Bonnet, Le latin de Grégoire de Tours
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plus ^nicicusi' poi'sii'. Avec cela il sacrilie ù la manie do son temps et ne perd pas une occasion de jouer sur les mots. W.Le chronîqtietir Marins d'Avenches. — Un autre (?vèque de la Gaule, contemporain de (îi'('<;-oii'e, Marins, évèque d'Avenches, consigna aussi i)ar écrit le souvenir de (juelques événements ; mais il ne lit pas à jnoprenicnt parler œuvre
Fi,^-. 97. — Manuscrit do lu clironiquc do Fr6d6;,^iiro on ocrituro onoialo du VU" sicclo. (Bibl. nat., nis. lat. 10910.)
d'historien: ce fut un simple chroniqueur. Il se contenta de Iranscrire la chronique de Prosper d'Aquitaine qui s'arrêtait avec l'année 445 et y ajouta quelques notes annalistiques jusquVn l'année 581. Mais ce sont des notes et rien de plus, sèches, sans lien entre elles, sans valeur littéraire, importantes cependant par leur précision.
15. La chronique dite de Frédégaire\ — (Testencoreen Burgondie (pi'un anonyme rédi^^ca au Vil' siècle une chronique
1. La dernière i>dition a été donnée par Kruscli dans les Monumenta Hermaniw Idslorica. (Hanovre, 1888, in-4.)
qu'on désigna depuis le XVP siècle sous le nom de Frédégaire, sans qu'on sache pourquoi ce nom a été assigné à son auteur. Cette histoire a été rédigée en 642, puis remaniée en 658. Ce n'est pour le récit des événements antérieurs à 584 qu'un résumé souvent inintelligent de l'histoire de Grégoire de Tours; mais à partir de 584, c'est une œuvre originale. L'auteur y parle de faits dont il avait été témoin ou dont il avait eu connaissance par des gens bien informés. La langue est, dans sa forme, plus barbare que celle de Grégoire, et elle n'en a ni la vivacité ni la couleur. Cependant cette œuvre jouit d'un grand succès, et elle fut continuée par plusieurs auteurs au VIP et au VHP siècle.
16. Les « Gesta regum Francorum ». — L'historiographie mérovingienne se clôt par une chronique désignée sous le nom de Gesta refjum Francorum^ et que son dernier éditeur ' a intitulée Liber historise Francorum. On ne connaît pas le nom de l'auteur, mais d'après son récit on suppose qu'il était moine à l'abbaye de Saint-Denis et originaire de la région de Laon ou de Soissons. Lui aussi n'a fait que résumer pour le VP siècle les six premiers livres de Grégoire de Tours. Il a commencé d'écrire en 727; son œuvre est précieuse pour la connaissance des événements survenus entre les années 628 et 720. Du vivant môme du roi Thierry IV mort en 737, un Austrasien entreprit un remaniement des Gesla qu'il croyait être un ouvrage de Grégoire de Tours, et pour cette raison il intitula sa compilation : Liber sancti Gre(jorii Toronis episcopï, gesta regum Francorum.
\ 7. L'hagiographie. — A l'historiographie se rattache l'hagiographie qui fut le genre littéraire le plus cultivé en Gaule aux VP et VIP siècles. C'est surtout à la rédaction des vies de saints que les moines se sont consacrés. Le talent littéraire qu'ils pouvaient avoir, ils considéraient comme un devoir de le mettre au service de l'Eglise, de l'employer à la
