INTRODUCTION
Lorsque nous avons commencé cette étude sur la gastro-entérostomie, sujet qui nous fut indiqué par M. le professeur agrégé Jaboulay, le jeune et éminent chirurgien de la Faculté de Lyon, dont la compétence en cette matière est bien connue, fort peu de travaux avaient paru sur la gastro-entérostomie. Assez peu connue en France, où elle commençait à peine à éveiller l'attention du monde chirurgical, bien accueillie par les uns, énergiquement repoussée par les autres, elle semblait presque l’apanage exclusif des cliniques autrichiennes et allemandes.
Recueillir toutes les observations éparses, en faire un tout et mettre la question au point, tel fut notre premier but.
Mais depuis, d'importants travaux ont paru : deux thèses remarquables, dues à MM. Matignon, de Bordeaux, et Wilhelm, de Nancy; 219 observations y sont rapportées, véritable trésor scientifique, où les chercheurs n’ont qu’à puiser et d’où il est bien permis, dès aujourd’hui, de tirer des conclusions.
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De l'étude attentive que nous avons faite de ces observations, un fait nous a immédiatement frappé : c’est l'incertitude dans laquelle se trouve encore le chirurgien, en ce qui concerne le côté technique de Ja gastro-entérostomie. La science indécise cherche sa voie sur ce point. Peut-être même pouvons-nous dire que c’est à cette incertitude qu’il faut rapporter une bonne part des insuccès qui laissent cette opération en butte aux attaques passionnées de ses détracteurs.
Aussi, il nous a semblé que ce serait pour nous une tâche à la fois noble et belle, que d'essayer de tirer quelque lumière du chaos des nombreux procédés qui se partagent la faveur des chirurgiens de tous pays. Nous nous sommes voué à cette tâche ardue pour notre jeune expérience, bien incertain du succès, mais du moins, nous pouvons dire que nous y avons mis toute l’ardeur d’un prosélyte. Notre unique désir est que ce travail ne soit pas absolument perdu pour la science et qu’ii puisse servir à mieux faire connaitre, c’est-àdire à faire apprécier comme elle le mérite, la gastroentérostomie.
Avant d'aller plus loin, nous nous permettrons d'adresser ici l’hommage public de notre profonde reconnaissance à M. le professeur Poncet, ce maitre de la chirurgie lyonnaise, dont nous sommes fier de nous proclamer l'élève, et qui nous a fait l'honneur d'accepter la présidence de notre thèse ; à M. le professeur agrégé Jaboulay, qui nous a si puissamment aidé de ses conseils et qui, si obligeamment, a mis à notre
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disposition le fruit de ses travaux personnels et de son expérience.
Nous sommes heureux également, à l’occasion de notre thèse inaugurale, de pouvoir exprimer toute notre reconnaissance à M. le médecin-maïor Hassler, répétiteur à l'École du service de santé militaire, qui nous a toujours prodigué ses meilleurs conseils ct nous a fait l'honneur de nous accueillir dans son service.
A MM. Guichard et Schmerber, dont la parfaite connaissance des langues étrangères nous à été d’un si précieux secours.
À tous nos camarades de promotion, enfin, pour l’amitié qu'ils ont bien voulu nous témoigner.
Cette étude n’est pas un plaidoyer. Partisan absolu de la gastro-entérostomie, dans tous les cas de sténose pylorique, bien que cette opération, loin d’être admise par tous les chirurgiens, et à plus forte raison, par tous les médecins, ait besoin de chauds défenseurs, nous n’avons pas cru, cependant, qu’il fut de notre sujet d'entrer, nous aussi, en lice et d’essayer de convaincre des adversaires souvent irréconciliables de parti-pris. Pour convaincre, il faut des faits. Or, ces faits, nous avons la conviction que l’avenir se chargera d'en ajouter à ceux qui sont déjà acquis à la science, et de forcer la main aux gens qui hésitent par peur ou par conviction. Nous nous sommes astreint au côté purement technique de cette opération. Dans une première partie, nous avons fait un court historique ; dans une seconde partie, nous avons discuté, à propôs de chaque temps, les divers procédés employés.
