DE LA CARTE
et ne permettent pas, comme avec nos cartes DE PEutinger. modernes, la détermination d’un point inconnu par sa position relativement à d’autres points connus. Aussi verrons-nous bientôt l'identification des lieux anciens portés sur la carte donner naissance à des divergences continuelles, basées le plus souvent sur des raisonnements où l’on est obligé de faire intervenir des corrections plus ou moins justifiées et parfois singulièrement hypothétiques.
Itinéraire d’Antonin. — L’Itinéraire d’Antonin ( Itinerarium provinciarim omnium imperii Antonini Augusti) est, en dépit de son nom, d’une date bien postérieure à l’époque des Antonins.
« C’est, dit Desjardins, un tableau plus ou moins officiel des stations et des distances de l’empire romain au quatrième
(lj Le mille romain ôtait de 1,481 mètres et la lieue gauloise équivalait «à un mille et demi, soit 2,221 ni. 50. Le mille était usité dans l’anoienne province romaine et la lieue était la mesure commune aux trois Gaules.
siècle; il n'y a point là d’ouvrage à proprement parler, mais une copie, dont l’original impersonnel était partout, et par conséquent appartenait à tous. »
L’Itinéraire comportait une série de listes ou tableaux indiquant les noms des villes ou stations comprises entre deux points extrêmes, avec les distances séparant chacune de ces localités. On ne peut mieux le comparer qu’à nos anciens livres de poste.
Cosmographie de l’Anonyme de Ravenne (4). — En 4688, clom Placide Porcheron publia, d’après un manuscrit de la bibliothèque du Roi, une Cosmographie due à un Ilavennate anonyme, sous le titre : Anonymi Rcivenncitis qui circa sœculum vu vixit de geographia libri quinque. « Cette oeuvre, dit M. Desjardins, n’appartient pas à l’époque romaine; elle date seulement de l’époque franque et n’est même pas antérieure au temps de Charlemagne; mais, rédigée à l’aide de documents géographiques plus anciens, elle mérite toutefois de fixer l’attention des érudits qu’intéresse la géographie de la Gaule romaine. »
La Table de Peutinger, dans la partie qui nous intéresse et qui s’étend sur les segments I et II, contient neuf stations désignées par le signe thermal dont nous avons parlé plus haut. Ce sont, sur le segment I : Pretorium Agrippïnœ qui doit rester en dehors de nos études, comme s’appliquant à une station étrangère à la Gaule (2), Aquis BonnoniSj Aquis
(1) Sue l'anonyme de Ravenne, on peut consulter : De Rossi, Sopra il cosmografo Ravennale. 1852. — Pinder et Parthey, Ravennalis anonymi cosmographia. — D’Avezac, le Ravennale et son exposé cosmographique.
(2) Cette station, située sur la route de Leyde àNimègue, a ôté identifiée avec Roomburg, près de Leyde, où l’on voyait autrefois des ruines et où
Segeste, Aquis Nisincii, Aquis CalidiSj Aquis Segeie et Aquis. La station d7 ndesina est à cheval sur les segments I et II; celle cl 'Aquis Sestis figure sur le segment II. Enfin le segment I porte le nom d3 Aquis Neri, mais sans l’accompagnement du signe thermal ( fig . 10).
Nous allons, en remontant du sud au nord, étudier successivement ces diverses stations, en recherchant les localités modernes avec lesquelles il semble possible de les identifier.
Aquis Sestis. — - Ces eaux figurent sur la voie Aurélienne (1), après la station de Tegulata, qu’on est d’accord pour placer au hameau de la Grande-Pégière, au point où la route se divise en deux branches, tendant, l’une vers Arles, l’autre vers Marseille. Il n’y a pas lieu d’insister longuement sur cette station, car son identité avec les eaux d’Aix-en-Provence ne fait aucune espèce de doute et n’a jamais été mise en discussion.
