‹ La gastronomie; poemeChapitre 25 sur 33 · ROMANCE · texte numérisé non relu

ROMANCE

«J K SUIS un troubadour français ; Je fuyais ma triste patrie :

Hélas! qu'y faire désormais 1 Ils ont fait mo;ir''r mon auiie l Je craignais aussi les hourreaux ; Et, voulant conserver ma vio, Je mets tous mes biens «ur mon dos Pour m'en aller en Helvétie.

Ayant marché tout en tremblant, Sur les bords du Létnan j'arrive :

J'y comptais bien paisiblement

Exercer ma muse plaintive , Lorsqu'un bailli trop inhumain , A qui j'offris mon humble hommage , Me dit : a Monsieur, il faut demain a Vous éloigner de ce riyage. w

« Eh quoi ! lui dis-je , monseigneur, « D'oijL vient cet ordre tyrannique?

« Un troubadour ferait-il peur, « Ou mal à votre républiqxie ? » Lors je lui chante mes malheurs Sur un air tendre et pathétiqufï.

« Monsieur, dit-il , portez ailleurs « Votre muse et yotre musique. »

Tout confus, dans mon embarras Chez les Germains je m'achemine ; C'était le temps des noirs frimas-.

J'avais une bien froide mine.

On me parle. Dieu! quels acceus!

Oh! que leurs manières sont dures!

Je faisais de beaux complimens , Je n'obtenais que des injures.

Qu'entends-je? quel bruit! quel fracas!

Autour de moi je vois la guerre.

Je m'engage dans les combats , Je prends un air bien téméraire.

Beaucoup de gloire m'attendait, Disait-on , après la victoire :

Jamais on ne la remportait , Et je n'attendis pas la gloire.

Accablé de soins et d'ennuis.

Je déserte la Germanie.

f' Allons, dis-je , voir nn pays

« Où du moins règne l'harmonie. »

J'arrive dans ces lieux brillants Où Thétis, du sein de son onde , Porte des milliers d'habitants Qui sont les plus joyeux du monde.

Loin des combats, loin de Paris, Dans la plus belle des demeures , Parmi les plaisiro et les ris, Je voyais s'écouler mes heures :

Jadmirais tout dans ce séjour, Et de tout je faisais l'éloge-, Mais on veut me pendre un beau jour, Pour avoir bien parlé du doge.

On me rend à la liberté , Dégoûté des panégyriques.

Bientôt pour certaine beauté

Je prends des goûts métaphysiques.

Je vais à sa fenêtre un soir Pincer ma triste mandoline ; D'être adoré j'avais l'espoir , Un mari jaloux m'assassine.

Je suis malade dans mon lit,

C'est la fin de mes aventures

Assassiné , chassé, proscrit,

Ayant pour tout bien mes blessures

Vous qui rimez et qui chantez,

Vous, beaux esprits, mes chers confrères,

Plaignez, dans vos prospérités.

Le plus malheureux des Trouvères.

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