‹ La Gastro-entérostomie Son Manuel OpératoireChapitre 31 sur 36 · OBSERVATION VIII · texte numérisé non relu

OBSERVATION VIII

Nous donnons ici l'observation d’une malade opérée par M. Jaboulay avec le procédé de la double anastomose. F

CANCER DU PYLORE. (GASTRO-ENTÉRO-ANASTOMOSE, DUODÉNO--JEJUNO -ANASTOMOSE.

G... Marie, âgée de 53 ans, ovaliste, rue du Midi, 15 Lyon. Entrée le 17 mai 1892. Salle Saint-Paul, n° 9. La malade entre pour des troubles de la digestion... Il y a

14 mois, sentiment de faiblesse générale accompagnée de troubles digestifs. Pendant trois mois, mauvaises digestions qui amenèrent la malade à un état anémique qui dura trois mois, Au bout de ce temps, elle put reprendre ses occupations ordinaires. Cela dura quatre mois. Mais il y a sept mois, exaspération des phénomènes précédents : grande lassitude, constipation opiniâtre, la malade restait quatre, cinq, voire même huit jours sans aller à la selle. Puis subitement, ou bien à la sûite de lavements, se déclarait une débâcle accompagnée de coliques intenses, Parfois même, diarrhée persistante pendant une huitaine de jours pour être ensuite suivie d’une nouvelle période de constipation. Appétit très capricieux... Fréquemment, à la suite d’un repas plus ou moins copieux, sensation de fausse digestion dürant une demijournée, parfois même une journée entière pour aboutir à des vomissements. Ceux-ci composés de glaires et d’eau très acide, presque jamais d'aliments ingurgités. Quelquefois les matières vomies prenaient une teinte jaunâtre plus ou moins foncée, jusqu’au noir chocolat. C'était alors une énorme quantité de matières comparables, au dire de ia malade, à descaillots noi-

râtres couleur lie de vin. Jamais de sang pur, à peine quel-

ques stries sanguinolentes. Le matin régurgitations rares, composées d’eau acide. Presque constamment et surtout après les repas, éructations d’une aigreur caractéristique. Le tout est accompagné de douleurs cuisantes, atroces, exaspérées au moment où commence la digestion. Point de départ de la douleur au creux épigastrique, s'irradiant en ceinture avec un maximum fréquent à l’opposite dans la région dorsale.

Etat actuel : Tous ces phénomènes sont ceux que présente actuellement la malade, Etat général mauvais.

L'alimentation ne se fait plus. Le lait n’est plus supporté. Répulsion pour la viande. La malade ne peut plus faire aucun

travail, Depuis deux mois, elle est condamnée au lit, A la

palpation, on sent une légère induration de la paroi antérieure de l'estomac, A la percussion, tympanisme stomaca! s'étendant jusqu’au niveau de l'ombilic. Pas d’œdème des

77 ce

jambes. Rién au cœur, rien aux poumons. La malade pèse 37 kilos 15, alors qu’il y a dix ans son poids était de 60 kilos.

Opération le 48 mai 1892. Anesthésie à l’éther. Après un lavage très abondant de l'estomac, M. Jaboulay pratique j'anastomose de l'estomac et du duodenum suivant son procédé opératoire. Il existe au pylore une tumeur grosse commsé une mandarine. Puis deuxième anastomose entre le duodenum et le jejunum. L'opération a duré une heure cinq minutes..

Le nent la malade n’a pas encore vomi une geule fois depuis l'opération. Elle mange à peu près de tous les aliments.

. La viande serait’assez mal toiérée. Depuis le 27 mai, la malade se lève tous les jours. Elle ne souffre à peu près plus. Un peu de douleur à la pression au niveau de la plaie.

. Légère constipation: La malade réclame tous les. jours .un lavement ordinaire. Le 4e juin, la malade pesait 88 kil. 1 au lieu de 37 kil. 5 le jour de l’opération. Cette alimentation est restée parfaite jusqu’à la date actuelle, 15 juin 1892, sans vomissements, sans douleurs (Arch. prov. de Chirurgie).

. Ce qui fait l'intérêt de cette observation, c'est l'absence complète des vomissements, grâce à la double. anastomose. nr

Nous avons revu cette malade le 12 juin 1893, plus d’un an après l'opération. Sa santé était aussi parfaite que possible. Elle vaquait elle-même à tous les besoins

de son ménage, Toutefois dans le courant de mai, elle avait eu, nous a-t‘elle dit « une attaque » dans Îa-

quelle elle avait complètement perdu connaissance et à la suite de laquelle, il lui était resté un certain degré de parésie de tout le côté droit.

Quant à la tumeur, elle avait à peine grossi. . Actuellement encore, 30 novembre 1893, cette femme se porte bien.

Nous avons cru devoir joindre également aux observations citées plus haut, trois observations inédites, dues à l'obligeance de Monsieur le Professeur Poncet et prises dans son sérvice.

Page 1