On la trouve sous le nom d3 Aquis Sextis dans l’Itinéraire d’Antonin et la Cosmographie du Ravennate. Son nom est mentionné dans d’assez nombreux textes, parmi lesquels nous nous bornerons à citer les suivants, relatifs à la fondation de la ville ou à certaines particularités de ses eaux thermales : Tite-Live, Hist. LXI : « C. Sextius proconsul, victa Salluviorum gente, coloniam Aquas Sextias condidit, ob aquarum copiam e calidis frigidisque fontibus, atque a nomine suo ita adpellatas. »
il a été trouvé des antiquités. Il ne semble pas, cependant, qu’il y ait jamais eu là de vestiges d’établissement thermal, ni de traces d’eaux minérales, dont la contrée, d’ailleurs, est totalement dépourvue.
(1) Cette voie, ouverte dans le principe depuis Rome jusqu’à Pise, lut successivement prolongée jusqu’à Gênes; de là, aux Alpes, puis à Aix et à Arles, où elle se soudait à la voie Domitienne, qui se dirigeait vers l’Espagne. Aucun sujet de géographie archéologique n’a donné lieu à plus de discussions que le tracé de cette voie dans la région littorale de la Provence. Sans entrer dans aucune étude détaillée à cet égard, je me borne à indiquer les points qui me semblent correspondre aux stations anciennes et nous donnent la direction de la voie : Vintimillc, Menton, Cimicz, Antibes, Cannes, LaNapouIc, Fréjus, Le Luc, Cabas se, Tourves, La Grande- Pégière et Aix.
Velleius, 1, 15, 4 : « Sextio Calvino, qui Sallues apud Aquas, <|uæ ah eo Sextiæ appellantur, devicit. »
Florus, Histoire romaine, 1. III, 4 : « Mari us... prioresque Teutonos sub ipsis Alpium radicibus assecutus in loco, quem Aquas Sextias vocant; quo, ûde numinum, prælio oppressit. * Cassiodorus, Chronic., ad a. 632, p. 618, M : Gn. Domitius et G. Fannius : « llis consulibus G. Sextius oppidum ædificavit, quo, Aquæ Sextiæ, in Galliis. »
Strabon ( Géographie , lib. IA', chap. i, 5; Traduction Tardieu, t. I, p. 297) fait allusion au refroidissement des eaux qui, de son temps, avaient dû perdre une partie de leur célébrité : « C’est ainsi que Sextius, après avoir vaincu les Salyens et fondé, non loin de Massilia, la ville d’Aquæ Sextiæ, laquelle reçut ce nom en Fhonneur de son fondateur et en commémoration de ses sources thermales, si célèbres naguère, mais si dégénérées aujourd’hui, puisqu’une partie, dit-on, ne donne plus que de l’eau froide. »
Solin (. Polyhistor , 2) dit de même : « Aquæ quoque Sextiliæeo loco claruerunt, quondam hiberna consulis, postea excultæ mœnibus; quarum calor olim acrior, exlialatus per tempora evaporavit, nec jam par est famæ priori. »
Aquis. — A l’extrémité occidentale de la carte ligure un signe d’ établissement thermal, surmonté du mot Aquis, sans autre détermination. Entre ce mot et la vignette, la carte présente une large lacune, empiétant sur la toiture de rétablissement, mais qui ne semble pas avoir pu faire disparaître la seconde partie du nom, s’il en existait une. Cet établissement est rattaché, mais sans aucune indication de distance, à un point portant le nom de Casinomago, intermédiaire sur la route d’Auch à Toulouse, entre les stations deTolosa et de Cliberre. La position de Casinomago étant elle-même indécise, la détermination (Y Aquis a prêté à de multiples solutions.
D’Anvillë (T) y voit les Aquæ Convenarum (position discutée)
(1) Notice de l’ancienne Gaule, p. 73.
Fig. 10. — fragment du segment i de la garte de PEUTiNGER (centre de la Gaule).
de ntinéraire d’Anton in; Walckenaër (1), les Aquœ Tarbcllicœ (Dax) du môme Itinéraire; Greppo (2) semble porté à y voir les Agœ Calidæ, mentionnées dans ces contrées par' le seul anonyme de Ravenne, et il signale également l’opinion qui pense retrouver ce lieu antique aux eaux d’Ax, dans l’Ariège.
