IV NOTICE
succès qu'il méritait. En moins de trois années il s'en fit plusieurs éditions. Il fut traduit en anglais ', en allemand, et dans toutes les langues des peuples qui apprécient les ouvrages étincelants d'esprit, de finesse, de gaieté. La Gastronomie ne portait pour nom
d'auteur que J. B x, et, par une modestie bien
rare, ce ne fut qu'à la troisième édition (i8o3) que Berchoux se décida à signer son ceuvre en toutes lettres et à en avouer la paternité.
En 1808 parut une quatrième édition du poemc, format in-i8, accompagnée d'une dédicace en vers à M™^ Larcher d'Arcy, et de plusieurs autres pièces qu'on ne retrouve plus dans l'édition de 1829, parmi lesquelles on remarque les stances à Chateaubriand, qui terminent le recueil. La cinquième, format in-i8, figures, date de 181 8. Elle est la plus recherchée des amateurs et nous parait à tous égards la plus recommandable : nous la reproduisons ici. En 1829, Berchoux publia ses œuvres poétiques complètes (4 vol. in- iS. Paris, Michaud). Depuis, la Gastronomie* n'a pas été imprimée, si ce n'est dans les classiques
1 . La Gastronomie a été traduite en vers anglais, sous ce titre : Gastronomy, or the bon vifant's Guide, London, 1810, in-4'>.
2. La Gastronomie a été aussi imprimée dans la collection Garnier dans les mêmes conditions.
BIOGRAPH IQ UE ET LITTERAIRE. V
de la Table, et, en 1841^ dans la collection Charpentier, à la suite de la Physiologie du goût de Brillai-Savarin, avec /'Art de dîner en ville du bon Colnet, son meilleur disciple.
En lisant la Gastronomie, il ne faut pas s'attendre à trouver la glorification des plaisirs de la table comme les comprennent certaines natures gloutonnes, qu'on retrouve dans tous les temps et chez toutes les nations. Sans parler des Komains, chez qui la satisfaction de l'appétit avait quelque chose de brutal et qui rappelait bien la vie aventureuse et guerrière d'une nation dont les insatiables convoitises se portaient sur tout, pour tout absorber, ne pourrait-on pas opposer aux habitudes françaises celles d'une nation voisine que nous ne voulons pas citer, mais que le lecteur saura bien nommer, oii la gloutonnerie et la voracité romaine se retrouvent, exagérées peut-être, sans être compensées par les qualités éclatantes qu'on ne peut se refuser de reconnaître au peuple roi.
Y aurait-il un rapport à établir entre les habitudes gastronomiques d'un peuple et le degré de sa civilisation ? Nous pensons qu'en effet les raffinements de la table doivent coïncider avec un certain développement intellectuel. Cependant il n'y a pas une corrélation aussi intime qu'on pourrait le supposer tout d'abord. L'histoire ne nous fait-elle pas connaître
des faits cViniempérance assez grossière chez des peuples qui ne nianquaient ni d'esprit ni d'imagination ? Qui ne se rappelle les repas homériques si burlesquemcnt décrits dans certaines pages de /'Iliade, où sont représentés des héros grecs '•ngloutissant des bœufs entiers sans préparation et sans façon aucune. Et, certes, on ne saurait taxer d'abrutissement un peuple dont les couvres sont restées, dans tous les genres, comme les modèles de toute imitation et de toute beauté réalisée. Et quant aux Romains, dont nous parlions plus haut, nous retrouvons chez eux un contraste non moins étrange : ainsi César, que les historiens nous représentent avec un estomac assez robuste pour supporter, sans être incommodé d'aucune sorte, sept repas consécutifs, n'est-il pas l'auteur impérissable des Commentaires ! Cicéron luimême, l'orateur à la bouche d'or, ne se refusait pas aux tours de force gastronomiques de ce genre. Bien d'autres faits semblables se présenteraient encore à nous, sans compter ceux que Berchoux nous raconte avec tant d'esprit et de gaieté dans le premier chant de son pocme.
On aurait donc tort de conclure de la gloutonnerie d'un peuple à sa brutalité. Mais les délicates recherches dans l'art de manger seraient plutôt le caractère d'une nation qui se distingue non-seulement