LA GA U LH T II H KM A LE
tances de ce lieu à Bourges, Châteaumeillant et Néris (1) :
FELICI- AVG- TltlD I> COS lit P P PltOCOS- AVAU- L< XIIII MED- L- XII- NE R- L- XXV
Tous les commentateurs sont d’accord pour voir dans le lieu qui nous occupe la station thermale de Néris et dans la mention de la labié 1 abrégé du mot Aquce Neriomagienses. D’Anville (2), qui adoptait d’ailleurs l’identification avec Néris, proposait, sans aucun motif à l’appui de son opinion, d’écrire Aquæ Nerœ à la place d ’Aquis Neri, correction qui semble absolument inadmissible en présence des formes Neriomctgus- Neriomagiensis que nous révèlent les inscriptions.
Je dois noter, cependant, que la Commission de Topographie des Gaules voit dans le lieu marqué Neri sur le Milliaire d’Allichamp une station distincte des Aquis Neri de la Table La distance de 25 lieues portée sur la borne semble trop faible pour ce dernier point, et convenir, au contraire, à Montluçon, plus rapproché d’Allichamp de quelques kilomètres, où la Commission propose de placer un Neriomagus distinct de la ville thermale. C’est là, ce me semble, un raisonnement purement hypothétique.
Aucun indice ne permettant de donner le nom de Neriomagus à T agglomération gallo-romaine qui occupait le lieu où s’élève le Montluçon actuel, il parait assez hasardeux de chercher un Neriomagus distinct des Aquis Neri , dont nous connaissons sans conteste le nom et l’emplacement, en se fondant uniquement sur une de ces erreurs de distance que nous savons cependant n’ètre pas si rares dans la topographie gallo-romaine.
(1) M. Lefort ( Bulletin de la Société des Antiquaires. 1878, p. 234 etsuiv.) avait soulevé des objections contre l'authenticité de cette inscription. Dans le Bulletin de cette même Société (1898, p. 380), M. Héron de Villefosse, qui venait de l’examiner, a saisi cette occasion pour protester contre les doutes émis par M. Lefort et déclarer qu’il considérait le texte comme parfaitement authentique. — Les rédacteurs du Corpus I. L. le tiennent également comme sincère : Tilulus non /ictus est, et le font figurer au XIII0 vol., part. II, fasc. II, sous le n° 8922.
(2) Notice de l’ ancienne Gatile, p. 77.
Parmi tous les noms inscrits en longues listes sur Vltinéj aire d'Antonin, nous pouvons en retenir quatre, susceptibles être étudiés comme ayant servi de dénomination à d’an- - iennes stations thermales ou minérales. Ce sont: Aquis Seætis.
I iquis Tarbellicis, Aquis Convenarum, Aquis Siccis. Nous allons xaminer les solutions auxquelles a donné lieu la déterminaion géographique de ces trois dernières stations, en laissant le côté les Aquœ Sextiœ, qui, nous le savons déjà, désignent ans discussion possible, la ville d’Aix-en-Provence.
Aquœ Tarbellicœ. — Ces eaux figurent ainsi sur la voie de \impelone (Pampelune), à Burdigala (Bordeaux) :
Imo Pyrœneo, v m.
Car usa, xnm.
Aquis Tarbellicis , xxxvim m.
Mosconnum , xvi m.
Pline (1) avait déjà, sans nommer la ville où elles jaillissaient, fait allusion à ces sources salutaires, nées dans la >artie de l’Aquitaine occupée par les Tarbelli : Emicant benigne lassimque in pluribus terris, alibi frigidœ. alibi calidœ, alibi junciœ icut in Tarbellis Aquitanica gente, et in Pyrœneis montibus, tenui 1 ntervallo discerne nte (2).
C’est également la même ville thermale que Ptolémée (3)
: lonnaitaux I arbelli, sous le nom de YoaTa A uyoucta, traduction ittérale de Aquœ Augustœ (piyci Ilu^vr]? tou opouç TctpjkXXoi
(1) Histoire naturelle, XXXI, 2.
(2) « Quelles sont ces eaux froides, ai-je demandé à M. le docteur javielle, qui me répond : « Je crois que Pline entendait parler de sources < sullureuses froides, qui existent sur plusieurs points de la ville (de Dax),
‘ mais qab depuis quelques années, sont inexploitées. Elles sont, en ge- « néral, Iroides, tandis que les sulfurées sodiques sont chaudes. » Jullian, \ote sur la topographie de Dax gallo-romain. Revue des études anciennes „
■ 1901 , p. 211 et suiv.
(3) Géogr., Il, 6.