Chaudruc de Crazannes (3) place Casinomagus à Gaumont, dans le Gers, et Aquis à Bagnères-de-Bigorre, connu sous les Romains sous le nom de Viens Aquensis, comme nous le verrons plus loin. Il fait remarquer qu’une route de caractère antique, construite en encaissement et ferrée, comme les routes romaines, dans plusieurs de ses parties, circulait encore de son temps entre Caumont et Bagnères, par Lombez, Castelnau-Magnoac et Cieutat.
D'après Sacaze (4), au contraire, la route indiquée sur la carte serait celle de Lugdnnum Convenarum (Saint-Bertrandde-Comminges), désigné par deux tours, cà la station thermale d’Aquis, qui ne serait autre que les Aquœ Onesiœ, dont nous nous occuperons tout à l’heure, identifiées par notre auteur avec Bagnères-de-Luchon.
Au milieu de ces affirmations diverses, on n’a, comme on le voit, que l’embarras du choix ; mais, en somme, en l’absence de tout élément de discussion présentant un caractère quelconque de certitude, toutes les identifications ainsi proposées ne me semblent devoir être retenues que comme de simples hypothèses.
Aquis Segete. — Cette station figure à la Carte sur la route de Lyon à Rodez, à 8 lieues (20 k.) de Foro Segustavaro (Feurs), et 17 lieues (38 k.) d 'Icidmago (Usson). Plusieurs identifications ont été proposées pour cet établissement, et la
(1) Géographie ancienne des Gaules, t.T, p. 297.
(2) Etudes archéologiques sur les eaux thermales ou minérales de la Gaule à l’époque romaine, 1846.
(3) Dissertation sur la voie romaine d’Audi à Toulouse et au lieu d’Aquis, d après la Table ihéodosienne ou de Peutinger. Bulletin monumental, t. II, 1845.
(4) Histoire ancienne de Luchon. Éludes sur Ludion, 1887, p. 45.
question est d’autant plus obscure que l’on n’est pas non plus d'accord sur les sites actuels de Foro S. et d’Icidmago.
D’Anville (1) proposait Aissumin, sur la rive droite de la Loire. Walckenaër (2) voyait dans Icidmago Yssingeaux, dans Foro S. Farnay, village situé près de Rive-de-Gier, et dans Aquis Segete Saint-Étienne.
Pour Fortia d’Urbin (3), Aquis serait Aurec, à 3 lieues S. O. de cette dernière ville.
Ces différentes attributions, qui n’étaient appuyées sur aucun motif sérieux et visaient des localités dépourvues d’eaux minérales, sont aujourd’hui sans défenseurs, et, seules, deux localités revendiquent l’honneur d’avoir succédé à l’antique station de la Table.
C’est d’abord Saint-Galmier, qui a pour lui Greppo, dont le remarquable ouvrage contient une longue discussion (p. 73 à 82) de la question; la Commission de topographie des Gaules, Longnon, Bernard (4), Guigue (5), etc. C’était déjà, au dix-septième siècle, l’avis de De la Mure, dont Y Histoire du Pais de Forez renferme un chapitre intitulé : « Comment Saint- Galmier portait, du temps des Romains, le nom de Aquæ Segetæ. »
L’autre opinion adopte le site de Moind, dans le voisinage immédiat de Montbrison. Elle a pour elle Desjardins (6), Dulac (7), Vincent Durand (8), etc.
Nous ne pouvons entrer dans la discussion approfondie de cette controverse, qui a fait l’objet de nombreux mémoires et qui a notamment été longuement discutée lors de la réunion
(1) Notice de l'ancienne Gaule, p. 80.
(2) Géographie ancienne... des Gaules, t. III, p. 100.
(3) Recueil des Itinéraires anciens.
(4) Mémoires sur les origines du Lyonnais. Mémoires de la Société des Antiquaires, t. XVIII, 1846.
