‹ La gastronomie; poemeChapitre 31 sur 33 · X.A. MUSE · texte numérisé non relu

X.A. MUSE

Fais une tragédie.

Déterre dans l'histoire ou la mythologie , Quelque vieil assassin, quelqu'illustre bourreau ; Enchâsse ses forfaits dans un cadre ilouveau; Fais dans tes vers sanglans, dans tes scènes hardies j Admirer ses fureurs aux tiennes réunies. Toucher ne suffit plus : tâche de faire peur ; Sonde, ayec Lemercier , hs abîmes du cœur.

Rajeunis à ton tour d'antiques parricides, En remuant encor la cendre des Atrides.

JLE POETE. *

Hélas! de tels sujets ne me conviennent pas ,

Et je n'ai pas de goût pour les assassinats.

Je sais bien qu'aujourd'hui le parterre s'ennuie ,

Quand tout ne finit pas par une hémorrhagie :

Je ferais malgré moi plaisanter mes héros ,

Et les tiendrais toujours sains, gaillaids et dispos

Eh bien ! puisque le sang te déplaît sur la scène , De Molière et Regnard aborde le domaine.

LE POETE

Eh ! que faire après euxl Ils ont tout moissonné. Il ne nous reste plus qu'un champ infortuné, Tout couyertde.chardons, de ronces, d'herbes fadc<

LA. MUSE

On y trouve du moins quelques Garçons malades. *

LE POETE

Je voudrais faire rire , et je vois à regret Qu'on chercherait eu vain

LA. MUSE

Je ris de ton projet.

Le rire est condamné dans ce siècle risible: En bonne compagnie il n'est plus admissible; Jl est aux boulevards à peine paidonné; Mé r é du beau sexe , il est abandonné Aux bourgeois du marais, aux courtauds deboutiques Qui n'ont pas le moyen d'être mélancoliques.

» Titre d'une comédie noureiic

LE PQETE.

Je renonce à briller au théâtre français, Si ]a tristesse seule y donne des succès.

LA. MUSE

Eli bien ! sur l'épopée il fatit monter ta lyre ;

LE POETE

Il faut que le public respire.

De poëmes sans fin nous l'avons harassé : On en a fait , je crois , quatre cents l'an passé. Moi-même j'ai grossi le catalogue immense De ces productions qui désolent la France: J'ai, d'un ton di<lactique, appris à l'univers, L'art de boire et manger en quatorze cents veri Tu lésais.

LA MUSE

Je t'attends aux œuvres fugitives.

La Loire où le Lignon n'ont-ils pas sur leurs rive-s Quelques Amaryllis , ou quelques Margotons Que l'on puisse adorer et poursuivre en chansons? Aux lieux qu'ont illustrés lesHylas , les Sylvandre , On doit , même en vers durs, dire des choses tendres. L'amour te fournira mille termes charmants , Qui font des vers forts beaux , quoique vides de sens. A des amis, en l'air, adresse des épîtres ; Dis-leur qu'ils sont du goût les souverains arbitres. Ensuite, à leur défaut, réponds-toi poliment; 2^'épargne pas l'éloge à ton petit talent. C'est ainsi qu'en usant d'innocents stratagèmes , Ceux qui manquent de gloire en composent eux-mêmes ; Enfin , si ton esprit sec , aride et brutal , Ke peut arriver même au plus froid madrigal,

Les Grecs et les Latins ont de quoi te suffire ; Ils sont là toujours prêts à se laisser traduire. Je t'offre leur esprit pour le mêler au tien : C'est un mélange utile, et qui ne coûte rien. Traduis-les en détail , pour épargner ta peine; Donnes-en des fragments une fois par semaine j Et bientôt , sans effort , avec l'aide du temps , Tu te feras un nom de fragments en fragments.

LE POETE

J'emploîrais volontiers ce moyen salutaire, Mais la langue des Grecs ne m'est pas familière; Et souvent , pour comprendre un poëte latin , J'ai besoin d'implorer l'aide d'un calepin ; Je craindrais de tomber en d'étranges méprises ; Et de faire aux anciens dire quelques sottises.

LA MUSE

Je te tiens sur ce point suffisamment instruit.

On ne lit plus, mon cher , les auteurs qu'on traduit ^

Il vaut mieux s'en fier aux versions en prf)se, Unpoëte traduit librement , et pour cause ; Il imite plutôt. Aux auteurs imites ,

Il ne manque jamais de prêter des beautés

Horace, Juvénal, Ovide et leurs semblables , A force d'être beaux ne sont plus connaissables.

LE POETE

J'adopte sur le champ te commode travail. Horace me fournit une épître sur l'ail ; J'emprunte une tempête , un combat de Virgile ; Je cherche clans Homère ime fureur d'Achille ; Je choisis dans Ovide , entre mille morceaux , Une métamorphose, un fragment de chaos

LA MU5E

C'est assez; te voilà dans un chemin facile. Libre d'invention , ton esprit est tranquille. Dans le premier musée entre sans compliment , Et demande à ton tour k briller un instant-,

Lis du liant d'une estrade, entre quatre chandelles, Tes œuvres à la fois antiques et nouvelles. Par des gestes galants , par des airs gracieux, Des Saphos du quartier fixe sur toi les yeux. Leurs mains à t'applaudir se tiendront toujoursprêtes. Les bravos partiront de toutes les banquettes..... Que sait-on. ..quelque jour, dans un heureux moment, -La chose peut aller jusqu'au couronnement.

25o POÉSIES

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