Greppo (1), la môme qu 'Aquœ Tarbellicœ, qui, ayant reçu
devait ainsi s’appeler Aquœ Augustœ Tarbellicœ. » D’ailleurs
tantôt Aquœ Augustœ.
L’identification de notre station avec la ville de Dax ne fait pour ainsi dire l’objet d’aucun doute. Tous les auteurs qui se sont occupés de ces questions de géographie historique : Valois (2), d’Anville (3), Walckenaër (4), Desjardins, etc., sont d’accord sur ce point.
Notons cependant que Scaliger avait pensé que le texte de Pline devait s’appliquer à des sources du Béarn, comme les Eaux-Bonnes ou les Eaux-Chaudes. « Ceux, dit-il, qui ont bu des eaux qui sont dans les montagnes du Béarn ne doutent point qu’il n’ait prétendu parler de celles-là. * Il suffit d’objecter à cette assertion, comme l’a faitM. Soulice (5), qu’en parlant du pays des Tarbelliens comme de la région où jaillissaient ces sources bienfaisantes, Pline ne pouvait avoir en vue la vallée d’Ossau, dont les habitants portaient, de son aveu même, un nom particulier, celui d ’Osquidates montant.
Aquis Convenarum. — La station A Aquœ Convenarum est placée dans l’Itinéraire, sur la voie qui relie les Aquœ 'Tarbellicœ (Dax) à Tolosa (Toulouse), voie où figurent également les Aquœ Siccœ, dont nous aurons à dire un mot tout à 1 heure. V oici ce fragment de l’Itinéraire :
Beneharnum, xvmi m.
Oppido novo, xvm m.
Aquis Convenarum , viii m.
Lugdunum , xvi m.
(1) Op. cit., p. 98.
(2) Noliiia Galliarum, p. 31.
(3) Notice de l’ancienne Gaule, p. 73.
(4) Géographie ancienne... des Gaules, t. I, p. 290.
(5) Notice historique sur les Eaux-Chaudes et les Eaux-Bonnes. Bulletin de la Société des sciences, lettres et arts de Pau, 2° série, t. VI, 1876-1S77.
comme bien d’autres villes de notre Gaule ce titre honorifique,
Ausone nomme cette cité tarbellienne tantôt Aquœ Tarbellicœ ,
Calagorris, xxvi m.
Acquis siccis , xvi m.
Ver no sole, xii m.
Tolosa, xv m.
La localité qui nous occupe est mentionnée sous le nom Il yAgce Convenarum par T Anonyme de Ravenne, qui la place >armi les cités de la Septimanie. La position de cette station . été l’objet de controverses d’autant plus vives qu’elle était ; ituée dans une région où abondent les eaux minérales, ce qui !• permis de lui assigner jusqu’à quatre positions différentes, correspondant toutes à des sources thermales ou minérales présentant des traces indiscutables d’occupation romaine. ../assimilation de Lugdunum à Saint-Bertrand-de-Comminges -ist à peu près le seul point sur 'lequel tout le monde soit tombé d’accord; l’identification des autres stations, l’évaluation des distances, le tracé de la voie sont autant de points qui ont livisé non seulement les « géographes de cabinet » , mais encore les érudits locaux qui ont pu étudier sur le terrain cet ntéressant problème de géographie historique. Il ne serait pas possible, sans donner à cette partie] de nos études un développement qu’elle ne doit pas comporter, d’examiner dans le détail les motifs invoqués par les divers auteurs à l’appui de leurs thèses respectives. Aussi me bornerai -je à - signaler les diverses identifications proposées, ainsi que les i autorités que chacune d’elles peut invoquer en sa faveur.
L’opinion qui semble réunir la majorité des suffrages est celle qui place les Aquœ Convenarum à Bagnères-de-Bigorre.
! Tel était déjà l’avis de Walckenaër (1) : « Les mesures ‘.anciennes, dit-il, nous démontrent que Bagnères est l 'Aquœ ' Convenarum de l’Itinéraire d’Antonin. » C’est aussi l’opinion de i Desjardins, de Sacaze(2), deM. Longnonetcle la Commission de Topographie des Gaules (3). D’An ville (4), après avoir semblé
(1) Géographie ancienne... des Gaules, It. I, p. 239.
(2) Histoire ancienne de Ludion.
(3) Bertrand, les Voies romaines en Gaule. Résumé du travail de la Commission de Topographie des Gaules.
(4) Notice de l'ancienne Gaule, p. 76.
admettre cette interprétation, s’était rejeté sur Capvern, tout en remarquant que la distance indiquée conviendrait bien pour Barèges, mais estimant que ce lieu était trop dans l’intérieur du Bigorre pour avoir appartenu aux Convenue.
