‹ La gastronomie; poemeChapitre 32 sur 33 · A M. DE CHATEAUBRIAND · texte numérisé non relu

A M. DE CHATEAUBRIAND

v^ u A N D l'impie a rempli la terre

De ses déplorables erreurs ;

Quand sa morale mensongère

A porté la mort dans les cœurs •, Aux lieux même où la foi languissait expirante , Qui vient la ranimer d'une voix si touchante? Qui peut tromper l'espoir de l'incrédulité? Quels accords ont frappé mon oreille charmée ,

Dès long-temps inaccoutumée

Auxaccens de la vérité ?

D'où partent ces traits de lumière Dont s'alarme l'impiété ?

Est-ce un mortel qui nous éclaire Dans ce siècle d'obscurité ?

FUGITIVES. 25i

Que tlis-je "? Dieu lui-même a l'orgueil cle notre âge

De ton heureux génie oppose le langage»,

Et soutient tes efforts contre l'iniquité.

Ce Dieu , quandil lui plaît , dans la nuit où nous sommes

Sait marquer les écrits des hommes

Du sceau de la divinité.

Au temps d'une heureuse innocence ,

D'une vive et sainte ferveur,

L'homme fidèle à sa croyance ,

Dans la simplicité du cœur, Aimait la loi du ciel sans raisonner sur elle ; Mais quand des novateurs l'audace criminelle A par-tout propagé des doutes affligeants , Le seigneur par ta bouche a voulu les confondre ,

Et te résen'ait pour répondre

A leurs funestes arguments.

Eh quoi! le perfide sophiste

De ses desseins poursuit le cours î

Il s'étonne, mais il résiste

A l'empire de tes discours!

Avec quelle raison stérile et misérable Ose-t-il attaquer ta raison qui l'accable ? Mais la honte s'attache aux dogmes des pervers. Quand tu fais triompher une cause sacrée ,

La leur déjà déshonorée

Est le jouet de l'univers.

Par quelle justice immuable,

L'esprit dont ils sont orgueilleux

Ne produit- il rien de durable,

Jlien qui puisse vivre après eux?

Ils n'ont que des talents dignes de leurs systèmes , Sans grâce , sans couleur, et glacés comme eux-mêmes ; L'athéisme trompé dans son vague désir , Jouit à peine un jour d'un succès équivoque ,

Et tlans le néant qu'il invoque, Ses œuvres vont s'ensevelir.

Qu'est devenu ce grand "ënie,

De sa secte digne soutien ,

Qui fut pendant sa longue vie

Le fléau du monde chrétien?

Son nom , qui devait vivre au rang des plus illustres , Déjà privé d'honneur, mourra dans quelques lustres : Tout accuse à la fois ses talents corrupteurs ; Et tant d'écrits brillants , tant de titres de gloire ,

Ne sauveront pas sa mémoire

De l'opprobre de tant d'erreurs.

De quelle admirable éloquence Est doué l'homme du Seigneur, Qui d'une sublime espérance Nourrit son esprit et son cœur !

Sa plume est étrangère aux coupables maximes

Qui caressent le vice et colorent les crimes. Des solides vertus , dont la source est aux cieux , Le charme inexprimable embellit ses ouvrages.

Et son nom traverse les âges ,

Toujours plus grand, plus glorieux.

Mais les suffrages de la terre.

Aliments de l'orgueil humain,

Sont la récompense vulgaire

De plus d'un profane écrivain.

Tu ne t'enivres point de cette renommée, Fugitive faveur, passagère fumée, Qui donne un vain éclat, ennemi du bonheur ; Elle ne séduit point le grand homme modeste,

Epris de la gloire céleste

Qui découle du Créateur.

Dans cette féconde carrière

Que ton livre ouvre à nos esprits ,

Heureux qui cherclie la lumière

Dont brillent tes nobles écrits !....

Quelle immense richesse à mes yeux se/lécouvre? Quel spectacle pom peux m'éblouit! ... Le ciel s'ouvre, Il me laisse admirer les trésors de la foi ; J'entends des chœurs divins l'éclatante harmonie j

Et les bornes de mon génie

Semblent reculer devant moi.

Dieu de bonté. Dieu de puissance,

Des mondes immortel auteur,

Rends-moi digne de ta croyance ,

Di"ne de chanter ta grandeur.

Puissent mes vers heureux , nourris de ta parole y S'élever jusqu'à toi ! L'ambition frivole D'occuper l'avenir ne me touchera plus.

Au dédain des mortels mon talent s'abandoime;

J'aurai mérité la couronne

Que tu gardes à tes élus.

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