BIOGRAPHIQ^UE ET LITTERAIRE. XXIII
qui, comme lui, essayaient leur muse naissante, et particulièrement avec Joseph Michaud, l'auteur du ^ Printemps d'un Proscrit.
Revenu dans sa petite ville natale quelques années avant la Kévolution, lors de la création des justices de paix (1790) il fut élu par son canton à cette nouvelle magistrature. Mais à l'époque de la Terreur, comme ses idées monarchiques bien connues le désignaient d'avance à la hache révolutionnaire, il abandonna ses honorables fonctions et, comme tant d'autres jeunes gens, il vint demander un asile à ces ' rangs militaires formés par la Terreur et pourtant p^^i volontaires. // partit donc gagnant lentement la terre d'Italie, comme il le dit lui-même, passant son temps le plus gaiement possible, jusqu'à ce qu'enfin il s'arrêta à Nice et y laissa son bouclier (non bene relicta) dans les bureaux du payeur de l'armée, où i7 fut employé quelque temps. Ce ne fut qu'après le 9 therniidor qu'il rentra en France.
A partir de ce nioment, grâce au modeste patrimoine qu'il possédait, il put se consacrer tout entier au culte de la poésie et de la musique, qu'il retrouvait avec plus de bonheur après les jours difficiles qu'il venait de traverser.
Ce fut en i 797 qu'il lança cette fameuse boutade si pleine d'entrain, de malice, et qui venait bien à
propos ridiculiser le langage mythologique et prétentieux de l'époque du Directoire :
Qui me délivrera des Grecs et des Romains?
En l'adressant à un journal de Paris, Bcrchoux ne l'avait pas signée. Aussi plusieurs s'approprièrent le mérite d'avoir montré tant de verve et d'avoir eu tant d'esprit. Mais le larcin fut bientôt découvert, et cette ingénieuse satire rendue à son véritable auteur.
La même année, il collabora à la Quotidienne, journal royaliste fondé par Joseph Michaud, dont l'influence était considérable et à laquelle il fournit des articles aussi spirituels que caustiques, d'abord sous le pseudonyme de Nacone^, et ensuite sous celui de Muzard. Il concourut aussi à la rédaction de /a Gazette de France, dont Michaud fut quelque temps propriétaire, et où ses feuilletons furent trèsgoùtés [entre autres Histoire merveilleuse et véritable d'un actionnaire de la banque Lafarge, écrite par lui-même).
En i8oij Berchoux publia la Gastronomie, son chef-d'œuvre, qui eut, comme nous l'avons dit, un
I . Nacone est un village qui dépend de la petite ville de Régny (Loire).