AVANT-PROPOS
Au moment où la gangrène gazeuse, cette affection ‘presque oubliée des chirurgiens qui lavaient enfin vaincue avec l’aide des méthodes nouvelles, fait à nouveau son apparition dans nos services hospitaliers, il nous à paru intéressant de reprendre son étude avant que, les circonstances exceptionnelles qui l'ont fait renaître de ses cendres ayant disparu, elle ne retombe dans l'oubli.
Nous n’avons pas la prétention d'écrire ici l’histoire entière de la gangrène gazeuse; on la retrouve tout au long décrite dans tous les classiques, et les travaux les plus récents se bornent à reproduire la symptomatologie observée par les anciens auteurs. Cette symptomatologie, d’ailleurs, est toujours celle de la gangrène gazeuse à sa phase la plus avancée, à la période où le diagnostic ne peut guère s’égarer, où la thérapeutique est trop souvent précaire. Il était donc intéressant de
rechercher comment débute cette complication des
FH EE Ce
plaies; c’est le but que nous nous sommes proposé, après avoir réuni une série de 21 observations dont 19 recueillies dans les services où M. le Professeur Hartmann soigne actuellement des militaires blessés; et 2 que nous devons à l’obligeance du docteur Pierre Cruet, provenant de son service de l’hôpital auxiliaire n° 267.
Passant rapidement en revue les conditions étiologiques, effleurant la question bactériologique sans vouloir intervenir dans des recherches encore trop opposées par leurs résultats, nous essayerons de décrire aussi clairement que possible les formes qu’affecte la gangrène gazeuse aux différents stades de son évolution, de son début à sa phase ultime; et nous en tirerons ensuite les
déductions pratiques pour le chirurgien.
ou
GAN GRÈNE GA LEUSE
ÉTIOLOGIE
En examinant nos observations nous retrouvons à peu près toutes les conditions étiologiques données par les auteurs comme favorables au développement de la gangrène gazeuse. |
Cependant on a incriminé surtout les plaies profondes, anfractueuses, décollées, avec des trajets fistuleux, des foyers contus à l'abri de l'air. Tout ceci est exact. Mais nous voudrions attirer tout particulièrement l'attention sur un point de haute importance. Nous avons remarqué que chez béaucoup de nos blessés qui ont fait de la gangrène gazeuze, les plaies ne ressemblaient pas du tout à celles que nous venons de décrire. Nous nous sommes souvent trouvés en présence de plaies petites, de la dimension d’une pièce de 1 ou ? francs, même moins, qui se sont compliquées de grangrène gazeuse. Et voici pourquoi : derrière cet orifice d'entrée étroit le
projectile a commis des dégâts ignorés du chirurgien; il a formé un trajet; des vaisseaux lésés ont saigné, collectant plus ou moins profondément des hématomes, source d'infection des plus favorables; de plus Pétroitesse même de l’orifice a fait que la plaie se drainait mal, ou ne se drainait pas. Nous nous trouvons donc ainsi, plus encore peut-être qu'avec les grandes plaies anfractueuses, dans les meilleures conditions pour voir éclore la gangrène gazeuse.
Les conditions dans lesquelles les plaies se sont produites permettent de penser qu’elles ont été infectées secondairement par des microbes formant avec le vibrion septique des associations microbiennes, dont Besson a bien montré l'importance. |
La plupart de ces plaies ont été faites par des éclats d’obus ou des balles de schrapnells, causes de complications sur lesquelles les chirurgiens militaires ont particulèrement insisté. Nous citons M. le médecin inspecteur Delorme : « Les balles de schrapnells, les éclats d’obus, sont le plus souvent véhicules de terre; ils entraînent dans la plaie où ils séjournent le plus souvent des fragments de vêtements infectants au premier chef. Les plus graves complications, le tétaños, la gangrène gazeuse, le phlegmon diffus sont, pour la plaie, menaçantes » (Communication du 28 septembre 1914 à l’Académie des sciences). :
Ajoutons à cela le séjour dans des ambulances encombrées, l'évacuation souvent longue (trois el quatre jours dans certains de nos cas), toujours pénible; l’état
précaire des hommes surmenés par les fatigues d’une
campagne de ? ou 3 mois, le séjour souvent prolongé sur le champ de bataille « où la mitraille rend souvent difficiles et mème impossibles les secours de première ligne » et nous aurons réunies toutes les conditions favorables à l'éclosion de la gangrène gazeuse.
Disons encore que le pansement individuel, occlusif, aseptique, mais non antiseptique, a été appliqué la plupart du temps par le blessé ou un camarade, dans des conditions de propreté forcément absentes; et que dans la majeure partie des cas il n’a été renouvelé que le lendemain au plus tôt; deux fois trois jours après : deux fois enfin ce fut le seul pansement appliqué avant l'entrée à l'hôpital.
Malgré la réunion de toutes ces conditions identiques pour tous les blessés, pouvons-nous dire que la gangrène gazeuse soit une complication fréquente des blessures de guerre? Nous ne pouvons qu'apporter ici notre statistique forcément incomplète, puisqu'elle ne porte que
sur de « grands blessés » :
Hôpital Laënnec. 54 blessés, 6 cas de gangrène gazeuse.
Hôtel-Dieu ..1,: 2341; , 41 = = Hôpital auxil. 58. 74. — 2 — — Hôpitalauxil.. 267 23 — 2 — —
Ce qui nous donne au total 382 blessés avec 21 cas, soit une proportion de 5,40 p. 100.