,I)u Mège (1), suivi par Greppo (2), adopte cette façon de penser, et place également Aquæ C. à Capvern. Curie- Seimbres (3), voit, dans les eaux de Capvern, non seulement celles des Convènes, mais encore les Thermes Onésiens, dont parle Strabon, et qui nous occuperont par la suite.
Encausse a été également proposé par le chanoine Abadie, et La Barthe-de-Rivière par MM. Morel et Gautier (4). Ces derniers auteurs font remarquer queBagnères-de-Bigorre avait un nom qui nous est bien connu : Vicus Aquensis, et que ce vicus était situé sur le territoire des Bigerrones et non sur celui des Convenue. « Suivant nous, concluent-ils, la cité des Convenue eut probablement sa principale agglomération dans la vallée qui entoure Saint-Bertrand; sa banlieue s’étendait dans tout le voisinage, et la plupart des villages qu’on y rencontre en formaient la partie pseudo-urbcinci. Labarthe, avec ses sources savonneuses encore estimées, au milieu de débris sans nombre dont la plaine est semée, a dû porter naturellement le nom (V Aquæ Convenarum. »
En somme, il me semble assez difficile, dans l’état actuel des choses, d’étre très affirmatif sur l’identification avec un lieu moderne de la station qui nous occupe. Il ne me parait pas qu’aucun des systèmes proposés soit fondé sur des précomptions assez sérieuses pour qu’il puisse être admis sans réserves, et je pense qu’il faut attendre de nouveaux éléments d’informations pour essayer de percer l’obscurité dont s’enveloppe encore la position de l’ancienne station thermale des Convènes.
(1) Note sur une voie romaine qui conduisait, soit aux Aquæ Convenanim, soit au Vicus Aquensis des Biyerrones.
(2) Op. cit., p. 39. *
(3) Capbern historique, ses antiquités, son état actuel, ses eaux thermales,
(4) Voies romaines ab Aquis Tarbellicis, et routes qui venaient s’y souder,
Aquœ Siccœ. — Il en. est de meme de cette station, portée Uur la meme voie de l’Itinéraire, et que je lais figurer ici i iniquement à raison de l’article que lui a consacré Greppo (1) lans son remarquable ouvrage. Les corrections aux distances le l'Itinéraire, les tentatives d’identification faites pour asseoir ce lieu, à la dénomination assez étrange, n’ont jamais abouti i un résultat quelconque susceptible de se rapporter à des îaux thermales ou minérales. Le lieu de Seiches ou Seysses Toloanes, où l’on place le plus généralement cette ancienne staion, ne possède ni eaux thermales, ni restes antiques, mais nontre simplement les traces d’anciens travaux de desséche- : lient, d’où pourrait dériver ce nom d 'Aquœ Siccœ , à l’apparence iontradictoire. Greppo adopterait plutôt l’hypothèse de boues numérales, mais il n’en existe pas aux points identifiés. Il y a in peu trop d'imagination dans tout ceci, et, sans me préoccuper de chercher l’emplacement actuel à’ Aquœ Siccœ, je pense qu'il n’y a, jusqu’à plus ample informé, qu’à les rayer purement et simplement de la liste de nos anciennes stations.
C’est au livre IV de la Cosmographie du Ravennate anonyme [u il est parlé de la Gaule, et je me bornerai à signaler les ’illes citées par l’auteur qui sont susceptibles de nous intéesser au point de vue spécial de nos études et dont nous Liions rencontrer les noms souvent transformés par de barbares Informations.
G est d abord, dans la région de la Loire, juxta fluvium quem mferius nominare volumus, quidicitur Lega, la station de Balidas , •làacée avant Decize et Nevers, où nous ne devons pas hésiter reconnaître / Aquis Calidis de la Table de Peutinger.
(1) Op. cit., p. 93-96.
Parmi les cités de la Burgundia, juxta fluvium Rkodani, nous j voyons une cité du nom de Aijuœ, placée entre Secusianorum I et Icutmageon, correspondant évidemment à Aguœ Segeie et ses 1 deux voisines de la Table : Foro Segustavaro et lcidmago.
Dans .la Septimanie, l’Anonyme mentionne Aguis Sexlis, qui j ne peut taire l’objet d’aucun doute, et, du côté des Pyrénées, J Agœ Convenarum , sur lequel nous n’insistons pas, ainsi qu’une j station, Agœ Catidœ, située près de Ruscino, qui correspor sans aucun doute à Castel-lloussillon, à côté de Perpignai Quel était ce lieu thermal, placé évidemment au pied d< Pyrénées, dans la direction de l’un des passages se dirigeai vers l’Espagne? M. Desjardins semble indiquer Le Bouloi mais la température de ces eaux ne peut guère justifier dénomination Cl Agœ Calidœ , que je serais plutôt tenté d’appl quer aux sources voisines d’Amélie-les-Bains, dont la temp rature est beaucoup plus élevée.
