‹ La Gaspésie [microforme]Chapitre 4 sur 25 · PERTE 64 6 ESS ET LTD · texte numérisé non relu

PERTE 64 6 ESS ET LTD

la Nouvelle-France eut plusieurs fois à se plaindre du commerce de contrebande que faisaient les Basques, les Hollandais et aussi les Anglais,

quand ils en trouvaient l’occasion.

Jusqu'ici le bulletin sanitaire n’a eu à enregistrer que des rapports favorables ; la santé publique était bonne dans l& petite communauté, l'appétit était encore meilleur. Aujourd'hui, il y a perte d’appétit chez M.T.; puis chez Hector et enfin chez Jacquot. Ce n'est pas tout ; une maladie se déclare, et c'est bien le terrible mal de mer. Tous trois pâlissent, s’agitent et font de violents efforts. Autour d’eux se rassemble un groupe de spectateurs ; personne, cependant, ne s'apitoie sur le sort des malheureuses victimes. Qu'elle est afligeante la situation d’un pauvre malade, étendu sur les planches du pont, la face dans la poussière, et ne levant les yeux que pour contempler des

visages riants ! Prête-t-il l'oreille aux chuctotte-

dis

e plainaisaient

\nglais,

à enrea santé commu- Aujour- .; puis e n’est st bien lissent, r d'eux S; perort des geante sur les ière, et ler des

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ments des assistants, dans l’espérance de saisir quelques mots d'encouragement ? Il reconnaît qu'il est l’objet de leurs mauvaises plaisanteries. Veut-il se lever pour faire face aux railleurs ? Ses jambes ploient sous le poids de son corps et le laissent tomber, exposé à de nouvelles insultes. Une seule consolation lui reste ; c’est l'espérance de pouvoir un jour rire à son aise de ses persécuteurs, lorsqu'ils auronteux-mêmes été abattus et désarmés par la maladie. Les désastres de la journée sont causés par un fort vent de nord-esi, en face duquel la Sara s'agite avec violence.

Nous côtoyons la rive méridionale du fleuve, bordée de montagnes dans cette partie. En aval, les hauteurs sont taillées perpendiculairement et prennent le nm de murailles du Bic.

Jadis le chemin entre les Trois-Pistoles et le Bic suivait les bords du fleuve. Dans cette

distance de vingt-sept milles, un seul lieu de

repos s'offrait au voyageur ; c'était la maison de la veuve Petit, dont le nom est longtemps resté célèbre dans ces parages. Le vent continuant d’être contraire, nous jetons l’ancre près de l’île du Bic, qui est séparée de la terre ferme, par

un chenal d'environ une lieue de largeur.

Autrefois M. D’Avaugour, gouverneur du Canada, avait formé le projet d'ouvrir un port et d'établir un entrepôt pourle commerce, dans la baie qui est vis-à-vis de l’île du Bic. Les

navires venant de France se seraient arrêtés en

ce lieu, y auraient déposé leurs marchandises, |

et pris pour le retour les fourrures et autres articles d'exportation fournis par le Canada. Ce

projet, alors abandonné comme beaucoup d’au-

tres, a depuis été remis sur le tapis et finira

peut-être par se réaliser.

Près d’une des pointes qui protégent le mouillage à l'entrée de la baie du Bic, est un ilot

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nommé l’Ilet-au-Massacre ; ce nom lui vient de ce qu'on y a découvert, dans une caverne, des squelettes d'hommes, de femmes et d’enfants.

La tradition rapporte que des Micmacs s’y réfugièrent un jour pour éviter la poursuite d’une

bande de guerriers iroquois, et furent massacrés

| par leurs féroces ennemis.

Nous voici tranquillement à l’ancre, et tous les malades sont déjà sur pied. Comme il est

midi, nous allons dîner ; puis nous irons visiter

la belle île du Bic. Quel plaisir de marcher sur

un sol ferme, quand on a été durant trois longues journées à battre le pont étroit d’une goëlette ! La mer est si calme, et le dîner durera si peu de temps, qu'il n'est pas nécessaire d'attacher à la table le cadre protecteur! Triste destinée des projets de l’homme ! À peine a commencé le cliquetis des couteaux et des fourchettes, que voici bien une autre fête : ‘“ Le

plus terrible des enfants que le sud eût porté,

jusques-là dans ses flancs, ” se rue contre nous, siflant, rageant, hurlant. Comme il souffle dans la direction favorable, le capitaine se décide à profiter de sa mauvaise humeur ; on lève l'ancre, les voiles sont tendues ; la £ara a senti l’éperon, elle tremble dans tous ses membres, elle se penche et s'élance. De la salle à diner, un cri | de détresse s’est fait entendre ; ce n’est pour- | tant rien de sérieux, car il est suivi de rires homériques. Potage, assiettes, verres, pain, plats, se précipitent, dans une admirable confusion, sur les genoux de M. F. qui... mais non !| jamais il n’a reculé devant de tels ennemis. Sa | vaste poitrine affronte la tempête ; elle offre une digue, contre laquelle viennent se briser les flots tumultueux de biftek et de potage. D'une main il saisit un plateau qui s’agite sur sa base, de l’autre, il arrête la soupière renversée ; il! cherche encore s’il n’aurait pas une troisième main, pour achever de mériter le titre de sau-

veur de la patrie.

