D'UN PARTI DÉMOCHATIQUE CHEZ LES GAULOIS
royautés démocratiques lorsqu'il met dans la bouche d'un de ces rois cette parole : « Telle est la nature de mon autorité, que la multitude a autant de droits sur moi que j'en ai sur elle^ » On ne doit reconnaître là ni la liberté régulière ni la vraie monai^hie; il s'agit de cette sorte de régime dans lequel la classe inférieure, souveraine maîtresse, délègue toute sa force à un monarque de son choix, qu'elle peut aussi renverser à son gré et qu'elle brise aussitôt qu'elle le voit s'écarter de ses volontés.
La société gauloise, au moment oh César l'a connue, était une société très agitée. Elle possédait, à la vérité, un régime légal et régulier qui était ordinairement la République aristocratique sous la direction d'une classe habituée au commandement. Mais à travers ce régime légal se dressait, d'une part, la clientèle qui créait dans chaque Etat quelques hommes plus puissants que l'Etat, et d'autre part un parti démocratique qui, s'attachant à ceux des grands qui le flattaient, travaillait à fonder la monarchie ou la dictature populaire*.
Dans le continuel conflit de ces partis ou de ces ambitions, aucune institution n'était solide, aucun gouvernement n'était assuré'. Si l'on observe le détail des événements que César raconte, et si l'on cherche à démêler les pensées des hommes qui y prenaient part, on s'aperçoit que la question qui divisait le plus la Gaule, à cette époque, était celle de la démocratie. La plus grande partie de l'attention des hommes était portée de ce côté. Il semble bien que, dans cette géné-
« César, V, 27. [Cf. p. 15.]
* Idem, VI, H : Omnes civitales in parte» dîvisœ sunt duos.
* [Cf. p. 41, n. 0.]
ration, le travail, la religion, le progrès matériel ou moral, la grandeur même du pays et son indépendance étaient choses qui préoccupaient peu les esprits. La plupart des désirs, des efforts, des sentiments de l'âme, étaient tendus vers le triomphe du parti. Les luttes politiques remplissaient l'existence des hommes et la troublaient.