Le second ordre de renseignements sur nos stations se ren- i contre dans quelques rares passages d’auteurs anciens et j comme ces textes, plus que sobres de détails géographiques, ; manquent généralement de précision, le champ reste, ici | encore, bien souvent ouvert aux problèmes et aux fantaisies de l’interprétation.
Solin (1) signalait d’une façon générale la richesse de la j Gaule en eaux thermales et faisait, en même temps, allusion d’un mot au caractère sacré qu’on leur attribuait: Galliœ...l riguœ aquis fluminum et fontium ; sed fontaneis interdum sacris j ac vaporantibus .
Dans le texte que nous avons cité plus haut (p. 77) à |
(1) C. J. Solini Polyhistor, XXII.
propos des Aquœ Tarbellicce, Pline parle également de l’abondance des eaux minérales chaudes et froides dans la région pyrénéenne.
Ausone (1) chantait les louanges de la célèbre fontaine Divona, qui coulait à Bordeaux, sa ville natale, source vénérée comme le génie tutélaire de la cité et appréciée pour les vertus médicales de ses eaux :
Salve forts, ignote orlu, sacer, aima per ennis,
Salve urbis genius, medico potabilis hauslu,
Divona Celtarum lingua, fons addite divis.
Tacite (2), à l’occasion de l’expédition de Cecina chez les Helvètes, parle en ces termes d’une ville de ce pays dont les eaux étaient célèbres : Cecina J belli avidus , proximan quamque culpam, antequam pœniteret , ultam ibat. Mota propere castra, vastati agri , direptus longa pace in modum municipii extructus locus amœno salubrium aquarum usu frequens. — Bien que l’historien latin n’ait pas indiqué le nom de cette cité, on est généralement d’accord pour y reconnaître la ville de Baden, sur la Limmat, dans le canton d’Argovie, dont le nom ancien Aquœ Helveticœ a pu, comme nous le verrons tout à l’heure, être reconstitué intégralement.
Chez les Éduens se trouvaient des sources remarquables, qu’Eumène (3) vantait à Constantin, mais en laissant ignorer le nom du lieu où elles surgissaient : Miraberis profecto illam quoque numinis tuf sedem, et calentes aquas sine ullo soli ardentis indicio, quarum nulla tristitia est saporis aut halitus , sed talis haustu etodore sinceritas, qualis fontiurn frigidorum. — 'C’est vraisemblablement à Bourbon-Lancy, situé en pays éduen et possédant des sources chaudes, que doit s’appliquer le texte du panégyriste.
Un texte de Strabon (4) nous parle en ces termes d’eaux fameuses de son temps dans la région des Pyrénées : « Le sol
(1) Clar. urb., XIV, v, 29.
(2) Hùt., liv. I, 67.
(3) Panegyr. vet. Oral., VI, 22.
(4) Géographie, liv. IV, cliap. ii, 2. Traduction Tardieu, t. I, p. 314. •
de l’ Aquitaine... est fertile... chez les Convènes..., peuple dont la capitale se nomme Lugdunum, et qui possède les Thermes Onésiens, sources magnifiques donnant une eau excellente à boire. » Si le Lugdunum Convenarum se trouve sans aucun doute à Saint-Bertrand-de-Comminges, l’identification des Thermes Onésiens est loin d’être aussi certaine. La majorité des auteurs les place au lieu moderne de Bagnères-de-Luchon ; c’est en ce sens que se prononcent du Mège (1), Greppo (2), Sacaze (3), Couget (4), etc.; mais quelques opinions contraires se sont manifestées.
\alois dans sa Notice des Gaules, admettant une prétendue erreur de copiste, qui aurait substitué le mot Onésiens au mot Convènes (5) ne voyait ici que les Aquæ Convenarum de l’Itinéraire d Antonin. C’est là une pure hypothèse, et rien ne permet de suspecter le texte d’erreur sur ce point, alors surtout, comme le remarque Greppo, que le nom des Convènes est écrit quelques lignes plus haut.
Pour Walckenaër (6) le nom et la position de cette cité des Onésiens se retrouvent dans le lieu moderne appelé Ozon,près de Tournay, et non loin de Bagnères-de-Bigorre, qui lui paraît être les Thermes Onésiens de Strabon. Pour lui aucun monument ne prouvait d’une façon certaine que Bagnères-de- Luchon eût, été célèbre chez les anciens par ses eaux thermales. Les marbres antiques, dont il connaissait l’existence, lui semblaient bien indiquer un lieu ancien à placer à Luchon, mais ne prouvaient pas, selon lui, l’existence d’un établissement thermal à cet endroit. Ozon ne possède pas d’eaux thermales; aucune trouvaille ancienne de quelque importance n’y a été faite, tandis que les restes considérables exhumés à Luchon
(d) Archéologie pyrénéenne.
