Le dessin de cette pierre a été exposé dans la salle
3. On n'y a pas trouvé traces d’ossements. Était-ce un cénotaphe, dont la pierre sculpLée expliquait le caractère?
LES MONUMENTS MÉGALITHIQUES
n’avait dérangée, depuis lu jour de la fermeture de la chambre, reposait un grand anneau plat en jade, légèrement ovale, sur le bord duquel était appuyée la pointe d’une magnifique hache en même matière de trente-cinq centimètres de long, d’une si belle conservation qu’elle semble sortir des mains de l’ouvrier.
Près de la hache, à sa suite, se trouvaient deux grosses pendeloques en calais, espèce de turquoise. Plus loin, une autre hache en jade blanc, puis une autre pendeloque. L’anneau, la grande hache, la petite, les pendeloques étaient visiblement placés en ligne droite, et cette ligne coïncidait parfaitement avec une des diagonales de la chambre.
Au-dessus de la couche do terre était un dallage irrégulier comme au Mané-Lud, également avec traces de plancher en bois. Ce dallage était partagé en deux parties distinctes, par une rangée de pierres peu épaisses posées de champ. Dans une de ces divisions avaient été déposées cent une haches dont onze en jadéitc, et quatre-vingt-dix en fibrolithe, plus trois belles pendeloques en calais et quarante-quatre petits grains de collier en quartz, en agatheeten turquoise grossière. Trois couteaux de silex tranchants et une quantité notable de charbon complétaient ce mobilier funéraire. Ajoutons que, dans un coin, se rencontrèrent quelques débris de poterie.
Voilà encore, messieurs, une tombe assez riche, et contenant des offrandes dont quelques-unes, les haches en jade, les perles en calais appartiennent à des minéraux étrangers au pays et semblent de provenance lointaine.
Transportons-nous maintenant aux environs de Pontl'Ablté (Finistère). Prenons M. Paul de ChA tel lier pour guide.
Des monuments de même nature nous ménagent de nouvelles surprises.
Nous sommes dans la commune de Plabennec, en face d’un tumulus en tout semblable extérieurement au Manéer-IIoek. La chambre sépulcrale est mégalithique, comme cellesdu Morbihan (1), maiselle n’est pasnue; un revêtementde
1. Nous avons dit que io caveau central de Mané-Lud était, à cet égard, une exception.
T.FS MONTMF.NTS MÉGALITHIQUES
bois encore reconnaissable la tapisse en manière de lambris. Autour do la chambre court une banquette en pierre recouverte de bois de chêne. Le mort a été incinéré (1). Ses cendres et ossements brûlés sont accumulés au fond de la colla. Auprès sont étendus dans une gaine de bois deux beaux poignards en bronze.
Même rites funéraires à Kerougant et à Gourilbac’hsen Plouvenez-Lokrist : Chambre lambrissée, poignard en bronze (2),
Fig. 40. Poignard en bronze.
incinération. Une pointe de lance et deux grattoirs en silex, un percuteur en quartz sont ici associés à la lame de bronze. Autre tumulus semblable en Plouguin, moins le poignard en bronze (3).
Après le Finistère, les Côtes-du-Nord.
A Porz-ar-Saoz en Trémel, M. l'abbé Prigent a défoncé un tumulus analogue à ceux des environs de Quimperlé et de
t. Détail très important. Les tribus primitives n 'incinéraient pas et n’inhumaient pas indifféremment. Le changement de rite funéraire indique toujours chez elles un changement très grave dans les conditions générales de leur existence. Les belles fouilles pratiquées dans la haute Italie depuis une dizaine d’années, à Gnlasecca sur le Tessin ; autour du lac de G&me ; aux environs de Bologne à Yillanora et on peut dire à Bologne même, dans les nécropoles dites : Bcnarri, Arnoaldi Ve/e, de Lucca, de la Certosa ainsi qu'aux environs d’Este (nécropole Benrrnuti), nous montrent de petites nations chez lesquelles le rite de l’incinération, leur rite traditionnel ne disparaît ou ne se transforme qu'à la suite et sous l’influence des invasions étrusques, d'un côté, gauloises de l'autre, c’est-à-dire à la suite d’une conquête violente. Sur tous ces points c’est l'inhumation qui succède à l’incinération. En Gaule c'est le contraire. Les conséquences à tirer des faits sont les mêmes. Nous insisterons sur ces considérations dans une de nos prochaines leçons.
2. Le musée de Saint-Germain possède un de ces poignards, salle III, n° 22,079.
3. On connaît les beaux poignards en bronze du musée Cluny offerts par un garde général des forêts qui les avait découverts dans un tumulus-dolmen delà forêt de Carnoët, près Quimperlé. Ce tumulus n'avait malheureusement pas été fouillé scientifiquement.
les monuments mégalithiques
Pont-l'Abbé. La chambre sépulcrale contenait une belle série de vingt-neuf flèches en silex, une hache et quatre poignards en bronze (1). La poignée de l’un des poignards avait été ornée de clous d’or.
Toutes ces tombes sont bien des tombes de chefs.
Les sépultures de familles ou de tribus sont rares en Armorique. Dans certaines contrées, comme en Seine et Seine-et- Oise, elles sont au contraire fréquentes. Le dolmen prend alors la forme de l’allée couverte cachée sous terre. Nous pourrions donner à ces monuments le nom de dolmens-hypogées. Tels sont les hypogées de Meudon, d’Argenteuil, de Conflans-Sainte-IJonorine, de Marly, de diamant, de la Justice, de Compans et de Maintenon (Eure-et-Loir). Tous dans un cercle assez restreint autour de Paris.
Dans ces hypogées, jamais d'incinération. Des squelettes dont le nombre varie, mais est, en général, assez élevé. Sous la tète ou aux pieds des squelettes sont déposées des haches en silex, mais des haches communes. Nous sommes au milieu de tribus pauvres. Rien qui rappelle le luxe des chefs armoricains.
Le mobilier funéraire de l’hypogée d'Argenleuil, déposé au musée (2), se composait do cinq haches en silex poli, dont deux encore emmanchées dans une corne de cerf. Un magnifique couteau en silex brun, plusieurs pendeloques, cailloux et morceaux des schiste percés intentionnellement, un grand nombre d’éclats de silex, votifs d’après M. LcGuay, qui a dirige les fouilles, des fragments de vases très grossiers en forme de pots de fleurs.
Les ossements sont, parfois, disposésavec tant de symétrie, si bien classés, dirais-je, que l’on se croirait en présence de catacombes remaniées où l'on aurait mis de l’ordre (3). La tri-
1. Voir le compte rendu des fouilles dans les Mémoires de la Société d’émulation des Côtes-du-Nord (année 1880), et les dessins au inusée de Saint-Germain, salle III.
2. Voir ces objets au musée de Saint-Germain, salle II, vitrine 9. La même vitrine contient le mobilier funéraire de l’hypogée rie Meudon offert par le baron Dupotet.