BIOGRAPHIQUE ET LITTERAIRE. XVII
ne pas faiblir quelquefois avec une matière si ingrate. Boileau lui-même, l'immortel auteur du Lutrin, ne dort-il pas aussi un peu dans le dernier chant de son poème <
Ces réserves faites, la Gastronomie telle quelle est restera, pensons-nous, et, comme un bon vin, elle ne perdra rien à vieillir. Que s'il fallait maintenant lui assigner un rang dans cette galerie si riche et si variée en tableaux de toute sorte des productions de notre littérature légère, nous croirions avoir surpris d'avance le jugement des lecteurs et celui de la postérité, qui ne se méprend jamais, en disant qu'elle est digne d'être placée bien près de Vert-Vert et non loin du Lutrin.
Nous disions tout à l'heure que ce poème, coulé dans le moule didactique, n'était peut-être qu'une ingénieuse satire. En effet, les pointes de vive et spirituelle malice qu'on rencontre parfois tendraient à faire croire que Berchoux, en vantant l'art gastronomique avec un esprit assaisonné de tant de raillerie, n'a voulu que se jouer un peu de son sujet, et surtout des gros et délicats gourmands de cette époque, qui faisaient leur dieu de leur ventre et ne vivaient que pour boire et manger.
D'ailleurs, personne n'était moins gourmand qut lui, bien qu'il fût toujours muni d'un excellent ap-
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petit. Chose singulière ! celui qui a mis un si joyeuxentrain à célébrer les plaisirs de la table était d'une grande sobriété. Berchoux mangeait simplement pour vivre, et ne vivait point pour manger. Infidèle aux règles gastronomiques dont il faisait des lois, quand il demandait un convive bien attentif, et un repas savamment organisé, notre poète souvent distrait se laissait aller à manger deux fois de suite d'un même plat tout en croyant en attaquer un autre. Lui qui avait rappelé en un vers charmant cet aphorisme cher aux viveurs d'un médecin célèbre qui conseillait l'ivresse une fois par semaine, Une bronchait jamais, mime en sortant de table. Je doute encore qu'il ait trouvé au fond d'un verre toute la vérité de cette poétique pensée qu'Horace a enfermée dans un hexamètre impossible à bien rendre dans notre langue:
Fecundi calices quem non fecere disertum ?
En un mot, Berchoux n'était gastronome que la lyre à la main.
Joseph de Berchoux1 naquit le 3 novembre 1760,
1 . Les différentes biographies qui ont paru sur Berchoux ne s'accordent pas sur la date précise de sa naissance; comme dans l'édition que nous présentons aujourd'hui nous tenons à fournir les renseignements les plus exacts et les plus authentiques, nous avons relevé sur les registres paroissiaux de