(2) Op. cit., p. 61.
(3) Histoire ancienne de Luchon.
(4) Revue de Comminges, t. XI, 1896.
(5) M. Müller ( Index varice lectionis, p. 963, col. 1, b 48), a résumé tout ce qui a été dit au sujet de ce nom que Strabon est seul à avoir mentionné, et il semble incliner à le maintenir tel que le donnent les manuscrits. (Note de Tardieu, op. cit., p. 314.)
. (6) Géographie ancienne des Gaules, t. II, p. 239.
■sont venus donner aux affirmations de M. Walckenaër le plus éclatant démenti.
D’après Curie-Seimbrès (1), les Aquœ Convenarum et les Thermes Onésiens seraient une même station, qu’il faudrait chercher à Capvern, situé dans le Nébousàn, où il place l'ancienne peuplade des Onébusates, qui ne serait peut-être pas sans rapport de nom avec les Onésiens. Enfin M. Bladé, dans un travail publié en 1893 dans la Revue clés Pyrénées, déclare qu’il est absurde de chercher les Thermes Onésiens à Bagnèresde-Luchon ; mais, après cette affirmation tranchante, il ne propose aucune autre identification, en faisant remarquer que le pays des anciens Convènes abondait en eaux thermales, et qu’il en existait aussi dans ceux qu’occupaient jadis les Con- - soranni et les Bigerrones, dont les pays firent partie de la cité des Convenæ, créée sous Auguste. Tout ceci est fort bien ; mais, comme le fait justement remarquer M. Gouget (op. cit.), pourquoi chercher les Thermes Onésiens ailleurs qu’à Luchon,
■ sous prétexte qu’il existait dans nos Pyrénées d’autres sources thermales?
Pour moi, les arguments présentés en faveur de Luchon me
■ semblent tout à fait déterminants. Le lieu antique de Luchon était dans la cité des Convènes, assez rapproché de Lugdunum, auquel le reliait une voie romaine dont les traces sont incontestables ; la quantité considérable de marbres votifs décou-
\ verts et l’importance des bâtiments thermaux exhumés nous montrent qu’il y eut là un établissement dont la célébrité devait être grande dans l’antiquité ; enfin, le nom ancien de la rivière qui traverse Luchon, l’One, semble bien avoir un 1 rapport direct avec l’ancien nom des Onesii. Toutes ces circonstances me semblent établir sans conteste que Luchon peut légitimement revendiquer l’héritage des anciens Thermes Onésiens aux sources magnifiques.
Dans une lettre (2) adressée à un de ses amis, Aper, Sidoine Apollinaire semblé avoir fait allusion à une station thermale
Il (1) Capbern historique, op. cit.
(2) Epistola LXXXIII.
dont la détermination a singulièrement exercé la sagacité et l’imagination de nombreux commentateurs.
Cet lentes nunc te Baiœ , et scabris cavernatim ructata pumicibus aqua sulphuris , atquejecorosis et pktisiscentibus languidis medicabilis piscina delectat ; an / ortasse sedes montana circum caste lia, et in eligenda sede perfugii quamdam pateris ex munitionum frequentia difficultatem.
Sidoine Apollinaire étant évêque de Clermont, il est bien probable que la station dont il parle ainsi doit être cherchée en Auvergne, où, d’ailleurs, l’abondance des sources thermales a permis des identifications diverses.
Une première opinion assimile Calentes Baiœ à Aquœ Calidœ de la Table de Peutinger et les place à Chaudesaigues, dans le Cantal. C’est ainsi que pensent deux commentateurs de Sidoine Apollinaire : Sirmond (1) : Baiœ sunt aquœ calidœ. Et sunt hodie inArvenis, quœ id nomen vico dederunt, nam Calidas Aquas patria lingua vocant. In tabula etiam Peutingeri, ut suprà dictumest , nominantur Aquœ Calidœ in itinere quod ab Augustonemeto Lugdunum ducit. Et Savaron (2) : II œc verba quœ sequuntur montana sedes manifeste demonstrant de Baiis calentibus intelligendum esse Sidonium, quœ vulgo Chaudes- Ay gués vocantur.
