I.KS PREMIÈRES MIGRATIONS HISTORIQUES
Je vous demanderai même la permission de vous entraîner encore un peu plus au sud, jusqu'au pied des Apennins en Ombrie. Vous savez que suivant la tradition conservée en Italie même, les Ombriens étaient de vieux Gaulois. Umhri, Veteres Galli. Il est très intéressant pour nous d’y retrouver le rite funéraire de Golasecca et de Yillanova, je veux parler des tombes de Poggio-Kenzo, près Cliiusi 1 . Les urnes et la tombe sont encore plus élégantes que dans les nécropoles des environs de Bologne, mais appartiennent au même type.
Il est temps que nous remontions vers le nord, mais auparavant, je dois recommander à toute votre attention un signe, je dois dire un symbole, insignifiant au premier abord, et qui cependant a joué dans le monde un rôle considérable. Ce signe qui apparaît pour la première fois en Occident avec les tribus auxquelles appartiennent les nécropoles à incinération de Yergiate, Sesto-Calende, Golasecca, Yillanova et Cliiusi. n’est autre que la croix gammée. Nous le retrouverons un jour dans
les catacombes au nombre des premières formes de la croix des chrétiens.
Je me contenterai aujourd’hui de vous dire, afin de justifier l importance que j’y attache, gue vous (ferez g attacher, que ce signe, un des plus anciens symboles religieux des brahmanes, puis desjaïnas et des bouddhistes, était encore aux n® et m° siècles de notre ère en Orient une des représentations symboliques du Soleil; mais il était loin de faire alors, pour la première fois, son apparition en Occident ; aux vi° et vu* siècles avant notre ère il était déjà répandu à profusion dans les îles
1. A. Bertrand, Sépultures à incinération (le Poggio Itrnzo près Cliiusi, Dans la Uevuc archéol., année 1874, et l'Archéologie celtique et gauloise, p. 225.
Fig. 75. Croix gamin V.
de la Méditerranée. Enfin M. Schlieman a rapporté des fouilles d’IIissarlich, probablement la Troie légendaire du cycle homérique, toute une série d'amulettes marquées de ce signe et dont j’ai réuni sur une planche les principaux types. Le nom sanscrit de ce signe est stcastika , signe de bénédiction et de bon anoure aux yeux des brahmanes, ainsi que [nous l’apprend notre grand indianiste Eugène Burnouf (1).
Or, messieurs, ce signe est gravé sur une fibule de Villanova (lîg. 76). Il est appliqué sur la panse de toute une série de vases de Chiusi (2). Nous le verrons dans un instant figurer sur des plaques de ceinturon recueillies par M. Nessel dans ses intéressantes fouilles de la forêt de Haguenau, nécropole mixte de même époque que les nécropoles de la haute Italie.
Nous pouvons donc placer ce signe au nombre des points de repère dont nous devons tenir le plus grand compte dans la recherche de nos origines. Mais poursuivons. En remontant vers le nord nous avons à signaler tout d’abord la nécropole de Malrai, à l’entrée septentrionale de la vallée du Brenner, puis les nombreux cimetières mixtes de la principauté de Sigmaringen, où les fibules à corps serpentiforme sont le type le plus commun ; où, de plus, nous retrouvons l'épée ou le poignard de fer à antennes; nous aurons occasion de parler de ces cimetières à propos des sépultures à inhumation. Nous passons donc, mais il nous faut nous arrêter à Matrai.
Le Brenner était, comme il est encore, une des grandes voies qui conduisaient de la vallée de l ister aux lacs italiens. Vous ne vous étonnerez donc pas de retrouver au musée d’Inspruck un ensemble d’antiquités primitives rappelant à s’y tromper les collections des musées archéologiques de Bologne et de Milan. Ces antiquités viennent en grande partie de la nécropole à incinération de Matrai.
La pièce capitale est un fragment de vase. Je l’ai fait mouler pour vous (3). Comparez ce fragment au vase de Sesto-Calende.
1. Eug. Burnouf, Le Lotus de la bonne loi, appendice n° VIII, p. G25.