‹ La gastronomie; poemeChapitre 26 sur 33 · A MADAME D · texte numérisé non relu

A MADAME D

Qui me reprochait de n'avoir point fait de vers pour elle.

l\ E me reprochez plus , madame ,

De ne savoir pas bien aimer;

Pardonnez à ma sotte flamme.

Qui se déclare sans rimer.

AU ! je vous aime trop , sans dûute ,

Pour suivre l'ennuyeuse route

D'un amoureux à madrigal.

Ma foi, Pégase est l'animal

Que je sais monter le plus mal ;

Et si cela vous est égal ,

Je vais continuer , pour cause ,

igS POESIES

D'être un amant fort trivial , Et de vous adorer en prose.

Je plains un insipide amant Qui s'en ya toujours rimaillant.

Tant en absence que présence ; Qui ne soupire qu'en cadence ; Qui divise en huit ou dix pieds Et son amour et sa tendresse; Qui meurt et succombe sans cesse.

Quoique bien ferme sur ses pieds.

Il est clair, tandis qu'on s'escrime A ranger quelques mots oiseux, Que les choses n'eu vont pas mieux ; On n'aime point tandis qu'on rime.

Je ne connais rien de plus sot Qu'un amoureux qui se lamente , Et cependant vous ditye chante; Qui se tue à chercher un mot ,

Au Heu de chercher son amante; On sait bien que dans ce moment Il n'écrit jamais je vous aime , Que pour le faire incessamment

Rimer avec ardeur extrême

Quand j'étais encor tout poudreux , Tout boursoufflé de rhétorique ; Quand je brûlais des premiers feux Pour certaine beauté rustique ; Alors , au moins tous les matins , Il s'échappait de ma cervelle

Trois ou quatre légers quatrains

Contre les attraits de ma belle.

Le soir je rôdais autour d'elle ,

Et je lui glissais dans la main

Ma misérable kirielle ;

Je revenais le lendemain

Avec une dose nouvelle.

Vous sentez bien que le.s appas , Que les rigueurs , que l' in fortune,. ■ Que le soleil) même la lune , Au besoin ne me manquaient pas.

La rime ne me coûtait guère.

Parfois ma novice beauté , Dont l'esprit n'était pas vulgaire.

M'assurait l'immortalité Si je poursuivais la carrière ^ Et , dans l'excès de sa bonté , Ne me comparait qu'a Voltaire.

C'était de quoi mettre à l'envers Une tête encore bien légère :

Aussi je redoublais devers ; Aussi ma belle dulcinée, De poésie assassinée, Se vit réùuite a conjurer Mon Apollon impitoyable

De s'arranger à l'amiable ,

Et de la laisser respirer.

Il faut qu'une beauté respire.

Alors je suspendis ma lyre ,

Honteux de mon acharnement

Mais dites un mot cependant.

Je puis facilement encore Dire en vers que je vous adore, Et vous envoyer des paquets De mes madrigaux circulaires :

Car ils vont bien à tous sujets.

En voulez-vous dix exemplaires ?

Assurément ils sont tout prêts.

Vous vous expliquerez , madame , Ce qu'ils renferment de plus beau.

Je ferai relier en veau Ce témoignage de ma flamme

Mais je vous vois frémir un peu De mes offres trop généreuses.

Rassurez-vous; ce n'est qu'un jen , Et je vais condamner au feu Toutes mes rimes amoureuses.

Vous méritez, sans contredît.

Qu'on vous respecte davantage ; Et mon cœur est le seul ouvrage Dont je puisse vous faire hommage Sans compromettre mon esprit.

FUGITIVES. 2oS

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