‹ La gastronomie, poëme en quatre chantsChapitre 6 sur 26 · BIOGRAPHIQ^UE ET LITTERAIRE. IX · texte numérisé non relu

BIOGRAPHIQ^UE ET LITTERAIRE. IX

lorsqu'ils eurent abjuré leurs coutunies grossières, faisant fleurir l'art délicieux qu'il chante. Lucullus est le premier en tête :

Au nom de ce grand homme Saisi d'un saint respect, je fléchis les genoux. Il était seul un jour : un cuisinier propose, Au moment du souper, d'en ôter quelque chose : « Tant de mets, répond-il, ne sont pas superflus; Lucullus aujourd'hui soupe chez Lucullus. »

Puis viennent des jugements délicats sur Marc-Antoine, Cléopàtre et son cuisinier, sur Apicius qui ft secte, et dont le nom fut attaché à plusieurs plats nouveaux.

Oublier les empereurs après ces gourmands de profession, c'euf été, Berchoux l'a bien compris, un crime de lèse-cuisine ; aussi nous raconte-t-il les désirs infinis des estomacs de ces royautés gloutonnes, leur luxe singulier, leurs énormes festins.

Dans un repas célèbre, on dit qu'un de ces princes Mangea le revenu de deux grandes provinces,

Vitellius, Caligula, Claude, Géta, et surtout le fds d'yEnobarbus, sont peints de main de maître. Ce dernier lui a inspiré quelques vers qu'on croirait être tombés de la plume de l'auteur du Lutrin.

Mais comment parler des empereurs sans parler de Domitien? Aussi le poète nous donne-t-il un récit

charmant de cette délibération tout à la fois si grave et si bouffonne du Sénat romain sur un turbot, dont nous parle Juvénal et à laquelle nous ne croirions pas si nous ne savions par Tacite lui-même à quel degré de démoralisation et d'abaissement était descendu ce peuple, qu'autrefois son courage, son intelligence, son génie militaire, avaient élevé au-dessus de tous les peuples du monde.

Il y a cependant une chose que je ne pardonne pas à Berchoux, c'est de m'avoir gâté le récit du poète satirique latin. Sans doute celte nouvelle fiction a bien son mérite, et cette sauce piquante n'est pas du tout mal imaginée; mais je ne voudrais pas pourtant qu'on m'oubliât le pot et les potiers !!! Berchoux termine ici l'historique de la cuisine chez les anciens, et en même temps le premier chant du poënie :

11 faut, il en est temps, que notre siècle dîne; Les poëtes ont trop dédaigné la cuisine.

Le deuxième chant s'ouvre par une apostrophe douce et pressante aux amants malheureux. Le poète les invite à venir chercher des consolations à leurs douleurs éternelles dans l'art dont il se fait le chantre, cet art qui ne trompera jamais leurs désirs et qui comblera toujours leur attente. C'est lui qui déride le front du vieillard, qui le console des erreurs de son

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