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LES PREMIÈRES MIGRATIONS HISTORIQUES

Vous reconnaîtrez immédiatement que ces vases appartiennent à la même famille, à cette famille de vases à zones concentriques représentant en majorité des scènes de la vie privée et des processions d’animaux réels ou fantastiques obtenus à l'aide du repoussé. Mais ici la procession n’est que l'accessoire, l’encadrement d'une véritable scène épique, la célèbre scène du combat du ceste par laquelle s’ouvre le second chant des Arcjonautiques d’Apollonius de Rhodes(l).

Or, messieurs, n’oublions pas que nous sommes sur le chemin même suivi par les Argonautes, que nous remontons la voie des grandes migrations semée de traditions et légendes de ce cycle célèbre, que ces légendes ne prennent pas corps seulement à Matrai, mais jusqu’au centre de l'Italie où Slrabon les retrouvait de son temps, où les archéologues ont retrouvé du nôtre dans une tombe antique de Pérouse, à côté d’objets du style le plus archaïque, de Sirènes, de Dianes à quatre ailes, une petite statuette en ivoire doré représentant Jason portant la toison d’or. Je l'ai fait monter pour vous (2).

N’oublions pas non plus que le combat de Pollux et d’Amycus eut lieu chez les Bebryces, et qu’au pied des Pyrénées où nous allons rencontrer de nouveaux cimetières à incinération avec rites analogues aux rilos italiens, une peuplade célèbre, mentionnée par Aviénus et Scvmnus de Chio, portait ce même nom.

Gens que Bebrycum prius

T,oca hæctenebat atque Narbo civitas Erat ferocis maximum regui caput.

Nous ne doutons pas pour notre part que cette peuplade soit d'origine asiatique. La commission de la géographie historique a partagé cette opinion (3).

1. Apoll . , chant II, combat entre Pollux qui accompagnait les'Argonautes, et le roi des Bebryces Amycus. Ce combat du ceste peut être compté au nombre des lieux communs des poèmes épiques classiques. — Voir Virgile, liv. V, combat de Dares et d’Enlellus.

2. Voir cette statuette au musée de Saint-Germain, salle de Mars, dans la vitrine réservée à l’Ilalie.

3. Voir l'article Bphri/rrx du Ttirf, d’arrhi'-olngir critique.

Je m’attends, messieurs, à ce que vous soyez surpris de me voir prendre ces rapprochements au sérieux. Je ne m’en étonne pas, mais j’espère peu à peu vous convaincre.

Veuillez seulement réfléchir à cette vérité, suivant moi incontestable, à savoir que l'Europe occidentale, vers le xmc ou xiv® siècle avant notre ère, a été découverte par les Orientaux dans des conditions tout à fait analogues à celles où nous avons découvert l’Amérique à la fin du xvu siècle ap. J.-C. Des populations déjà très civilisées, dirigées par des chefs habiles, sont venues chercher fortune dans ce nouveau monde. Quelquesuns de ces chefs ont pu venir de très loin, de contrées qui étaient en plein épanouissement de la civilisation la plus raffinée.

Promenez-vous dans les galeries du musée assyrien et du musée égyptien. Vous aurez une idée de ce qu’était l’Orient à cette époque, quinze ou seize cents ans avant notre ère.

Les bijoux de la reine Aa-Hotep appartiennent à la XVIII0 dynastie, dix-sept, cents ans avant J.-C.; y a-t-il rien de plus parfait (1 ) ?

Mais nous n’avons pas besoin d’aller si loin : une tombe a été découverte à Genre en 1820, d’une magnificence inouïe, renfermant un pectoral d’or de la plus grande beauté, couvert de représentations figurées de style asiatique. Une coupe en argent ciselé, de même style, portant gravée au pourtour une scène liturgique, une procession comme sur nos vases de Sesto- Calende et de Matrai, l’accompagnait.

C’est de cette tombe qu’est sortie la fibule d’or (fig. 77) que je rapprochais tout à l’heure de celle do Villanova, fibule portant le signe très 'apparent du swastika(2), signe reproduit, avec quelques variantes, sur d’autres bijoux de la même tombe.

Or, messieurs, les objets de cette magnifique tombe n’ont certes pas été fabriqués en Italie, lis y ont été apportés pour quelque grand personnage d’origine étrangère.

1. Ces bijoux, qui ont figuré à l’exposition universelle de 1867. sont, aujourd’hui, au musée de Boulaq.

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