‹ La Gaspésie [microforme]Chapitre 17 sur 25 · LE · texte numérisé non relu

LE

gau ; ” il lui fait un compliment qu'on adresse

qu'aux plus intimes amis.

Emmanuel Brasseur, le bras droit du missionnaire, est le beau idéal du Paspébiac. Sec, fort et vigoureux, les yeux brillants, plein de vie et de feu, il passe pour un habile pêcheur et un intrépide marin. Ses prouesses sur la mer sont nombreuses, et il aime à les raconter. Sa langue ne lui suffit pas pour exprimer ses pensées; car, quoiqu'il parle vite et haut, il

emploie toutes les parties de son corps, pour

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prése:ter avec plus d'énergie les incidents et les faits que sa parole s'occupe à décrire Vous dit-il les tempêtes qu’il a essuyées dans sa berge ? Il se balance comme les mâts, il bondit comme la vague, il siffle comme les vents déchaînés. Rappelle-t-il quelques exploits au pugilat? Sur votre tête, il promène un poing décharné et dur comme un marteau, et à chaque instant il menace de vous assommer. Vous raconte-t-il comment le médecin a coupé la jambe à son fils? il s'étend sur le plancher, s’arme d’un couteau, se roidit, se roule, se tord comme une couleuvre blessée, et cherche ainsi à exprimer les sensations de la douleur, que lui-même n’a jamais éprouvée. Cette dernière est une longue histoire, qu'Iimmanuel termine en déclarant que, pendant une semaine, ‘“ le joculot n’avions pas d'autre goût que de flairer de la douceur.” — Dans le français des Acadiens, adopté en grande partie par les Paspé-

biacs, le Joculot est le dernier garçon de la

184 La Gaspésie famille ; flairer de la douceur, veut dire manger du sirop.

Quoique voisins, les Acadiens de Bonaventure et les Paspébiacs ont peu de rapports ensemble. De mémoire d'homme, l’on n’a point vu un garçon d'une de ces missions épouser une fille appartenant à l’autre. Des deux côtés, un certain orgueil de caste s'oppose à ces alliances.

Le presbytère de ce lieu est assez commode; une terre, de dix arpents en superficie et toute défrichée, est destinée à l’usage du missionnaire. Aussi les Paspébiacs voudraient-ils avoir

un prêtre résidant, qui des ervirait le Port-

Daniel, tandis qu'un autre missionnaire serait

chargé de Bonaventure et de Cascapédiac. Monseigneur de Sidyme approuve fort ce projet, qui serait avantageux à toutes les parties inté-

ressées.

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Les habitants de Paspébiac dépendent complètement de la maison Robin. Lorsque le gouvernement se décida à concéder des terres, M. Charles Robin, qui jouissait ici d'un pouvoir absolu, exposa aux pêcheurs qu'il leur serait plus avantageux de n’avoir chacun qu’un lopin de dix arpents, parce que la culture en grand les détournerait de la pêche. Ils se laissèrent persuader, et maintenant ils regrettent leur folie. Ces petits terrains, ne fournissent qu'un peu de pacage, et les propriétaires doivent tout acheter aux magasins de la compagnie, qui leur avance des marchandises à crédit, et dont ils

demeurent toujours les débiteurs. !

Quand ils veulent secouer leurs chaines et porter ailleurs leur poisson, on les menace de les traduire pour dettes, devant les tribunaux,

qu’ils redoutent. Force leur est de se remettre

1 La compétition a opéré de grandes améliorations dans l'état des choses depuis que la maison LeBouthillier a établi des magasins à Paspébiac.

mu

sous le joug, et d’expier par une longue péni-

tence leur tentative d’émancipation.

Le réglement imposé aux agents leur défend de rien avancer aux pêcheurs, avant un temps marqué ; les hangars seraient-ils pleins de provisions, pas un seul biscuit ne sera distribué avant l’époque déterminée. Comme les pé-

cheurs ne sont payés qu'en effets, ils ne peuvent

rien mettre de côté pour l'avenir ; mais quand

ils ont pris ce qui leur est nécessaire, on achève

de solder leurs comptes avec des objets de luxe. 6 Aussi les filles sont-elles ici mieux vêtues que (e les élégantes des faubourgs, à Québec. 4 d in

Les écoles sont proscrites. “Iln’y a pasbe- M cl soin d'instruction pour eux,” écrivait M. Phi- Ü m lippe Robin à ses commis; “ s'ils étaient ins. # D truits, en seraient-ils plus habiles à la pêche?” M cc | so

Lorsque les Paspébiacs prirent leurs terres,

la forêt descendait jusqu’au banc, sur lequel ils

défend temps de prostribué les pêeuvent quand achève de luxe.

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avaient élevé leurs maisons. Les défrichements s'étendirent, et il fallut songer à se rapprocher du théâtre de leurs travaux agricoles. Ils se bâtirent donc dans le bois ; et, quoique aujourd'hui les arbres aient été abattus, ils continuent de désigner leurs habitations d'hiver sous le nom de maisons du bois, tandis que leurs habi-

tations d'été sont les maisons du bagne.

Sur la terre ferme, près du hâvre, est la résidence ordinaire des commis de MM. Robin:

c'est un joli cottage, à demi caché au milieu d’un bosquet. Sur le banc, un vaste établissement renferme les magasins, les hangars, les chantiers, ainsi qu’une maison qui sert de demeure aux agents pendant le temps de la pêche. Dans ce lieu, règne un ordre admirable ; les cours sont couvertes de gravier, qu'on applanit sous le rouleau; tous les bâtiments sont blanchis à la chaux ou peinturés: les chantiers

pour la construction des navires de la com-

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188 La Gaspésie pagnie sont pourvus, en abondance, des meil-

leurs métériaux.

