‹ La gaudriole de 1860Chapitre 4 sur 112 · LA LORETTE DE LA VEILLE · texte numérisé non relu

LA LORETTE DE LA VEILLE

Par l'Auteur des Rrinti d« MaMê et de la Lonttê du Lendemain.

MiukiiM da M. A. o^eas.

AiB du Rondeau de la Petite Margot,

Prudes sournoises,

Vertus bourgeoises, Qui des attraits ignorez tout le pria,

Arrière! arrière!

Pauvreté fière, Je sois lorette et je règne à Pariai

Humble grisette an bonnet populaire, Va, tu n*es plus qu'une ombre sans renom ; De mon coupé n'approche pas, ma chère, Ne mêlons pas la soie et le coton.

Toi, pauvre fille,

De ta famille.

Tu crains toujours les reproches gprossiers ;

Chez moi, ma mère,

Pour se distraire, Fait la cuisine et Ternit les souliers.

Loin de la tourbe immonde et prolétaire^ Je place haut mon palais passager; Terme nouveau, nouveau propriétaire, Nouvel amour... en tout, j'aime à changer.

Oiseau volage.

Sur mon passage, A chaque fleur j'arrèts mes désirs ;

Et puis, frivole.

Mon cœur s'envole Sous d'autres cieux chercher d'autres plaisirs.

Je ne vis pas des soupirs de la brise , De l'air, de l'eau, de la manne du ciel :

Non, non, je vis de l'humaine bêtise...

Vous le voyez, mon règne est étemel 1

Enfant crédule.

Vieux ridicule, Gueux ov banquier, payez, payez, mon cher :

L'un mes toilettes, L'antre mes dettes, Yons mes dîners, tous mes chemins de fer.

Chacun de vous, marquant ici sa place, D'un souvenir a conronné mon char :

Je vois Alfred dans cette armoire à glace, Ce canapé me représente Oscar;

Voici le cadre

De mon vieux ladre.

Le bracelet de mon petit futur;

La croix bénite

Du bon jésuite, Le lit d'Octave et le portrait d'Arthur. *

Mon mobilier, c'est ma biographie, Qui doit finir au Mont-de-Piété, Et chaque objet, incident de ma vie.

Me dit encor le prix qu'il m'a coûté.

Jeunes prodigues.

Combien d'intrigues Pour exciter vos folles vanités I

Que de tendresses!

Que de caresses!

Pour réchau£fer isos cœurs, vieux députés!

Mieux que Guizot, de ma diplomatie, Je sais partout étendre les filets, Sauver le Turc sans froisser la Russie,

Flatter VEspagne et conserver TÀDglais.

Être rieuse

£t vaporeuse, Aimer le calme et pnis la Maison-d'Or ;

Être classique

Et romantique, Aimer Francis et sourire & Victor.

Sar le carré d'une antichambre étroite, Discrètement introduire le soir, L'artiste à gauche et le lion à droite, Quand le banquier attend dans mon boudoir.

Voilà ma vie

Et mon génie, Je sais partout être aimable à la fois ;

Et chacun pense,

En conscience.

Tromper un sot... ils ont raison tous trois !

Dieu 1 les bons tours, les plaisantes histoires. Les bons romans comme on n'en écrit pas ; Je veux un jour rédiger mes mémoires A la façon d'AIexan£re Dumas L..

Les cavalcades,

Les mascarades, S*y croiseront en croquis illustrés;

Mes décadences,

Mes renaissances, Mes noms changeants, vulgaires ou titrés.

Le» doux propos, les châteaux en Espagne, A deux, le soir, aa bord du lac d'Enghien; Puis les soupers ruisselants de Champagne, Et les chansons qui ne respectent rien...

Je suis lorette.

Je suis coquette, Reine du jour, reine sans feu si lien ;

Eh bien ! j'espère

Quitter la terre En mon hôtel ! . . . peut-être en r H6tel-Di«o !

GUBTAYB NaDAUD.

La mnsiqae ches L. Yieillot, 32, me Notre-Damede-Naxareio.

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