De même Valois (3) : Inferioris Arverniœ urbes, oppida atque castella sunt : ... Aquœ Calidœ in tabula Peutingeriana memoratœ , Sidonio Calentes Baiœ , montana sedes dictœ. Chaudes- Aigues. — Et Walckenaër, qui, après avoir identifié Aquis Calidis à Chaudes- Aigues, ajoute : « Ce seraient aussi, quoi qu’en ait dit d’Anville, les Calentes Aquæ de Sidoine Apollinaire. »
Plus récemment, Mathieu (4) s’est rangé au même avis, et voit dans Chaudesaigues Y Aquis Calidis de la Table et probablement le Calentes Baiœ de Sidoine Apollinaire.
D’autres écrivains, sans faire de rapprochement entre les deux stations anciennes, sont aussi partisans de l’identification
(1) Ad Sidonium, note p. 60.
(2) Ad Sidonium, p. 353.
(3) Notitia Galliarum, p. 47.
(4) De la position d’ Aquis Calidis sur la Table de Peutinger.
vec la petite ville du Cantal. Ainsi d’Anville(l) : « Calentes quœ. Sidoine Apollinaire les appelle Calentes Baiœ, et ce qu’il joute, montana seiles dictœ , nous fait connaître qu’il est queson de Chaudesaigues, dans la Haute- Auvergne, au pied des îontagnes qui s’élèvent sur la frontière du Gévaudan et du îouergue ». M. Berthier, dans une analyse de l’eau minérale e Chaudesaigues (2) : « Les Romains les fréquentèrent (les aux de Chaudesaigues), et bâtirent auprès un bourg qu’ils appelèrent Calentes Aquœ. La petite ville qui subsiste aujourd’hui i'a pas changé de nom. » De même Alibert(3) : « On a lieu de 5 étonner de l’oubli où ces eaux sont tombées : cet oubli est fautant plus inexplicable qu’elles avaient une grande vogue tans l’antiquité. Sidoine Apollinaire, qui en fait une mention péeiale, leur attribue des propriétés remarquables. »
Une autre opinion regarde les eaux du Mont-Dore comme es anciens thermes dont, parle Sidoine Apollinaire. Elle a été proposée par le docteur Bertrand (4), qui appuie son raisonîement sur le texte même de la lettre : « Il suffit, dit-il, d’avoir 7u avec quelque attention les eaux du Mont-d’Or, pour convenir que cette description caractéristique leur est tout à fait ipplicable. Ainsi, en se dégageant de la coulée, elles font enendre un bruit souterrain et entrecoupé très fort surtout au temps des orages : elles naissent à travers des prismes dont es angles sont aigus et la surface polie ; elles jouissent d’une mcienne célébrité contre les maladies de poitrine ; et enfin, dles se trouvent dans un pays montagneux, où de nombreuses ‘imes sont couronnées de vieilles ruines de châteaux. » xreppô (5) déclare ces arguments fort plausibles, pour ne pas lire décisifs, et il en résulte, ajoute-t-il, qu’on peut, avec toute raison, reconnaître au Mont-Dore les sources thermales fréquentées par Aper.
(1) Notice de l’ancienne Gaule, p. 191.
(2) Journal des Mines, 1er semestre 1810.
(8) Précis historique sur les eaux minérales les plus usitées en médecine, 1826.
(4) Recherches sur les propriétés physiques, chimiques et médicinales des taux du Mont-d'Or, 1823.
(5) Op. cit., p. 105.
Enfin, Bagnols-de-Lozère est, pour M. Borelli de Serres (\ ), le Calentes Baiæ de l’évêque gallo-romain : « Le mot suif un s, dit-il, tranche la question. Sidoine Apollinaire n’a pu vouloir parler des bains de Baïæ, près de Naples ; de ceux du Mont- Dore, de Vichy, de Néris, puisque leurs eaux ne sont pas sulfureuses; il ne peut donc être question que de celles de Bagnols, les seules de ce genre qui soient chaudes, peu éloignées de Clermont et où Aprus avait dû se rendre. »
J’avoue qu’aucune de ces opinions ne me semble bien probante, au point de vue de l’identification des Calentes Baiæ avec une station thermale quelconque. Lès partisans de Chaudesaigues semblent avoir été uniquement guidés par l’analogie entre les deux noms. L’argument tiré par d’Anville des mots : montana Sedes me touche peu. En relisant le texte de l’évêque de Clermont on remarque que la seconde partie de la phrase n’est pas le complément de la première, et que ce qui tient à la région montagneuse ne se rapporte pas aux eaux thermales. C’est bien ce qu’avait vu Greppo (op. cit., p. 103., note) : « En deux mots, l’écrivain demande à son ami s’il prend les eaux; ou s’il visite les châteaux des montagnes. » En outre, le fait d’être situé au milieu des montagnes ne suffirait pas à désigner exclusivement Chaudesaigues, la plupart des stations d’Auvergne se trouvant dans des conditions topographiques analogues.
