D'UN PARTI DÉMOCRATIQUE CHEZ LES GAULOIS
chose, et que la plèbe, presque esclave, n'avait aucune part aux affaires publiques. Mais dans les chapitres oii il raconte les événements, il laisse voir que cette plèbe avait quelque importance, car les ambitieux la courtisaient*. Plusieurs fois il la montre imposant sa volonté ou contrecarrant celle des magistrats^ Elle s'agitait % elle intervenait dans les affaires, elle décidait des plus graves intérêts*. Elle était toujours assez forte pour troubler l'Etat, et quelquefois assez pour y régner^
Comment cette classe avait-elle pris naissance? Comment avait-elle grandi? L'historien ne nous l'apprend pas. Il est possible que les druides, en rivalité avec les nobles, lui aient prêté leur appui. On peut croire aussi que les divisions des nobles entre eux lui furent favorables.
Nous n'avons aucun renseignement qui nous indique quelle était la nature de ses désirs ou de ses exigences. Poursuivait-elle la conquête des droits politiques ou seulement celle des droits civils qui lui manquaient encore? Voulait-elle prendre part au gouvernement, ou prendre part à la richesse et à la possession du sol?
* César, I, 3 : Dtimnorix maxime plebi acceptus erat. — I, 18 : Dumnorigem magna apud plclem propter Uberalitatem gralia, cupidum rcrum novarum. — VUl, 21 ; Correus, concitator mulliludinis.
- Idem, I, 17 : Esse nonnullos quorum auctoritas apud plehem plurimum valeat, qui pvivalim plus possinl quam magistratus; hos mulliludinem delerrere ne frunicnlum conférant.
^ Moin, VU, 13 : Plebeni concilalam. — VII, 42 : Plehem ad furorem invpcUit.
* Idem, V, 0 : Ne nohilUalis discessu plebs propter imprudentiam Idberclur. — Vil, 28 : ISe qua in aislris misericordia vulgi seditio orirciur. — Vil, Aô : Propter inscienliam levilalemque vulgi. — Cliez IcsBellovaijiies, nous voyons que, tant que vécut Corréus, concito/or mulliludinis, uunquain senatiis lantuni poLuil quanlum imperita plebs (Vlli, 21).
^ César montre les Eburovices et les Lcxovii massacrant leur sénat (111, 17).
L'historien ne le dit pas. Il y a pourtant une observation qu'on peut faire. D'une part, César ne lui attribue jamais l'expression d'un principe ou d'une théorie politique, et il ne la montre jamais non plus réunie en comices populaires. D'autre part, il la montre presque toujours s'attachant à un chef puissant, recevant ses instructions, obéissant à ses ordres, n'agissant que pour lui et en son nom, et le portant enfin très volontiers au pouvoir suprême.
Entre les instincts de cette plèbe et l'ambition de ceux qui voulaient régner, il y avait un lien étroit. Luern était devenu roi des Arvernes en captant la faveur de la foule par des distributions d'argent'. Dumnorix, qui visait à s'emparer de la royauté chez les Eduens, était cher à la plèbe^ Vercingétorix, avant de se faire nommer roi, commença par chasser le sénat de sa cité avec une armée « qu'il avait levée parmi les prolétaires et les gens sans aveu^ ». C'était chez les Trévires et les Éburons que le parti populaire était le plus fort; l'un de ces peuples avait des rois, l'autre avait une sorte de dictature à laquelle il ne manquait que le nom de royauté*. César marque bien le caractère de ces petites
* Posidonius, dans Athénée, IV, 37 : Tbv Aouepvôv OTjixaYtoyouvTa tou? oyXouç, a::£;pcLv ^puabv zolCç, àzoXoufloûaatç xwv KcXiwv [jLupiàat.
^ La grande |iO|iulai'ité et la grande ambition de Dumnorix sont également marquées ici : César, 1, 17 et 18 : Dumiwrigem magna apud plebem ijratia, cnpidum verum novarum,... facilitâtes ad largicndum magnas comparasse. — I, 5 : Dumnorigi persuadet ut idem conaretur {id est, ut regmim occnparet)... regno occupato. — ^ V, 5 et 6 : Hune [Dumnorigem] ciipidinn verum novarum, cvpidum imperii cognoveral.... Dumnorix dixerat sibi a Cœsare regnum civitatis deferri.
3 César, Yll, 4 : A Gobantiilione reliquisque principibus expellitur ex oppido Gergovia.... In agris habet delectum egentium ac perdi-
torum Adversarios suas a quitus paulo ante erat ejeclus, expellit
ex civitate. Rex ab suis appellatur.
* Idem, V, 3: V, 24-27.