(5) Les voies antiques du Lyonnais, du Forez-, etc., déterminées par les hôpitaux du moyen âge.
(6) Géographie de la Gaule, d'après la Table de Peuhnger.
(7) Les ruines de Sainte-Eugénie, à Moingt. Annales de Ici Société d'agriculture... du département de la Loire, t. XX, 1876.
(8) Aquæ Segetæ et la voie Bolène en Forez. Recueil de mémoires et documents sur le Forez, publiés par la Société de la Diana, t. Il, 18i5.
| du Congrès archéologique de France à Montbrison, en 1885 (1), et nous nous bornons à indiquer les motifs de notre préférence pour cette deuxième interprétation.
Je crois qu’il y a peu de chose à tirer des distances portées -sur la carte, très discutées, et déclarées, pour la plupart, tronquées par les commentateurs. Je ne retiendrai que la distance de 9 lieues, indiquée entre A. Segetæ et Foro Segustavaro, qui doit être Feurs, cette distance étant bien en réalité celle qui sépare cette dernière ville de Moind, et l’indication de la Table étant corroborée par une borne milliaire, portant ce même chiffre de VIIII L, découverte près de Moind, en 1858. Il est certain, du reste, que la ville antique qui s’élevait sur ce point était située sur le trajet d’une route romaine, dite autrefois « Voie Bolène » , venant du Velay, que de nombreuses traces ont permis de repérer exactement d’Usson à ' Moind et à Feurs, ce qui est justement le trajet indiqué par plusieurs géographes pour le tracé de la route de la Table. Ce qui me frappe surtout, c’est la grande importance du ■Moind antique, avec ses nombreux édifices, son théâtre, tout ce qui constituait autrefois une cité considérable, comparée avec les intéressantes, mais assez modestes substructions remises au jour cà Saint-Galmier.
Une sérieuse présomption me semble dériver également du mot AQVI, lu sur une tablette de marbre blanc, découverte en 1883, et ayant formé l’angle gauche inférieur d’une inscription dont les autres débris n’ont malheureusement pas pu ■ être retrouvés.
Enfin, sans en tirer un argument bien sérieux, on peut noter toutefois la persistance des traditions ayant trait à des monuments dédiés à^Cérès, dans un lieu qui a peut-être porté autrefois un nom ayant une singulière affinité avec la déesse des moissons.
(1) Baron de Rostaing, Mecliolano et Aqtiis Segete de la Table de Peutinger. — V. Duhand, Réponse au mémoire précédent. — D. Noëllas, De l emplacement des villes gallo-romaines Mediolanum, etc., dans le volume des Comptes rendus du Congrès de 1885.
C est donc, jusqu’à la preuve contraire qu’un heureux coup de pioche fera peut-être jaillir du sol quelque jour, à Moind
de l’Aquæ Segestæ de la Table.
Aquis Calidis. — Cette station est située sur la route de Clermont à Lyon, entre Augustonerneto (Clermont), sans indication de distance et Vorogio (vjii lieues, 18 k.), que nous retrouvons à Vouroux, faubourg de Yarennes-sur-Allier. La route continue ensuite vers Lyon, par Ariolica (Avrilly-sur- Loire), Roidumna (Roanne) et Feurs. L’attribution à une station moderne du nom et du site de l’ancienne Aquœ Calidœ est une des questions qui ont soulevé les plus vives controverses dans le domaine de géographie spéciale qui nous occupe.
D’An ville (1), adoptant le tracé de la voie et les identifications que nous venons d’indiquer, plaçait Aquis Calidis au lieu actuel de Vichy. Greppo ( op . cit., p. 32), partagea cette manière de voir, admise également par Tudot (2), la Commission de Topographie des Gaules, Desjardins (3), Longnon, Daremberg et Saglio (4), Vidal La Blache (5), Mallat et Cornillon (6), etc.
