‹ La Gaule avant les GauloisChapitre 78 sur 121 · Carlailhac, 1. c., p · texte numérisé non relu

Carlailhac, 1. c., p

2. La Tarraconaise actuelle en Espagne, aux sources de l’ELre.

LES CITES LACUSTRES

Enfin la vertu des pierres de foudre n’était pas ignorée des Chinois. On lit, avec étonnement, dans la grande encyclopédie de l’Empereur Kang-hi (1) : « La forme et la matière des pierres de foudre varient selon le pays. Les Mongols nomades des côtes de la mer orientale les emploient en guise de cuivre et de fer (2). Les unes ont la forme de hachette ou de maillets’ les autres ressemblent à des couteaux; elles sont noirâtres ou verdâtres. Une chanson contemporaine de Tang dit qu'il y avait à Ya-men-si un grand Miao dédié au tonnerre auquel les habitants avaient la coutume d’offrir des présents pour obtenir de ces pierres. »

Vous voyez que rien ne se perd en ce monde, des idées et mêmes des folies humaines; elles se retrouvent presque toujours plus ou moins dissimulées dans quelque coin de nos vieilles sociétés : le tout est de les y découvrir.

Je ne pousserai pas plusloin ces citations que nous pourrions multiplier à l’infini.

Je ne puis pourtant résister à la tentation de vous faire part d’un souvenir personnel se rapportant à l’un des usages dont il a été question au début de cette leçon.

Vous avez vu que les cabanes du lac Prasias, en Pceonie, au dire d Hérodote, étaient construites au moyen d’arbres cou. pés sur le mont Orbelos, par les derniers mariés de l’année. Or cette contribution frappée sur les jeunes hommes ayant récemment contracté mariage, je l'ai retrouvée en 1872 pratiquée dans une des vallées de nos Pyrénées.

A Bagnères-de-Luchon l’arbre de la Saint-Jean, autour duquel s'allume le feu traditionnel, doit être coupé dans la montagne par le dernier fiancé de l’année.

Il ne me parait pas douteux qu'il y ail là une très ancienne coutume remontant peut-être au temps où les vieilles peu-

t. Cartailhac, /. e., p. 12. Cette encyclopédie est du commencement du \viic siècle.

2. Ces populations étaient donc encore, au xvit'-' siècle, à 1 âge de la pierre polie.

plades celtiques se faisaient enterrer surles hauteurs de Garin. Nous aurons sous peu occasion de parler de cet antique cimetière.

Résumons-nous, messieurs. Nous avons vu la Gaule se peupler lentement dans des conditions fort diverses.

Aux populations de l’époque des grandes alluvions ont succédé les nomades du renne, populations déjà fort mêlées, dont les unes passent auxyeux des anthropologistes pour mongoloïdes, les autres seraient, prétend-on, des Atlantes.

Un Ilot nouveau se répand sur l'Occident introduisant dans nos contrées avec la pierre polie, les cités lacustres, les monuments funéraires mégalithiques, les animaux domestiques et les céréales.

L’invasion paraît avoir suivi deux courants très différents, très distincts, remontant toutefois originairement à la même source.

Les uns, partis du nord-est, auraientsuivi par terre et par mer les côtes septentrionales de l’Europe ; les autres, déjà établis au pied du Caucase, auraient remonté le cours du Danube.

Les indigènes ont été élevés par eux à un degré supérieur de civilisation qui les a fait passer de l’état de chasseurs nomades à celui de pasteurs et d’agriculteurs. La plupart des animaux sauvages domesticables ont été domestiqués par leurs soins.

Cette période, que je puis appeler la période de peuplement de la Gaule, s'est prolongée jusqu’au jour où la Gaule, d'abord isolée du monde civilisé, s’est trouvée tout à coup, par suite d’événement dont quelques-uns seulement nous sont connus, en rapport avec les peuples qui, en Orient et dans le bassin de la Méditerranée, l’avaient devancée dans la voie de la grande civilisation.

Le bronze, en effet, apparaît sous les dolmens et bientôt, avec éclat, dans les cités lacustres. Ces bronzes, nous pouvons les dater approximativement.

Nous sommes déjà à une époque indubitablement historique,

LES CITÉS LACUSTRES

bien postérieure aux Ages héroïques de l'Egypte et de l’Assyrie, à une époque où ces vieux empires étaient déjà presque en décadence.

C’est l’époque où les Phéniciens, puis bientôt les Hellènes, vont chercher l’étain aux Cassitérides, où s’élève à Jérusalem le temple de Salomon, où Athènes est fondée et Rome va l’être.

Les populations historiques que les Phéniciens et les Hellènes sont destinés à rencontrer sur nos côtes, à Marseille et à Corbilo (l), les Ibères, les Ligures ou Ligyens, les Celtes, commencent à se montrer; les Gaulois sont sur le Danube.

Nous aborderons cette seconde période vendredi prochain. Nous vous avons parlé jusqu’ici de la Gaule avant les métaux et de populations innommées pour nous; nous aurons désormais à vous entretenir de la Gaule après les métaux et de populations dont l’histoire nous a conservé les noms.

Le sujet de notre prochaine leçon sera : Introduction des métaux en Occident ; apparition des premières populo lions historiques.

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