqué de rétraction. Le tissu conjonctif inter-fibrillaire est épaissi et sclérosé et donne la clef de cette sensation particulière qu’on ressent à la coupe. Ceci revient à dire que les tissus situés au-dessus du sillon d'élimination peuvent être loin d'être sains. Nous avons à tenir compte de cette remarque dans notre chapitre de thérapeutique.