Cette rangée était à 2 m. 50 de la première
3. La surface ainsi recouverte de pierres ne forme guère que le septième du terrain servant de base au tumulus.
LES MONUMENTS M EGALITn IQL' ES
« Cotte nappe de pierre nous paraît avoir eu particulièrement pour but de recouvrir le lieu où certaines pratiques funéraires se seraient accomplies, car nous avons trouvé, en la soulevant, d’abord à huit mètres des menhirs intérieurs, un monceau de charbon de bois; puis plus loin, à douze mètres de distance, une agglomération d’ossements d’animaux.
« Précisément, à partir de l’endroit où nous avons rencontré ces derniers débris, c’est-à-dire à une dizaine de mètres du centre du tumulus, la couche de pierre s’élève, puis se bombe en conchoïde, de manière à former un galgal (1) semblable à tous ceux que nous connaissons, mais qui, circonstance exceptionnelle, se trouve ici englobé de toutes parts dans l’énorme tombelle de vase dont il occupe à peu près le milieu (fig. 39 en C).
« Au centre du galgal, qui pour dix mètres de rayon à sa base, présente une hauteur de deux mètres vingt, nous avons trouvé ménagée au milieu des terres amoncelées, une crypte longue d’un peu plus de deux mètres ; large de un mètre vingtcinq et haute de un mètre dix (fig. 39 en G).
« Les parois de ce caveau sont formées d’une grossière maçonnerie de pierres sèches. Sa voûte, au lieu de consister, comme d’ordiniaire, en une ou deux tables de granit, est composée d’un grand nombre de dalles plates, non taillées et retenues seulement par l’agencement des pierres du galgal, de telle façon que le dérangement d’une seule de ces pierres a failli faire crouler tout ce fragile édifice.
« Getto crypte, complètement fermée de toutes parts, était une tombe.
« La position relative des ossements semble indiquer que les corps (il y avait deux tètes) avaient été repliés sur euxmêmes.
« Vers le milieu delà chambre, était un petit tas de charbon de bois et quelques fragments d’os calcinés. A l’autre extrémité un petit couteau en roche siliceuse du pays, puis, quelques
t. Gai frai : monceau de pierres.
T.I'.S MONUMKVTS MKU \ MTIIIOIiKS
débris de poterie grossière et deux morceaux de silex pvro-
maque.
« Après avoir vidé la chambre qui était, en partie, remplie de terre, nous pûmes constater au-dessous du lit de terre un dallage irrégulier en pierres plates, épaisses de cinq à six centimètres, et recouvert, en dessus, d’une couche onctueuse, couleur de rouille, dans laquelle nous avons bientôt reconnu les restes d’un plancher en bois, dont plusieurs parcelles se sont trouvées suffisamment conservées. Au-dessous des dalles un lit de terre de cinq centimètres d’épaisseur, reposait sur le roc naturel et ne contenait rien de particulier.
« A l’ouest du galgal central, nous n’avons plus retrouvé que la roche granitique. Mais là, comme à l’est, la roche avait été aplanie, nous voulons dire dépouillée de l'enveloppe de terre naturelle qui la recouvrait. Les ouvriers avaient probablement reculé devant la difficulté de l’attaquer elle-même.
« A l’extrémité du tumulus, au point de la plaine d’où l'on voit le soleil disparaître, chaque soir, dans l’Océan, se dresse, vous le savez, l’allée couverte mise à nu par nos devanciers, (fig. 39 en A). Nous n’avions plus à l'explorer, mais nous devons vous rappeler que ses parois sont en quelques endroits couvertes de signes bizarres, encore visibles, dont la patience de M. Samuel Fergusson a pu rétablir les contours. »
« En somme, qu’avons-nous trouvé? » dit M. René Galles en se résumant.
« IVabord une plate-forme rocheuse préparée sur une étendue de plus de quatre-vingts mètres en longueur et de cinquante de largeur. Ensuite à l’extrémité occidentale de ce plateau, un beau dolmen à galerie, et à l’extrémité orientale une avenue de pierres debout dont quelques-unes supportaient des têtes de cheval. Au milieu, un galgal formé de pierres sèches et recouvrant une crypte sépulcrale établie d’après un système de construction particulier, et renfermant des ossements humains et quelques objets de l’âge de la pierre polie.
« Entre le galgal et les menhirs, une nappe de pierre artificielle, couvrant le sol naturel et qui, soulevée, laissa voir,
104 LES MONUMENTS MÉGALITHIQUES
ici un monceau de charbon, plus loin un tas d'ossements d’animaux.
« Enfin, touLes ces choses noyées dans un monticule de vases desséchées, entassées à grande peine et formant une masse imperméable de près de dix mille mètres cubes.
« Ce lumulus allongé n'était pas destiné seulement à protéger les cryptes, mais à recouvrir le théâtre tout entier d'une scène funéraire imposante.
« Pour nous, le Mané-Lud est une illustre tombe et ces têtes équestres, ces restes de sacrifice, ces squelettes humains sont là pour accompagner la dépouille mortelle d'un grand chef. »
Vous partagez tous certainement, messieurs, l’opinion exprimée ici par M. René Galles. Oui ! nous sommes en présence de la tombe d’un grand chef, d’un chef honoré et puissant, appartenant à un état social relativement avancé; à une distance moralement incalculable de l'homme des cavernes.
Des fouilles semblables, aussi fructueuses, ont été pratiquées dans les grands tumulus vierges jusque-là, dits : Mané-er- Hoeck, mont St-Michel, Tumiac, Kergonfals, Moustoir- Carnac et la Trinité-sur-Mer.
Je dépose à la salle d’études un volume où les rapports rédigés après ces fouilles se trouvent réunis.
Je vous dirai seulement un mot de la fouille du Mané-er- Iloek ( I ), que deux particularités recommandent à votre attention.
La chambre sépulcrale, comme au Mané-Lud, était au centre du gai gai ; mais à l’entrée, circonstance unique jusqu’ici, se trouvait, placée comme un avertissement, une pierre sculptée sur laquelle dans une espèce de cartouche était gravé ce que nous pouvons appeler le totem du chef (2).
La chambre mégalithique (3) présentait une autre singularité. Sur une couche de terre parfaitement unie et que rien
1. Voir au musée de Saint-Germain, salle II, une réduction en plâtre du monument, ainsi que le moulage des objets découverts.