traine

tre nous, | Pendant ce vacarme, dolente est la figure des 1fle dans convives placés de l’autre côté de la table ; décide à Æ nouveaux Tantales, ils restent l'arme au poing, re l’ancre, tandis que leurs assiettes sont allées grossir les l'éperon, M dons que la fortune entasse sur leur courageux , elle se Æ confrère. La nécessité stimule enfin les plus

r, un Cri M lâches ; un prompt secours est porté à M. F'; ’est pour- M les fuyards sont ramenés à leur poste ; l’ordre

yi de rires Ÿ se rétablit sur latable, pendant que l’insouciante

ain, plats, Sara, sans s'occuper de ces commotions intes- El confusion, # tines, file ses douze nœuds à l’heure, entre l'ile LÉ

ais non ! © du Bic et Rimouski.

nemis. Sa | e offre une 4 Mais ce vent enragé ne peut durer longtemps; briser les f k 1 en moins de deux heures après notre départ, e. une 4 # A . / P # nous avons dépassé l'ile Saint-Barnabé. Le ar sa base, $ ki al vent tombe ; la goëlette n’obéit plus au gouversée ; 11! ' L ... Æ vernail ; une forte houle fait trébucher ceux troisième! Fe : Ë € qui n’ont pas la jambe marine ; aussi le malaise re de sau-

des estomacs se développe d’une façon alar-

mante. L'heure du souper est arrivé sans que

l'appétit se manifeste ; l’un prend un léger repas sur le pont, pendant que d’autres prefèrent sommeiller à jeun. Cependant la maladie ne se déclare franchement que chez M. T., déjà

atteint dans le cours de la journée.

Juin, 19, dimanche.

Pendant toute la nuit dernière, la goëlette a été agitée par le roulis ; les craquements continuels des cloisons ne nous ont guères permis de dormir. Aujourd'hui, la mer est encore trèsgrosse, quoique l'air soit parfaitement calme. La Sara éprouve le supplice d’Ixion attaché à la roue; lorsqu'elle roule au bas d’une vague, l’on dirait que toutes les pièces de sa charpente se disloquent. Les mouvements saccadés des manœuvres rappellent les convulsions d’un épileptique ; tandis que le frottement des guis contre les mâts produit des sons déchirants, comme les râlements de la mort. Quand arrive queue énorme vague, soulevant la goëlette et

Ja laissant brusquement retomber, chacun de

…'e tre re tr

nm léger 28 prefèmaladie TT. déjà

nche.

oëlette a 2nts cons permis

ore très-

ns

nous sent son cœur voler et prêt à lui sauter dans la bouche,

Vers 8 heures du matin, un vent frais du nordouest nous arrache à notre situation désagréable ; car, une fois sous voile, le bâtiment prend une allure plus convenable et moins fatigante pour

ceux qu'il porte.

À huit lieues de Rimouski se trouve la rivière de Métis, où M. Price a établi de grandes scieries. Ces moulins, dit-on, ont éloigné de la

rivière les saumons qui la fréquentaient.

De ces nombreuses scieries, s’échappent des bouts de planches et des rognures de madriers, qui sont portés au large par les vents et les courants, et qui, pour certains oiseaux de mer, deviennent autant de navires improvisés. Deux ou trois mouettes s’établissent sur un de ces

bâtiments, dont le pont n’a guères que quelques

pouces en superficie, et s’abandonnent au gré des flots. Pendant le cours de la journée, nous rencontrons plusieurs de ces navires lilliputiens, que l'équipage abandonne au moment où le fusil du chasseur se lève menaçant. Sans avoir recours aux sociétés d'assurance, la mouette a bientôt réparé sa perte; car, à quelques brasses plus loin, elle trouve une autre nacelle, sur laquelle elle se livre de nouveau aux agréments et aux peines de la navigation. Une forte vague vient-elle se dérouler sur le petit vaisseau ? d’un coup d’aile, la mouette s'élève au-dessus et retombe avec une adresse admirable sur son gail-

lard, dès que le danger s'est éloigné.

Vers 4 heures du soir, nous passons vis-à-vis du cap Chates, hauteur que l’on peutapercevoir de fort loin en mer; c'est un énorme jalon, qui sert de borne entre le district de Québec et celui de Gaspé. À quelques lieues en arrière s'élèvent les hautes cimes des Chikchâäks ; sur

it au gré née, nous liputiens, où le fusil avoir renouette a »s brasses celle, sur gréments rte vague au ? d’un sus et re-

son g'ail-

vis-à-vis

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leur pente d'un bleu foncé, se détachent de longues lisières blanches, qu'à cette distance l’on serait tenté de prendre pour des couches de neige. Cette chaîne de montagnes appartient au système des Alleghanies, et se relie aux montagnes vertes du Vermont ; elle court presque parallèlement au Saint-Laurent, et va se termirer par le Fourillon, près du cap des Rosiers.

Au nord du fleuve, et environ à dix lieues du cap Chates, est un phare, placé à la Pointe-des- Monts ; les montagnes qui s'élèvent en arrière de cette pointe basse sont les dernières terres du nord que l’on aperçoive de la rive méridionale Uu grand fleuve, les deux côtes s’éloignant ensuite rapidement, à mesure qu'on s’avance vers le nord-est. À une lieue du cap Chates, près de la rivière du même nom, est un établis-

sement renfermant six familles. Une chapelle,

qui y avait autrefois été érigée, est maintenant

en ruines, et les habitants de ce lieu assistent à la mission qui se donne annuellement à Sainte- Anne des Monts. !

1 La mission du cap Chates est aujourd’hui florissante ; elle ronfermait, en 1860, une population de 6523 âmes.

\ssistent \ Sainte-

à ronfermait,

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