Les eaux du Mont-Dore ne sont pas sulfureuses, et si elles sont bonnes pour les maladies de poitrine ( phtîsiscentibus ), elles ne sont guère favorables aux personnes atteintes de maladies de foie (jecorosis).
Les eaux de Bagnols sont, à la vérité, sulfureuses, mais leurs applications thérapeutiques ne semblent pas répondre aux indications de Sidoine, et leur éloignement de Clermont permet légitimement de douter que ce soient elles qu’il ait eu en vue dans sa lettre.
En résumé, je crois qu’on a voulu donner au texte de l'évêque de Clermont une portée et une précision qu’il est loin de pré-
(1) Nouveau guide des malades el des touristes aux bains de Bagnols (Lozère), 1866.
senter. Pour moi, Calentes Baiœ, ou A quœ. si Ton veut y substituer ce terme, n’est point un nom de lieu : c’est une forme raffinée de langage pour désigner les eaux thermales en général, forme qu’on n’est pas surpris de rencontrer sous la plume du rhéteur élégant qu’était Sidoine Apollinaire. Le reste de la phrase me paraît contenir une sorte d’amplification de rhétorique, bien plus qu’une observation scientifique de la nature des eaux et de leurs effets thérapeutiques, et je serais tenté d’y voir uniquement, sous une forme manquant totalement de simplicité, cette question posée à Aper : Êtes-vous actuellement aux eaux ou bien dans la montagne?
Ammien Marcellin et Pline ont parlé tous deux de sources minérales existant chez les Mattiaci, *dont le territoire était situé sur la rive droite du Rhin, en face de la position actuelle de Mayence.
Le premier n’y fait allusion qu’à propos d’un fait militaire (1) : Et antegressus contra Maitiacas Aquas primas Severus, qui pedestrem curabatexercitum... — Le second, au contraire, donne quelques détails sur certaines particularités que présentaient ces sources thermales (2) : Sunt et Mattiaci in Germania fontes calidi trans Rhenum, quorum haustus triduo fervet. Circa margines vero gumicem faciunt aquœ. — Il y a de meme à Mattiacum, au delà du Rhin, des sources chaudes dont l’eau garde sa chaleur pendant trois jours. Les bords en sont couverts de pierres ponces formées par les eaux.
L’opinion générale des commentateurs place ces eaux à Wiesbaden. C’est ainsi que pensent d’An ville (3) : « On convient de reconnaître le mont Taunus dans une croupe de montagnes qui règne à quelque distance de Francfort, en s’approchant de la rive droite du Rhin, près de Wiesbaden : qui est le lieu des fontes Mattiaci trans Rhenum, dont Pline fait mention »; Walckenaër (4) : « Les Mattiaci fontes calidi, de
(1) Remm gestarum, lib. XXIX-IV.
(2) Histoire naturelle, lib. XXXI.
(3) Notice de l’ancienne Gaule, p. 211.
(4) Géographie ancienne des Gaules, t. Il, p. 94.
Pline, sont placées par plusieurs auteurs à Wiesbaden, dans l’État deNassau, non sans quelque vraisemblance»; Delting(l ): « Les fontes Mattiaci, de Pline, sont certainement Wisbade »,etc.
Les découvertes faites à Wiesbaden de nombreux restes d’antiquités donnent à cette identification un caractère de vraisemblance d’autant plus grand que, comme nous le verrons tout à l’heure, une inscription consacrée à un Jupiter local donne aux habitants de ce lieu le nom de Vicani Aqueuses.
Pline (2) mentionne encore, au pays des Tungri, des sources dont il analyse la composition ferrugineuse et gazeuse, et indique les propriétés médicales : Tungri, civitas Galliœ.fontem habenl insignem, plurimip bu/lis stillantem. ferruginei saporis, quod ipsum nonnisi in fine polus intelligitur. Purgat hic corpora. tertianas febres discutit, calculorumque vitia.
Deux stations peuvent revendiquer le texte de Pline comme s’appliquant à leurs eaux : Spa(3), dont les sources présentent nettement les caractères indiqués par le naturaliste latin, mais qui semble bien pauvre au point de vue des vestiges pouvant établir son existence gallo-romaine; et Tongres, moins connue que sa rivale au point de vue hydrologique, mais qui a conservé de son passé antique des restes considérables et du plus haut intérêt. Les habitants de Tongres ont, d’ailleurs, tranché la question en faveur de leur cité, en donnant à la source ferrugineuse placée en dehors de la ville, à peu de distance de l’ancienne enceinte romaine, le nom de Fontaine de Pline.