D’après un autre système, l’édifice thermal aurait été dessiné par erreur sur le parcours Lyon à Clermont et devrait être rattaché à la route passant au-dessous, qui reliait Lyon à Rodez. Ce serait alors Chaudes-Aigues, dans le Cantal, qui devrait être identifié avec notre station. Tel était le sentiment de Sirmond (7), de Valois (8), de Walckenaër (9), de Beaulieu (10), et de Mathieu (11).
(R Notice de l’ancienne Gaule, p. 7a.
(2) Carte des voies romaines du département de l'Ailier, p. 4 et 5.
(3) Géographie de la Gaule, d’après la Table de Peutinger.
(4) Dictionnaire des Antiquités grecques et romaines. Y. Aquœ.
(5) Atlas général d’histoire et de géographie.
(6) Histoire des Eaux minérales de Vichy, 1906.
(7) Ad. Sidon. not., p. 60.
(8) Notitia Galliaruni online litteranm digesta, p. 47.
(9) Géographie ancienne... des Gaules, t. I, p. 324 et suiv.
(10) Antiquités de Vichy-les-Bains. Mémoires de la Société des Antiquaires, t. XV, 1840, p. 452 et suiv.
(11) De la position d’ Aquis Calidis sur la Table de Peutinger, 1859.
Michel Bertrand (1), suivi en cela par le docteur Nicolas (2), voulait retrouver au Mont-Dore la station de la Table, tandis que Mathieu (3) la cherchait dans les environs de Clermont- Ferrand, aux eaux de Sainte-Marguerite ou aux bains de Médagues. Ces deux dernières identifications sont de pure fantaisie et ne se discutent môme pas; quant à l’opinion de Bertrand, elle repose sur une erreur complète dans les données tirées de la Table de Peutinger, qui suffit à lui enlever toute vraisemblance.
Bien, non plus, n’autorise le déplacement de l’édifice thermal au profit de la route de Lyon à Rodez. Outre qu’il faut être très sobre de ce procédé qui, si on le généralisait, permettrait toutes les modifications possibles sous prétexte de corrections à la carte, il importe de remarquer, dans l’espèce présente, que le signe thermal est placé sans aucune hésitation, au milieu du tracé de la route de Clermont à Lyon et séparé par un cours d’eau et une. chaîne de montagnes de la voie à laquelle on prétend le rattacher. Ce point écarté, l’objection principale qui a été faite à l’attribution à Vichy de l’héritage d ’Aquis Ccilidis réside dans la critique de l’itinéraire tout entier, qui aurait imposé au voyageur se rendant de Clermont à Feurs un détour bien compliqué, le conduisant par Vichy, Varennes, Avrilly et Roanne et lui faisant ainsi parcourir 181 kilomètres au lieu de 83 en ligne directe. D’Anville avait répondu d’avance à cette objection. « La route que nous venons de décrire, disait-il, nous donne, à la vérité, une communication entre Lyon et Clermont, mais qui circule extrêmement. C’est bien moins une route suivie, que ce ne sont divers morceaux particuliers de différentes routes qui se communiquent. » Le fait, d’ailleurs, n’est pas unique. 11 semble bien que c’est ainsi que furent conçus certains tracés
(1) Recherches sur les propriétés physiques, chimiques et médicinales des eaux du Mont-Dore, 1823.
(2) La Médecine dans les œuvres de Sidoine Apollinaire. Revue Médicale du Mont-Dore, 1901.
(3) Colonies et voies romaines en Auvergne.
de la carte et nous allons en voir tout à l’heure une nouvelle preuve à propos de la station d ’Aquis Bormonis.
Remarquons, en outre, que le détour signalé peut s’expliquer facilement au point de vue topographique. La route ainsi tracée contourne les massifs montagneux de la Madeleine et du Forez, permettant d’assurer en tout temps des communications que la mauvaise saison pouvait rendre difficiles ou impossibles par les routes plus courtes qui traversaient certainement les montagnes.
