‹ La Gaspésie [microforme]Chapitre 16 sur 25 · D PS RS · texte numérisé non relu

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176 Lu Gaspésie

de la nuit. Pendant plusieurs jours, un incendie a parcouru les bois qui couronnent le promontoire, et ce soir tous les büchers, d’où tantôt ne s'élevait qu'un peu de fumée, sont attisés et répandent une lueur rougeâtre sur une portion du port, tandis que les autres parties sont enveloppées de profondes ténèbres. Epars depuis la base jusqu'au sommet de la colline, ces ilambeaux retracent à l'imagination les mille lumières, qui, pendant la nuit, s’étagent les unes au-dessus des autres, dans la

vieille capitale du Canada.

Juillet, 7.

Vingt-cinq ou trente familles habitent le Port-Daniel et les anses voisines. Ces bonnes gens ressemblent beaucoup à ceux de la Pointeau-Genièvre. Leur langage n’est pas toujours intelligible pour un canadien, car ils ont des expressions et des tournures particulières à

leur localité.

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La température, nous dit-on, est ici un peu plus douce qu'aux environs de Percé; ce printemps, les semaïlles y ont été commencées dans la première semaine de mai. Moins abondante qu'à la Pointe-au-Genièvre, la morue est en partie remplacée par d’autres poissons, surtout par le saumon, qui monte en grande quantité dans lesstire Drnioroment un soul pêcheur a pris, dans une journée, soixante-huit saumons, pesant de vingt-cinq à trente livre cha-

cun.

Sous une main protectrice et capable de l4 guider, la population du Port-Daniel pourra, avec les avantages dont elle jouit, s'élever à une

condition beaucoup plus prospère. !

À notre départ de ce lieu, malgré la surveillance active de la mère Christine L.......…. sur

ses miliciens, un fusil, chargé outre mesure,

1 Depuis qu'in missionnaire réside au Port-D.niel, une améliora'ion

sensible s'y est produite, et au temporel et au spirituel,

éclate, et les morceaux sont lancés au loin,

sans néanmoins blesser personne.

Vers midi nous sommes sous voile. Le vent tombe ; un calme plat nous arrête vis-à-vis des pêcheries de la Nouvelle. Nous espérions arriver de bonne heure à Paspébiac ; il faut remettre la partie à demain. Cependant le temps est si beau et les causeries sur le gaillard d’arrière sont si gales, que personne ne s'aper-

coit du contretemps. Le soleil se couche dans

toute sa gloire et éclaire de ses derniers rayons

un ciel sans nuage ; à l'occident, le crépuscule déploie lentement son manteau d’or et de pourpre ; à lorient, les côtes basses du Chippagan se dessinent, comme une longue bande qui se confond avec l’azur de la mer. À mesure que l'obscurité s'étend sur l'horizon, les feux allumés sur le banc de Paspébiac lancent des jets d'une lumière rougeâtre, qui tremblent sur la surface ridée des eaux, et produisent à cette

distance un effet lugubre.

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4 lorsqu'il s’est éloigné.

Les feux, placés souvent en plein air, sur cette pointe basse et avancée, étant reproduits par le mirage, ne seraient-ils pas la cause réelle du phénomène, connu dans les environs sous le nom de feu des Roussi ? Suivant les rapports de ceux qui disent l'avoir examiné, une flamme bleuâtre s'élève par fois au sein de la mer, à mi- Tantôt petite comme un flambeau, tantôt grosse et

distance entre Caraquet et Paspébiac.

étendue comme un vaste incendie, elle savance, elle recule, elle s'élève. Quand le voyaseur croit être arrivé au lieu où il la voyait, elle disparait tout à coup, puis elle se montre Les pécheurs affirment que ces feux marquent l'endroit où périt, dans un gros temps, une berge conduite par quelques hardis marins, du nom de Roussi; cette lumière, selon l'interprétation populaire, aver-

tirait les passants de prier pour les pauvres

noyés.

Juillet, 9.

De grand matin, nous dédoublons la pointe du banc de Paspébiac. Le banc ou, comme on le nomme ici, le bagne, est un triangle équilatéral dont la base est formée par la terre ferme ; des deux extrémités de cette base, qui a un mille de longueur, partent deux bandes sablonneuses, larges environ d’un arpent et se joignant à un mille en mer. L’intérieur de ce triangle est un beau bassin, qui communique avec les eaux de la mer par un étroit canal. Le bassin et le goulet étaient autrefois assez profonds pour recevoir des navires; malheureusement, au milieu du premier se trouvait un îlot, qui, en s’affaissant, l’a rem-

pli de manière qu'il ne sert plus que pour des

berges.

La compagnie Robin a, dans ce moment,

bnit gros bâtiments mouillés dans le havre

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voisin du banc. Venus ce printemps avec une cargaison de marchandises, ils repartiront chargés de morue, au commencement de l’automne. En attendant, les matelots sont occupés

à faire la pêche et à préparer le poisson.

Il y a soixante ans, quelques familles seulement habitaient ce lieu, où l’on compte aujourd'hui six cents âmes. Une partie de la population paraît être venue de Plaisance dans l'ile de Terreneuve ; elle s’est depuis augmentée par l’adjonction de Basques, de Canadiens et de Jersiais. La renommée nous l'avait d'avance peinte sous des couieurs assez sombres ; aussi fûmes-nous surpris de la trouver beaucoup mieux qu'on ne l'avait faite. Les Paspébiacs ne seralent certainement pas des ornements dans un salon; pour la science et pour les lettres, ils figureraient assez tristement à côté d’un Arago ou d'un Châteaubriand. ‘“ Mais

après tout,” vous diront-ils avec complaisance,

“ les Paspébiacs, ils étions des hommes rares; pour la pêche, pour la chasse, pour prier le bon Dieu, ils n’en eraignions point.” Ils paraissent vifs et emportés, et cependant ils sont toujours prêts à rendre service; ils parlent avec véhémence et à tue-tête, de sorte qu’on les croirait fâchés, tandis qu'ils se disent des douceurs. Un Paspébiac crie-t-il à son voisin :

‘ Taiïse-toi, ou je t’enfonce un croc dans le

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