‹ La gastronomie, poëme en quatre chantsChapitre 8 sur 26 · BIOGRAPHIQ^UE ET LITTERAIRE. XIII · texte numérisé non relu

BIOGRAPHIQ^UE ET LITTERAIRE. XIII

Voyez quelle admirable ordonnance dans ce défilé des plats qui se succèdent les uns aux autres^ et comme l'auteur sait relever par les grâces du style les choses qui, exprimées par une plume moins habile, n'exciteraient qu'un médiocre intérêt.

Dans le troisième chant nous aurions à signaler plusieurs passages qui offrent le plus vif attrait; mais, limité par l'espace, nous recommanderons seulement l'épisode tout à la fois coniique et tragique de la niort de Vatel. C'est un récit parfaitement à sa place dans le poème, et il ne fallait rien moins que tout l'esprit et tout le talent littéraire du poëte pour qu'il pût être lu encore avec plaisir après la narration si spirituelle et si impitoyable de iVî'"" de Sévigné. Vatel a vraiment eu bien du bonheur de trouver de pareils panégyristes pour sauver son nom de l'oubli.

Contrairement à ce qui s'observe dans ces ouvrages où l'imagination fait presque tous les frais, dans la Gastronomie l'intérêt du sujet tient constamment en appétit le lecteur, se continue réellenient, et semble même dans le quatrième chant s'accroître et se surpasser encore . Nous trouvons en effet, au début, l'épisode du jeune soldat volontaire ! ! ! Là Berchoux se met en scène lui-même et nous raconte toutes les vicissitudes qu'il a éprouvées dans une aventure où les situations les plus diverses intéressent par leur

contraste, et mettent bien en évidence le caractère fantaisiste, l'humeur joyeuse, et, il faut bien le dire, peu patriotique, de celui qui en est le héros. Notons encore le portrait de l'ivrogne de village, dont le réalisme saisissant ne pouvait être accepté que relevé par la tournure poétique et naïve que Berchoux à su lui donner.

Enfin le poème se couronne par une apologie du café, cette liqueur chère aux gens de lettres, apologie qui trouvait naturellement sa place à la suite du festin littéraire que vient de nous offrir le chantre de la Gastronomie.

La Gastronomie est accompagnée de notes gaiement et spirituellement écrites. Elles se font lire avec plaisir après le poëme, qu'elles complètent de la façon la plus heureuse. On y peut trouver des éclaircissements, des détails intéressants sur le sujet traité, voire des conseils pour orner son esprit et se mettre en état de parler savamment de la gastronomie. L'anecdote du pauvre abbé Cosson, qui, dînant chez l'abbé de Kadonvillers, commit une infinité de méfaits contre les usages de la table de la bonne compagnie, est gaiement racontée; celle du Suisse qui était au service du maréchal de Villars est des plus divertissantes.

Nous venons de jeter un coup d'ail rapide sur

Page 1