LES DOCUMENTS
d'inscriptions, auxquelles il en faut ajouter des centaines qui sont contenues au milieu du recueil généiii d'Orelli-IIenzen ou du Corpus utscriptionum lalinarum\ et toute une autre série qui est disséminée dans des Revues d'érudition locale*. Mais un recueil complet et méthodique des inscriptions de la Gaule, analogue à ceux que nous possédons pour l'Espagne et pour l'Italie, n'a pas encore paru (^887)^ C'est ce qui fait que le présent travail n'est en quelque sorte que provisoire. Un autre que moi, dans quelques années, le refera plus complet et meilleur.
Ces trois catégories de sources, si diverses de nature, et chacune d'elles si abondante, permettent d'étudier de très près les cinq siècles de l'Empire romain. Nous pourrons affirmer comme certains un grand nombre de faits, surtout quand ils seront attestés par les trois sortes de sources à la fois, ou au moins par deux d'entre elles. Il ne faut cependant pas croire que ces nombreux volumes d'écrits contemporains, ces énormes recueils de lois, ces milliers d'inscriptions, nous donnent toute la vérité que nous voudrions posséder sur les institutions de cette époque. Croire cela serait une grande illusion.
* Orelli-Henzen, Inscriptionum latînarum collectio, 1827-1856. Corpus inscriptionum lalinarum, Berlin, [depuis] 1863. L. Renier, Diplômes militaires, 1876. Wilinanns, Exempta inscriptionum lati' narum, 1873.
2 Citons surtout : le Bulletin épigraphique de la Gaule; Bourquclot, Inscriptions de Nice, 1850, de Luxeuil, 1862; Le Touzé, Épicjraphie du haut Poitou, 1862; Noguier, Inscriptions de Béziers, 1883; DIadé, Épigraphie de la Gascogne, 1885 ; Ch. Robert et Gagnât, Épigraphie de la Moselle, 1885 et suiv.; Héron de Vilielosse et Thédenat, Inscriptions romaines de Fréjus, 1884; [Allmer, Revue épigraphique, en cours de publication].
5 [Le tome XII, renfermant les inscriptions de la Gaule narbonnaise, a été publié en 1888 par M. Hirschfeld.]
FuSTEL DE GouLANGES. — La Gaulo romaine. 11
1 i6 LA GAULE ROMAINE.
Tout historien qui sait discerner les problèmes, et qui ne se contente pas de passer à côté d'eux sans les voir, apercevra bien vite les lacunes de nos documents et l'insuffisance de nos textes. Après avoir compté ce que nous avons, comptons ce qui nous manque. Il ne nous reste rien des immenses archives qui s'accumulèrent durant cinq siècles dans les bureaux du Palais impérial ; et c'est là que nous aurions trouvé tous les secrets de l'administration. Nous n'avons rien du cadastre des terres, rien des registres de l'impôt, rijen des archives des cités. Toutes les chartes privées ont péri; nous n'avons conservé aucun de ees innombrables testaments ou actes de vente qui nous éclaireraient sur l'état des personnes et des terres'. Il ne nous est rien parvenu de ces millions d'actes de jugement qui furent mis en écrit, et sans lesquels il nous est impossible de connaître avec exactitude la procédure observée en Gaule. Rien de ce que nous possédons ne supplée à ce qui nous manque. Ainsi, malgré l'abondance apparente des documents, nous aurons lieu de montrer qu'il y a plusieurs points, parmi ceux qu'il nous importerait le plus de connaître, sur lesquels nous ne savons rien ou presque rien.
* A peine avons-nous quelques fragments. On a, par exemple, une partie d'un testament d'un Lingon, testament qui paraît avoir été écrit à la fin du 1'' siècle de notre ère ; il a été publié par Wackernagel, en 1868, et reproduit dans le Bulletin épigraphique de la Gaule, t. 1, p. 22.