D’ailleurs, l’existence et la direction de la route depuis Clermont jusqu’au delà de Varennes sont maintenant déterminées d’une façon indiscutable par la découverte de bornes milliaires qui la jalonnaient et qui portent des distances se référant à Clermont-Ferrand. Deux de ces bornes ont été trouvées entre Clermont et Vichy, l’une à Ollat, près d’Effiat, l’autre à Biozat. La troisième l’a été à Vichy même, en 1880, sur l’assiette de la grande voie romaine (1). Elle indique la distance de Clermont civitas arvern lxxi, comblant ainsi la lacune de la Table, Une quatrième borne, découverte dans la commune de Tréteau, au delà de Varennes (2), dans la direction d’Avrilty-sur-Loire, achève la détermination bien nette de cette première partie de l’itinéraire.
Enfin, je crois qu’on peut tirer, sinon une preuve absolue, tout au moins une très forte présomption, du nom de Balidas, donné par le géographe anonyme de Ravenne à une ville située dans la région de la Loire, en amont de Decize, situation topographique convenant parfaitement à Vichy. Ce nom de Balidas correspond évidemment pour moi à celui d ’Aquœ Calidœ, déformé comme on le voit si souvent pour d’autres dénominations dans l’ouvrage du Ravennate.
Aquis Bormonis. — Le signe thermal, accompagné du nom d ’Aquis Bormonis , se trouve sur une route allant d ’Augnsto-
(1) Bulletin de la Société des Antiquaires, 1880, p. 145.
(2) Peghoux, Note sur deux colonnes itinéraires nouvellement découvertes dans le trajet de la voie romaine de Clermont à Lyon, par Vichy, 1855.
dunum (Autun) à Decetia (l)ecize), et se divisant ensuite en deux branches gagnant, l une, Orléans, par Nevers et Briare, l’autre, Bourges, par Sancoins.' Les stations portées sur la carte, en partant d’Autun, sont : Telonno xn ; Pocrinio xii; Sitillia xiiii; Aquis Bormonis xvi et Decetia xxx. On place généralement Telonno à Tdulon-sur-Arroux, Pocrinio à Pérignysur-Loire, point où la route traversait le fleuve, Sitillia aThiel et Aquis Bormonis à Bourbon-F Archambault. Cette dernière identification, admise par Valois (1), Walckenaër (2), D’Anville (3), Greppo (4), Desjardins (5), est repoussée par M. Longnon et la Commission de Topographie des Gaules, qui préfèrent la position de Bourbon-Lancy. « La commission, dit Alex. Bertrand, a interprété la Table pour cette portion de la voie tout autrement qu’on l’a fait jusqu’ici. Laissant de côté l’édifice carré au-dessus duquel est écrit Aquis Bormonis, la commission considère Sitillia comme étant la station qui relie sur la Loire, Pocrinio (Digoin) à Decize. La distance xxx (xiiii -f- xvi) est justement la distance qui sépare Digoin de Decize. Sitillia tombe ainsi au Grand-Fleury. Les Aquis Bormonis sont, aux yeux de la commission, les eaux de Bourbon- Lancy, voisines du Grand-Fleury. Le chiffre xxx placé à côté d’Aquis Bormonis indique la somme des deux distances partielles. La commission propose cette solution avec une très grande confiance. On avait placé jusqu’à présent Sitillia à Thiel (Allier) et Aquis Bormonis à Bourbon-l’Archambault; mais sans pouvoir faire accorder les distances avec ces diverses localités et en faisant faire à la voie d’ Autun à Decize le plus singulier détour. »
Nous nous bornerons à rappeler à cet égard ce que nous venons de dire à propos de la station d’Aquis Galidis, et, quelle que soit la bizarrerie du circuit décrit par la route, nous inclinons à placer à Bourbon-l’Archambault la station qui
(T) Notitia Galliarum, etc.
(2) Géoyraphie ancienne... des Gaules.
(3) Notice de l’ancienne Gaule, p. 74.
(4) Op. cit., p. 23.
