‹ La Gaule avant les GauloisChapitre 11 sur 121 · Dollfus, L. c., p · texte numérisé non relu

Dollfus, L. c., p

4. Nous ne pouvons résister au plaisir de citer ici le passage suivant de l'intéressant traité de Zootechnie de M. André Sanson qui, se plaçant au point de vue exclusif du naturaliste, exprime son sentiment sur la théorie transformiste (t. II, p. 171). On y reconnaît son excellent esprit scientifique.

« La vérité est que nous ignorons absolument et la loi d’apparition des types naturels organisés à la surface de notre globe et celle du déterminisme de leurs formes diverses. On est même autorisé à dire dans l’état actuel de la méthode d'investigation qui s'impose à nos recherches, que toute conclusion, à leur égard, sort du domaine dans lequel la science doit se maintenir pour cheminer sur un terrain solide. Elle nepeut appartenir qu’à celui de l'imagination pure, n’étant point vérifiable expérimentalement. Chacun, pour la satisfaction propre de son esprit, a le droit d’en adopter une, si le doute lui pèse sur ce grave sujet; mais il n’a pas celui de la présenter comme la meilleure de toutes et surtout celui île se montrer intolérant envers les récalcitrants à sa manière de sentir. »

l’homme TERTIAIRE

ce roi de la création, n’est pas seulement le contemporain de quelques espèces éteintes de grands mammifères, mais que sous une forme plus rudimentaire, dès l’époque tertiaire il vivait à côté des paléothères et des dino* hères !

Il y avait de quoi exciter le zèle des chercheurs. Il était naturel que des efforts, efforts très légitimes, fussent faits dans ce sens. Ces cfTorts ont été d’autant plus actifs que les adeptes se croyaient, se croient certains du succès : le fait n’est pas douteux à leurs yeux ; il s'agit seulement de le constater, et ils ne seront pas difficiles sur les preuves.

Ils ne sont pas seulement, en effet, des hommes de science, ils sont des hommes de foi; démentant ainsi dans l’application tous leurs principes, car la foi, très légitime en elle-même , est l’opposé de la science.

Et ne croyez pas, messieurs, que le cri d’alarme jeté par M. Charles Dollfus fût une boutade d'homme d’esprit. Je me serais, en ce cas, bien gardé de vous en parler. Un des plus éminents physiologistes, un des esprits les plus indépendants cl les plus avancés de l’Allemagne, M. Virchow, jetait le même cri en 1878, au Congrès des naturalistes allemands réunis à Munich. Nous sommes ici bien loin delà fantaisie. M. Virchow avait, en effet, de graves raisons de parler (I).

Pourquoi ce discours dont le titre était : La liberté de la science? S’agissait-il de combattre Y intolérance religieuse? Aucunement. M. Virchow ne dissimule pas qu’aucun danger n’existe plus en Allemagne de ce côté. La science y est à tout jamais dégagée des liens de la théologie. Ce qu'il craint, ce qu'il dénonce, c’est « une intolérance nouvelle, un dogmatisme « prétentieux qui étale certaines doctrines comme résultats « acquis et définitifs de la science. C’est une tendance éi mar- « cher vers une scieticc d Etat. »

« M. llœckel, s’écrie-t-il, ne demande-t-il pas que la théo- « rie de l’évolution appliquée à l’homme devienne la base de « l’éducation. Le maître d'école devra chercher l'origine de la

I . Il reprenait la parole dans le même sens à Francfort, cette année même, quatre ans plus tard. Voir la Revue scientifique du 30 septembre 1882.

ET l'homme quaternaire 31

« race humaine dans les classes inférieures du règne orga- « nique ; bien mieux : dans la génération spontanée. »

Nous n'en sommes pas encore là chez nous. Mais il faut prévoir et prévenir ces excès. Nous sommes sur la pente qui y conduit.

Sur quoi donc se fondent ceux qui affirment, avec tant d’assurance, l'existence del homme tertiaire?

Depuis 1863 l’homme tertiaire a été découvert au moins vingt fois.

On a cru le rencontrer dans les localités suivantes (Je les cite par ordre alphabétique) :

Alais (Gard) ; Aurillac (Cantal) ; Billy (Allier) ; Chavagnesles-Eaux (Maine-et-Loire) ; Délemont (Jura bernois) ; Foxhall (Sulfolk. Angleterre) ; Gannat (Puy-de-Dôme) ; Lamassas (Lotet-Garonne) ; Léognan (Gironde) ; Neuville (Loiret); Pikermi (Grèce) ; Pouancé (Maine-et-Loire) ; Salles (Gironde) ; Sansan (Gers) ; Savone (Italie) ; Selles-sur-Cher (Loir-et-Cher) ; environs de Sienne (Italie); Thenay (Loir-et-Cher); et vallée du Tage (Portugal).

Eli bien ! savez-vous combien de ces assertions sont restées debout, aujourd’hui, après examen scrupuleux des faits et encore contestées? De l'aveu même des plus fougueux partisans du transformisme, trois seulement , concernant Aurillac, Thenay et la vallée du Tage.

Nous allons examiner ces trois faits.

Mais d'abord constatons quel était le caractère des découvertes si bruyamment annoncées.

Laissons de côté tout ce qui a rapport à de prétendues découvertes d’ossements humains. Il est reconnu que ces ossements, tous ces ossements, sans exception, provenaient de remaniements du sol ou d’ensevelissements profonds, et n’appartenaient point à 1 époque tertiaire.

Ce qui appartient véritablement aux terrains tertiaires , ce sont : des os d’animaux incisés, rayés ou fracturés ; puis des silex éclatés parle feu, et paraissant porter des traces de taille intentionnelle .

l’homme tertiaire

Je choisis les exemples les plus saillants. Voici en premier lieu deux fragments d'humérus d ' Halitherium (1), extraits d’une carrière ouverte dans les falnns des environs de Pouancé. Ces humérus offrent les traces d'incisions profondes. M. l’abbé Delaunay, le collaborateur de l’abbé Bourgeois, les présenta au Congrès de Paris en 1867. Le fait signalé fit sensation. L’abbé ne doutait pas que ces incisions fussent faites par la main de l'homme, armée d'un instrument tranchant. Beaucoup de membres du Congrès partagèrent son opinion. (Fig. 2 et 3, p. 123.)

Fi#. 1. Dent de squale, moitié de la grandeur réelle.

Il est prouvé, aujourd’hui, que ces incisions sont le fait des dents de grands carnassiers marins de la famille des requins (2).

Une seconde pièce, beaucoup plus remarquable, est la mâchoire de Rhinocéros pleuroceros communiquée à l’Académie des Sciences par M. Laussedat, le 13 avril 1868.

Ce fragment avait été découvert par M. Bertrand de Moulins (Allier) dans une carrière des environs de Billy, appartenant au terrain tertiaire (3). Le gisement était incontestable. Or

Page 1