(1) Mémoire sur les établissements romains du Rhin et du Danube, t. I.
(2) Hist. nat., t. XXXI, 2.
(3) D’Anville, Notice de l’ancienne Gaule. « On croit que cette description (de Pline) désigne les eaux de Spa. »
Aux indications géographiques et aux textes des auteurs inciens que nous venons de passer en revue, nous pouvons ajouter quelques dénominations, fournies par des inscriptions, qui nous donnent, soit le nom meme des stations, soit des formes ethniques d'où ces dénominations peuvent être facilement déduites.
L’inscription suivante, dédiée à Caracalla, et découverte au dix-septième siècle dans le clocher de l’église paroissiale d’Olt-Baden, nous apprend le nom : Respublica Aquensis, que portait autrefois la ville de Baden-Baden :
M- AVRELIO’ ANTONINO- CAES IMP- DESTINATO • BIP- L- SEPTBII SEVERI- PERTINACIS- A VG- FILIO- RESP AQV
La ville de Baden, dans le canton d’Argovie, en Suisse,
- s’appelait AquæHelveticœ. D’Anville (1), par une sorte d’intuition ; avait donné ce nom complet à cette station, alors qu’on ne la connaissait que par l’adjectif A quensis, appliqué, dans l’inscrip- ! tion suivante, à un citoyen qui avait élevé un temple à Isis :
DEAE- ISIDI- TEMPLVM- A- SOLO L. ANNVSIVS- MAGIANVS DE- SVO- POSV1T- VIR- AQVENS- B AD- GVIVS- TEMPLI- ORNAMENTA ALP1NIA- ALPINVLA- GONIVX ET- PEREGRINA- FIL- XC- DEDE RVNT- L- D- D- VIGANORVM
Depuis lors, la conjecture de d’ An ville est devenue une certitude, à la suite de la découverte sur certains points (Bau-
(1) Notice de la Gaule, p. 76.
motte-les-Pin, Avenches, Mandeure, etc.) de petites l)andes de bronze, terminées par un épanouissement déformé circulaire, ayant sur chacun de leurs bords inférieur et supérieur des ailettes propres à les fixer, et sur lesquelles des lettres découpées et évidées, divisées par des signes séparatifs, ont permis de reconnaître le mot Aquis suivi des trois lettres hel, et du nom de l’ouvrier Gemellianus , auteur probable de ces objets. Castan (1) y avait vu une pièce d’applique se terminant par un épanouissement ajouré, qui lui semblait avoir été le revêtement, ornemental d’une des peintures de la porte d’un petit oratoire destiné à abriter l’image des Nymphes- tutélaires des Aquœ Helveticœ.
Pour M . Héron de Villefosse (2) , cette inscription était la marque de fabrique d’un industriel qui vendait aux baigneurs de cette station des objets dont il est difficile d’indiquer la nature et la forme.
M. Déchelette a repris la question dans la Revue Éduenne (3), et, après examen d’un certain nombre d’objets de meme sorte, les uns portant des inscriptions plus ou moins fragmentaires, les autres anépigraphes, décorés de simples motifs ornementaux, il les considère comme des garnitures de fourneaux, ou, plus exactement, des bouterolles de glaives gallo-romains.
Quelles que soient, d’ailleurs, la nature et la destination des objets en question, il ne semble pas douteux, et c’est là le point particulièrement intéressant pour nous, que l’inscription découpée sur certains d’entre eux nous révèle le nom complet de la sta'tion d’Aquœ Helveticœ, qui ne paraît pas pouvoir être placée ailleurs qu’à la ville thermale suisse de Baden.
Nous retrouvons l’adjectif Aquensis dans le voisinage du Rhin, à Wiesbaden; dans les Pyrénées, à Bàgnères-de-Bigorre, et en Savoie, à Aix-lès-Bains.
(-1) Inscription romaine sur bronze mentionnant les eaux thermales de l'Helvêtie. Revue des Sociétés savantes des départements, VIIe série, t. IV, 1881.
(2) Inscription sur une lame de bronze trouvée à Mandeure. Bulletin archéologique du comité dès travaux historiques, 1892.
(3) Note sur une bouterolle de fourreau gallo-romain trouvée à Autun. Revue Éduenne, nouvelle série, t. XXXI.
De Wiesbaden, F ancienne Aquœ Mattiacœ, vient l’inscription ► ni vante :
IN- H- D D TEMP- 10 VI DOLICENO- VICANI AQVENSES- VETVST DILABSVM- DE SVO- R T1TVERVNT* SVB- CV CAREI SATVRNINI