Nos conclusions, enfin, sont l'énoncé de l'opération pure et simple, telle que nous la comprenons, de l’opération qui, enfin, nous semble réunir les meilleures conditions de rapidité et de facilité pour le chirurgien, et, avant tout, de sécurité pour le malade.
La gastro-entérostomie. — Son but. — Cas qui en
sont tributaires.
La gastro-entérostomie s'adresse non pas à une cause, mais à un effet, non pas à une entité morbide comme le cancer par exemple, mais à un symptôme ou plutôt à une complication, l'obstruction pylorique.
Son but, c’est de parer à la sténose mécanique du pylore, que cette sténose soit due à un néoplasme on à un rétrécissement de quelque nature qu'il puisse être. Dans-le premier cas, c’est une opération purement palliative. Le malade meurt de généralisation cancéreuse. Dans le second cas, c’est une véritable cure radicale. Elle consiste, le pylore étant obstrué, à rétablir le cours normal des aliments, de l’estomac vers l'intestin, au moyen d'une anastomose entre ces deux organes. D'où sa première dénomination, la. seule véritablement logique de gastro-entéro anastomose.
Les cas tributaires de cette opération sont nombreux.
La gastro-entérostomie est indiquée :
4° Dans les cas de cancer du pylore. Ce sont les cas lés plus fréquents, |
2° Dans les rétrécissements cicatriciels, suites de gastrites alcooliques, de brûlures, d’ulcérations tuber-
culeuses, d’ulcères simples.
3° Dans les rétrécissements par hypertrophie des
tuniques musculeuses, véritable myome circulaire du pylore (1).
4° Dans le rétrécissement spasmodique du sphincter pylorique ou pylorisme (Küssmaul).
5° Dans les cas de compression exercée sur le pylore par des néoplasmes du foie, par des ganglions dégénérés, dès anévrysmes.
6° Enfin, dans ces derniers temps, M. Jeannel, professeur de clinique chirurgicale de Toulouse, a proposé la gastro-entérostomie comme traitement de la dilatation simple de l’estomac.
Cela a été jusqu’à ces derniers temps une des erreurs du public médical, de rattacher toujours à l’idée de gastro-entérostomie, l’idée de cancer. C’est là peut-être une des causes de la défaveuravec laquelle certains esprits l’accueillent encore aujourd’hui. Nous ne saurions trop insister sur ce point. La gastroentérostomie n’est pas seulement une opération palliative. Elle peut être aussi une opération curative. Elle l’est dans tous les ces de rétrécissement simple que nous venons d’énumérer.
Or, ces cas de rétrécissements simples, par opposition aux rétrécissements néoplasiques, sont beaucoup plus fréquents qu’on ne le suppose généralement. C’est l'opinion de M. Tripier, l’éminent professeur
(1) Hanot et Gombault. Arch. de Phys., 1889, p. 412.
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d'anatomie pathologique de la Faculté de Lyon, de Cornil et de bien d’autres.
Le plus souvent, leur cause véritable passe inaperue : on diagnostique cancer. Les symptômes sont les mêmes : vomissements noirs, cachexie progressive, teinte jaune paille, douleurs, etc.
Devant ce diagnostic cancer, le chirurgien hésite : ou bien il recule devant une opération qu’il croit purement palliative et laisse son malade s’acheminer vers une fin lamentable, ou bien il opère à tout hasard et trois ans après il s'aperçoit, en présence de la parfaite santé de son malade, que son premier diagnostic était faux.
Ces faits, des observations sont là qui les prouvent:
Guinard : Observation de Southam.(Brit.med.Journ.
juin 1884, p. 1146.
Pylorectomie de Ortmann, 17 mai 1889.
De Kolatschewsky. Berliner Klin. Wochenschrift, n° 51, 17 décembre 1888.
Observation de Hahn, première partie,