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LES CITÉS LACUSTRES
« Altinum (1), ajoute Strabon, était pareillement bâtie au milieu d’un marais, et sa situation était à peu près semblable à celle de Ravenne. »
Il y a là des mœurs d'un caractère spécial qui des rives du Phase, en suivant le cours du Danube, s’étendent jusqu'aux rives du Rhône et du Pô.
Ces mœurs se retrouvent encore aujourd’hui, au pied du Caucase. « Des habitations semblables à celles du lac Prasias, dit Larcher, en sa traduction d’Hérodote, se retrouvent encore sur les bords du Don ou Tanaïs. Ces mœurs sont particulières à certaines peuplades de Cosaques ; mais avec cette différence que les eaux du lac Prasias sont tranquilles, tandis que le fanais est un fleuve rapide, ce qui rend la construction de ces maisons plus merveilleuses. »
En résumé, à côté du grand courant hyperboréen que nous avons cru reconnaître dans notre dernière leçon, nous en constatons un second qui du Caucase aboutit en Gaule par la voie du Danube.
Ces deux courants prenaient leur source chez des populations arrivées à un degré de civilisation analogue.
Nous verrons que ces deux courants furent en communication l'un avec l’autre dès une époque très ancienne par la voie du Dniéper, avant de se rencontrer sur le sol de la Gaule.
Reprenons l’étude des antiquités.
Pouvons-nous corroborer nos vues, nos hypothèses, si vous voulez, par l’étude des antiquités et autres débris découverts sur les dolmens et dans les cités lacustres? Quelques faits nous semblent être la justification de nos présomptions.
Vous avez vu que des haches en jade ou jadéite et en jade néphrite ont été découvertes sous les sépultures mégalithiques de l’Armorique et dans plusieurs stations lacustres des lacs de la Suisse.
t. Altinum, dil le traducteur rie Strabon, occupait un groupe de monticules appelés encore aujourd’hui munie di AUino et situés au milieu des marais de Zoccarello et de Montirone.
LES CITÉS LACUSTRES
Une sorte de turquoise, la calais ou callaïs, s’est également rencontrée sous la forme de perles souvent volumineuses, dans les mêmes sépultures, au milieu des offrandes funéraires.
Or ces deux minéraux, le jade et la callaïs paraissent bien définitivement étrangers au sol de la Gaule.
Interrogeons d’abord M. Damour(l), d’une si grande réserve sur toutes les questions qui lui semblent controversables.
M. Damour a fait une statistique aussi exacte que possible des haches en jade, jadéile, chloro-mélanite découvertes en France et en Suisse, .l'ai ici des notes qu’il a eu l’obligeance de m’envoyer en décembre 1877. A cette époque, il signalait la présence de ces haches dans il de nos départements, sans compter la Suisse.
Il en avait en vain cherché le gisement dans nos contrées. 11 le constatait, sans oser conclure, pour réserver l’avenir :
« Parmi ces haches, nous écrivait-il, il en est qui sont indubitablement en jade néphrite, en jade sibérien. Cependant, je n’oserais affirmer que ces haches ont. été apportées de ces pays lointains, tant qu’on n’aura pas suffisamment exploré les terrains alpestres et circonvoisins, où il ne me semble pas impossible que l’on en trouve quelque jour, soit dans le lit des torrents, soit dans le fond des lacs ou dans les galets d’alluvion des vallées. »
Cela n’est pas impossible, sans doute, mais avouons que la provenance orientale est encore la plus probable.
M. Cazalis de Fondouce a fait, de son coté, une élude très consciencieuse de la callaïs (2).
« Des perles de callaïs ont été trouvées, sans parler de la chambre sépulcrale de Tuiniac (147 grains), sous les dolmens du mont Saint-Michel (107 grains), de Kercado en Carnac (3) (7 grains), de Keriaval (2 grains), delà Trinité-sur-Mer et du Moustier(l grain chacun).
1. M. Damour est membre de l’Institut (Académie des Sciences).
2. Callaïs est le nom donné par M. Damour au minéral dont sont formées les perles bleu-verdâtres découvertes sous les dolmens du Morbihan.