1. Publié par Krusch à la suite de la chronique de Prédégaire.
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glorification des liommos qui avaicnl le plus fait pour la diffusion (lu clirislianisiuc. Les hiogi'aphics des saints étaient des o'uvres d'évangélisation et de moralisation. Los miracles aeeoniplis parles saints étaient une preuve manifeste de la vérité de leur croyance, puisqu'ils ne pouvaient tenir leurs pouvoirs surnaturels, leur puissance de rompre l'ordre habituel des choses, que de Dieu. On proposait en outre ces saints personnages qui avaient voué leur vie à des œuvres de charité, comme des modèles à suivre. Ces biographies étaient destinées à être lues dans les églises, d'où le nom de légendes qu'on leur donna. Mais il faut avouer que le désir de glorilierle Seigneur dans ses élus n'était pas le seul but des moines en écrivant des vies de saints : une visée plus terrestre occupait leur pensée. Mettre en relief la puissance d'un saint et en quelque sorte le crédit dont il avait joui sa vie durant et dont il jouissait après sa mort auprès du Seigneur, rappeler les miracles opérés par lui et sur son tombeau, c'était attirer les pèlerins dans l'église qui possédait ses reliques, provoquer les donations pieuses, et linalement contribuer à l'enrichissement des églises. Mais quels qu'aient été les mobiles qui ont déterminé les hagiographes à prendre la plume, leurs écrits n'en ont pas moins une valeur historique toute particulière ; car, outre que beaucoup de saints ont été de leur vivant de puissants personnages, et par leur influence sur l'esprit de leurs contemporains, et par le rang qu'ils ont tenu dans la hiérarchie sociale, les moines qui ost conservé la mémoire de leurs actions et celle des miracles opérés sur leurs tombeaux, ont été ament'sà noter une foule d'anecdotes (jui nous font |)énélrer dans la vie journalière de ces temps reculés. Malheureusement les vies de saints, à cause même de l'intérêt qu'elles avaient et qu'elles ont longtemps conservé, ont été souvent remaniées au cours des siècles pour des motifs divers, soit que leur f()rm(> primitive ait paru trop barbare après la renaissance des étiules littéraires au IX*" siècle,
soit encore que les églises, jalouses de posséder les reliques d'un saint puissant et qui rivalisaient entre elles à qui attirerait le plus grand nombre de pèlerins, aient eu intérêt à les embellir. Des nombreuses vies de saints écrites aux VP et VIP siècles, il n'en est qu'un petit nombre qui nous soient parvenues en leur rédaction primitive. Ce sont là des documents dont les historiens ne doivent user qu'avec prudence. Et si nous en croyons les critiques les plus récents, les biographies qui paraissent les plus authentiques ont été profondément remaniées à partir du IX" siècle. Il est même arrivé que des rédacteurs du IX" siècle et des âges suivants ont eu recours à des supercheries et se sont déclarés les contemporains de personnages morts depuis plusieurs siècles, uniquement pour donner plus d'autorité à leurs récits.
Grégoire de Tours etFortunat ont écrit des vies de saints; mais c'est surtout de saints du Y^ siècle qu'ils se sont faits les biographes ; cependant on doit à Fortunat une vie de saint Germain, évêque de Paris, et une vie de sainte Radegonde, ses contemporains. La vie de ^sainte Geneviève paraît bien avoir été écrite au début du YP siècle, peu après la mort de Clovis, par un auteur qui avait connu des témoins de sa vie. On peut encore citer comme dignes de foi et remontant à l'époque mérovingienne la Passion de l'évêque Didier de Yienne dont on n'a qu'un résumé, la vie de Didier, évêque de Cahors, mort en 654, la vie de saint Eloi écrite par son disciple saint Ouen, la vie de saint Ouen lui-même, et encore celle deBathilde, femme de Clovis II, morte vers 680, et fondatrice des abbayes de Corbie et de Chelles. De saint Léger, évoque d'Autun en 678, et qui a joué un rôle politique si important, nous possédons deux biographies, toutes deux écrites par des contemporains ; l'une par un moine de Saint-Symphorien d'Autun à l'instigation d'Ermenarius, successeur de Léger sur le siège épiscopal d'Autun ; l'autre par Ursin, prieur de Ligugé, composée à la prière d'Ansoald, évêque de Poitiers, et d'Audulfe,
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ul)l)t' (le Sainl-Mai\(MiL La vie de sainl Ainand, le c'(''lM)re inissionnaiic qui travailla à la conversion des liabilanls des Pyrénées, des Slaves du Danube et des Francs établis sur les rives de l'Escaut, a été écrite par un moine de Saint-Amand, Baudeniund, vers 680.
L'activité littéraire de l'époque' mérovingienne était donc concentrée dans l'Église. Les écrits qui ont le caractère le plus profane, comme les poésies de Fortunat, sont encore l'onivre de clercs. La littérature mérovingienne, qu'on regarde aux auteurs, au but poursuivi ou au caractère des ])roduclions, a été essentiellement une littérature ecclésiastique.