SUR LA RIVE DROITE DU RHIN
Nous avons vu que, tandis que le Nord-Est nous envoyait un flot de populations, qui, suivant les côtes, s’étendait bientôt sur toutes les contrées occidentales de la Gaule et s’y établissait à demeure, un mouvement parallèle d’époque peutêtre un peu plus récente, sans que cela soit bien démontre, jetait du Caucase et des rives de la mer Noire, par la voit* du Danube, un autre flot de tribus orientales, moins nombreuses, mais très reconnaissables, dont les traces se retrouvent à la fois dans le Tyrol, la liante Italie, la Suisse, la Savoie et les vallées du Tarn et de la Haute-Garonne.
Les premiers apportaient avec eux 1 usage des monuments funéraires mégalithiques et suivaient le rite de 1 inhumation. Les seconds, constructeurs de cités lacustres et introducteurs en Gaule des animaux domestiques et des céréales, incinéraient.
Les premiers ne connaissaient guère, dans le principe du moins, que les instruments et armes de pierre; les seconds, très probablement dès leur arrivée dans nos contrées, possédaient les métaux, le bronze et même le fer.
1. Ces pages sont le début de la VIII0 leçon professée le 30 janvier 188.->. Le cours de 1883-84 devant porter sur le sujet que nous abordons dans cette leçon savoir : Les Celtes et les Gaulois d’après les monuments, et les textes, et les considérations exposées dans les leçons du cours de I année classique 1882-83 devant y être beaucoup plus développées, nous avons cru devoir clore ici celle première partie.
APPARITION DES GAULOIS
Los uns ot les autres paraissaient avoir été eu grande majorité des populations paisibles, populations d’agriculteurs et de pasteurs, déjà très fortement organisées en tribus distinctes, ayant le culte du passé et un grand souci de leurs morts.
Lin essaim de ce groupe méridional s'est retrouvé, avonsnous dit, au fond de l’Armorique. Peut-être est-ce à lui qu’il faut attribuer les monuments mégalithiques à incinération, avec armes en bronze, du Finistère.
Nous avons à vous entretenir, aujourd’hui, d’un nouveau Ilot d’invasion bien autrement violent, bien autrement puissant, ayant entraîné avec lui pour la Gaule les plus graves conséquences.
Les envahisseurs parlent presque du même point de l'horizon que notre second groupe, le groupe des incinérés. Ils suivent à peu près la même route, tout en inclinant un peu plus vers le Nord. Comme les populations des Dolmens, ils inhument, les uns sous tumulus, les autres en terre libre.
Nous nous occuperons d’abord des inhumations sous tumulus. L’étude de ces tumulus va nous révéler le caractère de ces envahisseurs.
Le trait le plus frappant de la nouvelle invasion est que cette invasion est armée (1). Des trois ou quatre milliers de tombes qui ont été ouvertes sur les bords du Tessin, une seule, avons-nous dit, était une tombe de guerrier, la tombe de Sesto-Calende. Les tumulus que nous étudions aujourd’hui, du moins les tumulus de quelque importance, renferment presque tous des armes. Nous avons affaire à des conquérants, et ces conquérants venaient en nombre.
A côté des teintes bistres si clairsemées des cimetières à incinération que nous avons signalées dans notre dernière leçon, voyez l’abondance des teintes vertes (2), voyez combien sur certains points elles sont compactes. Les populations, les tribus auxquelles nos tumulus ont servi de dernière demeure
1. Il y a là une preuve que la Gaule était déjà très peuplée, puisqu’elle pouvait résister.
2. Nous avons dit que les teintes vertes représentaient les cimetières ou sépultures isolées à inhumation, bien entendu pré-romaines.