‹ La Gaule mérovingienneChapitre 1 sur 28 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

On entend par période mérovingienne la portion de l'histoire de France comprise entre la conquête de la Gaule par Clovis (481-511) et Tavènement de Pépin à la royauté (752). Les périodes historiques ont toujours quelque chose de conventionnel ; les coupures qu'on pratique dans l'histoire pour faciliter son étude, sont plus ou moins factices. Une société évolue lentement ; les manifestations de son activité s'enchaînent étroitement et s'entraînent les unes les autres. Si nous considérions l'état de la France, d'abord en 751 puis en 753, nous n'y trouverions aucune différence notable, bien qu'entre ces deux dates on place l'élévation de Pépin à la royauté qui marque la fm des temps mérovingiens et le commencement des temps carolingiens. Mais si nous choisissions comme lieux d'observation des points plus éloignés, aussitôt les différences nous apparaîtraient saisissantes. Qu'on mette successivement sous nos yeux un tableau de la Gaule au milieu du VIP siècle, puis un tableau de ce jnême pays au milieu du IX^ siècle, et nous constaterons sans peine que la constitution sociale a éprouvé de profondes transformations. Mais ces modifications se sont produites insensiblement. Ce n'est donc qu'en franchissant de longs espaces de temps qu'on peut se rendre compte de la

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iiuurlu' (111110 sociôU' i4 iiicsurcr les élapes parcounios. Si, au contraire, Ton Yout suivre pas à pas l'cWolution des idées cl do^ insli lui ions (|ui en découlent, on ne voit i)lus aucune coupure. On ])eut bien, si l'on se borne à étudier une manileslatioii particulière de Taclivité humaine, suivre son pro- 'cessus à travers les siècles. Mais quand il s'agit de l'aire un tableau d'ensemble et de montrer concurremment le développement de toutes les conceptions, il devient nécessaire, si l'on ne veut pas se perdre au milieu des infinis détails, et aussi parce que toutes les institutions ne marchent pas d'une même allure, de considérer les choses d'un point élevé et (reml)rasser d'un même cou}) d'œil un espace étendu afin de pouvoir grouper les faits autour de quelques idées générales. Il faut que l'historien, semblable à un voyageur qui se place sur une haute cime pour se rendre compte de la conliguration du sol, choisisse quelques points culminants d'où il puisse dominer l'enchevêtrement des fiiits,en dégager les lois et réduire en formules simples les contingences variées à l'infini. L'iniirmité de notre esprit exige donc qu'on découpe l'histoire en périodes, tout au moins quand il s'agit, non pas de dresser une chronologie, mais de marquer les phases de la vie sociale. Si l'on est toutefois autorisé, même dans l'histoire des idées, à prendre comme termes de ces périodes des événements politiques comme les changements de dynastie, c'est que le plus souvent ces faits ne sont que des résultantes, l'expression concrète d'une idée, le triomphe d'une conception sociale, lentement formée dans la période précédente.

Ainsi l'avènement de Pépin fut jiréparé et déterminé par les modifications apportées peu à peu à l'état social à partir du milieu du YIP siècle ; un nouvel état de choses s'était constitué qui nécessitait un changement dans le personnel du gouvernement. Mais le nouveau régime était à peine constitué qu'il commençait à évoluer sous rinfiuence de

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