(3) Géoyraphie de la Gaule, d’après la Table de Peutinyer.
nous occLipe.il me semble difficile de considérer le chiffre xxx placé entre l’édilice thermal et Decetia comme n’étant pas une mesure particulière, mais seulement la somme de deux autres distances, alors que celles-ci figurent déjà sur la carte. Si l’on jette les yeux sur ce document, on remarque que le chiffre xvi est placé nettement à droite de l’édifice, ce qui semble bien exclure son attribution à la distance d’un lieu qui qui aurait été situé à sa gauche.
D’autre part, la solution de la commission ne peut être acceptée que si l’on admet avec elle que la station d’Aqui.s Nisincii, que nous allons étudier, n’est pas Bourbon-Lancy, et nous considérons encore sur ce point que la démonstration est loin d’être faite.
Aquis Nisincii. — Sur la route d’Autun àDecize, nous trouvons une station portant le signe thermal et le nom d 'Aquis Nisincii. Elle est séparée d’Autun par une station intermédiaire, Boxum , situé à viii lieues d’Autun et à xxn lieues du point qui nous occupe. Deux routes tracées sur la carte, mesurant chacune vmi lieues relient Aquis Nisincii à Decize et à un point de la route d’ Aquis Bormonis à Decize, situé probablement au nord de Moulins.
Le nom de notre station ne figure pas sur la route correspondante de l’itinéraire d’Antonin, qui se divise ainsi :
Deccidas (Decize), xxn.
Alisincum} xiv.
Augustodununij xxn.
La lecture du nom de l’établissement qui nous occupe présente quelques variantes, et les avis, au point de vue de son identification, sont partagés entre deux stations modernes : Bourbon-Lancy et Saint-Honoré. D’Anville (1) lisait Aquis Nisineii, et plaçait les eaux en question à Bourbon-Lancy, de même que Walckenaër (2), qui lisait A. Nisincii. Il est bon de remarquer qu’à l’époque à laquelle écrivait d’Anville, les eaux
(1) Notice de l'ancienne Gaule, p. 78.
(2) Géographie ancienne... des Gaules.
de Saint-Honoré étaient totalement inconnues, et que leur notoriété, au point de vue surtout de leur passé, était bien peu de chose lorsque Walckenaër composait sa géographie des Gaules. Greppo (1) en dit quelques mots, mais sans meme, faire allusion à leur identification possible avec les eaux qu’il appelle A. Nisineii et place, lui aussi, à Bourbon-Lancy.
Parmi les archéologues modernes, M. Crosnier (2) adopte Saint-Honoré, qu’il appelle A. Nisinœi ; de même M. Longnon, sous le nom d\4. Nisineii. M. Desjardins (3) adopte cette dernière lecture, mais est partisan de l’attribution du signe thermal à Bourbon-Lancy. La commission de la carte des Gaules, suivie par Collin et Charleuf (4), lit sur la Table Aquis Alisencii, qu’elle place à Saint-Honoré, et elle ajoute : « L’itinéraire d’Antonin remplace Aquis Alisencii par Alisincum, qui se retrouve aisément dans Anisy, près Saint-Honoré. La présence d’une localité voisine des eaux et leur donnant son nom n’est pas d’ailleurs un fait isolé. Plusieurs exemples de ce genre ont déjà été signalés par divers archéologues. »
Tout ce raisonnement repose, on le voit, sur le nom d’Aquæ Alisenciæ qu’aurait porté notre station thermale. Cette lecture est-elle certaine? Je crois qu’il est permis de n’en être pas convaincu et j’avoue que les reproductions de la Table que j’ai pu avoir sous les yeux me font plutôt incliner vers l’ancienne interprétation.
Le calcul des distances de la carte, appliqué aux deux points en litige, semble faire pencher la balance du côté de Bourbon- Lancy. La distance d’Aquis N. à Decetia est, sur la Table, de 14 lieues gauloises, ou 31 kil. 101; sur le terrain, à vol d’oiseau, Saint-Honoré est à 28 kilomètres et Bourbon-Lancy à 32 kilomètres de Decize. D’Aquis N. à Augustodunum, la Table indique 30 lieues gauloises (xxn -f- vm), ou 66 kil. 645; en comptant de la même façon, Saint-Honoré est à 34 kilo-
0) Op. cit., p. 51 et 277.
