‹ La Gaspésie [microforme]Chapitre 23 sur 25 · DRE PRES · texte numérisé non relu

DRE PRES

PET AE VE LE Te

Deux choses nous étonnent, au débarquement : le costume antique des habitants, particulièrement celui des femmes, et la charité qu'on a de ne point nous assourdir à coups de fusil. Pas un seul de ces braïllards, comme les appelle un vieux chasseur, n'ose ouvrir sa gueule noire. Mais trève de compliments sur ce dernier point ; car si les chasseurs de Caraquet n’ont pas aujourd’hui dérouillé leurs fusils, c'est qu'ils ont été pris à l’improviste ; demain, nous paierons le repos du premier jour. En effet, ce matin, dès que la renommée aux mille voix eût proclamé aux paisibles habitants de l'endroit l’arrivée de l’évêque de Sidyme, un conseil des notables s’est tenu, et six vigoureux rameurs ont été dépêchés au Chippagan, situé à quatre lieues d'ici, pour acheter une bonne provision de poudre.

Le sujet de notre première surprise est mieux fondé.

Cette population a conservé les cou-

tumes et le costume de ses ancêtres, bien plus religieusement que les autres communautés acadiennes. À voir l'habillement des femmes, on les prendrait pour des religieuses. La”partie la plus curieuse de leur toilette est la couverture de tête, grande coiffe à fond quarré et sans aucune garniture. Sous cette enveloppe, toutes les têtes paraissent de loin appartenir aux bi-

saïeules de la génération présente.

‘ Et les huîtres de Caraquet ! en mangeronsnous ? ” demande l’ami N, qui craint moins les huîtres que les homards. Les huîtres de Caraquet sont renommées ; elles habitent une batture d’une demi-lieue en superficie, vers le fond de la baie, et à deux milles environ de l'église. L'année dernière, les habitants du lieu,

trop avides de gain, en chargèrent une vingtaine

de goëlettes, et par là en diminuèrent le nombre,

de manière à donner des craintes pour l’exis-

tence de la colonie sous-marine. Munis des

tait

ien plus | instruments nécessaires et habitués à ce genre munautés A de travail, ils ne craignent point de compétition , femmes, 4 de la part des étrangers, et se regardent comme Lapartie | autorisés à régler l’exploitation des huîtres de la couver- leur baie.

rré et sans

pe, toutes Les opérations sont généralement dirigées

nir aux bi- # par un conseil d'anciens. Ceux-ci, reconnaissant leur imprévoyance de l’année dernière, résolurent de n’en point vendre à l'avenir avant la

fin de septembre. Nous faudra-:t-il donc attendre

mangerons- à | nt Loin las jusqu’au mois d'octobre ? Non ! À peine monmoins | Se | seigneur Turgeon a-t-il témoigné le désir de se es de Cara-

bitent une procurer des huîtres, que les anciens chargent iten

Je À cingou six pêcheurs d'en fournir autant qu'il en cie, vers le

faudra.

environ de ints du lieu, e vingtaine Deux rateaux, attachés en ciseaux, forment ©

Lle nombre, | l'instrument le plus commode pour saisir les 19 | pour l'exis- | huîtres au fond de l’eau. D'abord écartés l’un

| , Munis des de l’autre, les deux rateaux sont rapprochées au

ioyen de leurs manches, et retiennent entre leurs dents les cailloux et les coquillages. L’instrument est alors tiré de la mer, déchargé dans la berge et plongé de nouveau.

L'église et le presbytère de Caraquet sont construits de pierre ; c'est à M. Cooke, ancien missionnaire du lieu, qu'est dû l'honneur d’avoir fait bâtir le seul grand édifice de pierre qui soit dans la baie des Chaleurs.

Juillet, 29.

Vers 5 heures du soir, nous faisons nos adieux aux Acadiens, dont nous avons admiré la foi et

l'attachement aux anciennes mœurs.

ia tisse Heu pietas ! heu prisca fides ! ”

peut-on répéter avec le poète, en rappelant les | bonnes qualités de ces braves gens.

Au départ, tous les fusils se font entendre, et |

ent entre res. L'ins- 1argé dans

aquet sont ke, ancien eur d’avoir erre qui soit

illet, 29.

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appelant les |

entendre, et |

Le Gaspésie 281 les jeunes gens tâchent ainsi de réparer leur honneur, si gravement compromis à notre arrivée.

En sortant du goulet, le capitaine V. nous expose à passer la nuit sur un banc de sable. Malgré les avis d’un pilote qui a voulu nous suivre jusqu’en pleine mer, malgré les remontrances de son fils Benne, qui connaît mieux que son père le port de Caraquet, il s’obstine à suivre une route qui a bientôt mis la quille de la Sara en contact avec le fond de la mer. Par bonheur, le vent souffle avec force; après avoir tracé un silon de quatre ou cinq arpents, la goëlette se trouve de nouveau dans le chenal et fuit vers Québec.

Tout va bien, hormis le cœur de M. le grandvicaire Gagnon, que Monseigneur a invité à

monter avec nous jusqu'à Québec.

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