Paspébiac renferme le dépôt principal des marchandises destinées au pays, et du poisson préparé pour les marchés étrangers. (C’est d'ici que partent les bâtiments qui vont porter la morue aux Antilles, au Brésil et en Italie. Une bonne fortune toute spéciale s’est attachée aux navires de la compagnie. Chaque année, depuis plus d'un demi-siècle, ils sont expédiés vers différentes parties du monde, et il ne s’en est encore perdu que deux, tant est grand le soin que mettent les chefs à choisir de bons capitaines et à n'employer que des bâtiments convenablement équipés. Pendant la dernière guerre, tous les navires des Robin étaient armés de canons, et en état de se défendre

contre les armateurs des Etats-Unis.

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Juillet, 11.

Après midi, nous faisons voile de Paspébiac.

Comme des chemins sont ouverts entre ce lieu

et Bonaventure, M. F. nous a dévancés, et il-

est parti ce matin dans la voiture d’un de ses amis.

Suivant quelques touristes, Paspébiac est le plus beau site de toute la baie des Chaleurs. En effet, de la mer, le coup-d'œil est vraiment remarquable. Au niveau des eaux, s’avance le banc, qui présente à sa pointe une masse d’édifices éclatants de blancheur, tandis que, sur ses flancs, s'étend la longue ligne de maisons des pêcheurs. Dans cette partie, se déploie le mouvement qui distingue les pêcheries un peu considérables. Au second plan, le côteau s'é-

lève régulièrement, et déroule un beau tapis vert, dont l’uniformité est brisée par des bouquets d'arbres, et par les habitations d'hiver;

au milieu de ce village, l'église catholique et la chapelle protestante forment deux objets saillants; le fond du tableau est fermé par la forêt, aux teintes sombres et sévères,

Le vent d'est nous amène une pluie abondante, la première qui soit tombée depuis le printemps dans la Gaspésie, Ce matin même, les Paspébiacs assistaient avec piété à une grand'messe, chantée pour obtenir de Dieu la cessation de la sécheresse ; rendus à Bonaventure, nous apprenons que cette pluie bienfaisante ne s'est pas étendue hors des limites de Paspébiac.

À une lieue du banc, est New-Carlisle, petite ville renfermant quelques maisons éloïgnées

les unes des autres. On en pourrait dire, à plus

juste titre que de Washington, que c'est une

ville en promenade à la campagne. Elle possède une cour, une prison, des avocats et quel-

ques notables personnages de la contrée. Le

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gouvernement anglais a dépensé quatre-vingt deux milie livres sterling, pour établir à Douglastown et à New-Carlisle des familles, restées fidèles à la mère-patrie, pendant la révolution des provinces de l'Amérique.

“ Cet argent,” disait le juge Thompson à l’Evêque de Sidyme,

| ‘n'a pu être dépensé que pour creuser des

canaux sous terre, car, sur le sol, on ne voit rien qui ait pu causer de si énormes dépenses.” C'est encore à New - Carlisle qu'est placé le bureau de la douane, pour le nord de la baie des Chaleurs ; et il est à déplorer qu'on l'ait relégué sur un point dont les vaisseaux ne peuvent approcher, tandis qu'à droite et à

gauche se trouvent des havres excellents.

Dans le nom de cette ville, on reconnaît la manie de déplacer les anciens noms, pour en substituer de nouveaux, d'origine anglaise. Aux 1oms sauvages de Richibouctou, de Nipisiguit, e Tracadigetche, les autorités ont cherché à

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faire succéder les noms usés de New-Liverpool, de Bathurst, de Carleton. De là naissent souvent des méprises. L'année dernière, un bâtiment arrive d'Angleterre à Bonaventure ; le capitaine, vieux marin, connaissait tous les recoins de la baie des Chaleurs. Il demande où il pourra trouver Bathurst, lieu de sa destination, et il est tout étonné d'apprendre que le port de Bathurst n’est autre que celui de Nipi-

siguit, où il a déjà fait bien des voyages.

Au détour de la pointe de Bonaventure, nous rencontrons une berge ornée de banderoles et faisant route vers nous; elle porte les notables du lieu, accompagnés de quelques miliciens, qui, le mousquet à l'épaule, n’attendent qu’un signe pour commencer la fusillade. Les premiers montent sur la goëlette, et nous informent, qu'elle ne peut entrer dan: la rivière de Bonaventure qu’à marée haute et par un chenal tortueux et difficile. Sur leur invitation, nous

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profitons de la berge qui les a amenés, pour nous rendre à la pointe, près de l'embouchure de la rivière. L'église est placée à un mille de là, sur une étroite langue de terre, qui s'avance entre la mer et le barachois ; elle est remarquable par sa propreté exquise plutôt que par son architecture. En arrière, est un joli presbytère, habitation principale de M. H, dont la mission comprend le Port-Daniel, Paspébiac, Bonaventure et Cascapédiac.

Bonaventure est à huit lieues de Port-Daniel, à quatre de Paspébiac, et à six de Cascapédiac ; ses habitants sont des Acadiens, à la physionomie douce et intelligente. Leur caractère et leurs habitudes, nous dit M. le missionnaire, s'accordent avec ses dehors prévenants. L'instruction élémentaire, répandue parmi eux, a produit et produit encore les résultats les plus satisfaisants pour le corps et pour l’âme. Il est

digne de remarque que, dans les deux ou trois

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