(2) Bulletin de la Société nivernaise des lettres, sciences et arts, t. I, scanco du 15 décembre 1853.
(3) Géographie de la Gaule, d’après la Table de Peulinger.
(4) Saint-Honoré-les-Bains. Guide médical et pittoresque.
mètres d’Àutun et Bourbon-Lancy à 49 kilomètres. Aucune de ces deux distances ne concorde avec le document ancien, mais 1 écart est cependant infiniment moindre en ce qui concerne Bourbon-Laney. Il n’est peut-être pas inutile de rappeler également que le nom ancien de cette dernière ville était Bourbonnensy ou Bourbon-Nansy, forme qui semble n’etre pas sans quelque rapport avec le nom de la station ancienne. « 11 a été facile, dit Millin, de faire Ncmsi de Nisineii, et de prononcer ensuite Lancij. »
Ajoutons toutefois que 1 ignorance où nous sommes de la situation de la station intermédiaire de Boxum ne donne à ces évaluations qu’une valeur très relative, puisque la route, pour atteindre ce point, faisait peut-être un détour dont rien ne peut nous faire prévoir l’amplitude.
En résumé, la question me semble absolument douteuse. Je ne vois, jusqu’à présent, aucune raison sérieuse de décider entre ces deux villes thermales, qui eurent toutes deux, le fait est certain, une grande importance à l’époque galloromaine, et j’estime qu’il est prudent d’attendre que le hasard heureux de quelque découverte vienne éclaircir nos doutes et trancher le débat en faveur de l’une d’elles.
Aquis Segeste. — La station d’ Aquis Segeste, accompagnée de l’édifice thermal, est placée sur une voie allant de Genabo (Orléans) à Agenticum (Sens), à xxn lieues de Sens, et à la même distance d’une station appelée Fines , éloignée elle-même de xv lieues d’Orléans. La détermination de la position d’Aquæ Segestæ a donné lieu à de nombreuses divergences, motivées par l’incertitude où l’on est relativement à la véritable situation de Fines, et surtout à l’absence complète, dans la région où doivent nécessairement se porter les recherches, d’eaux thermales ou minérales permettant d’en localiser le champ.
Pour Caylus (1), Jollois, Greppo (2), Dupuis (3), A. Segestæ
(1) Recueil d' Antiquités, t. III, p. 413.
(2) Op. cit., p. 71 et suiv.
(3) L’ Aquis Segeste de la carte de Peutinger doit être placé à Montbouy. Mémoire lu au Congrès scientifique d’Orléans, septembre 1851.
devrait être cherché sur les bords du Loin g, à Montbouy, ou plutôt aux lieux tout voisins de Craon et de Chenneviôres. D’Anville (1) avait d’abord adopté cette identification, mais avait ensuite modifié son opinion et adopté la position de Ferrières, où ne se trouvent ni eaux minérales, ni ruines de l’époque romaine, guidé en cela par la distance entre ce point et Sury-aux-Bois, où il croyait devoir placer Fines. Pour Walckenaër (2), A. Segestæ devait être cherché en un point où se trouvent des ruines au nord du village de Sceaux; M. Longnon place ces thermes à Sceaux, ou plutôt à 2 kilomètres E.-N.-E. du village; M. Ragon (3) à 2,400 mètres à l’est de Sceaux, en face d’une ferme appelée la « Maison Rouge », où, dans une vallée arrosée par une source, on aurait signalé, marqués seulement par des dépressions, les traces d’un amphithéâtre de forme elliptique et les vestiges d’un établissement thermal. On a encore cité Dordives, où se trouvent les restes d’un pont sur lequel une voie romaine franchissait le Loing, mais qui ne présente aucune trace d’établissement ayant quelque rapport avec des thermes, et Fontainebleau, que sa position à l’écart de la véritable direction, connue dans son ensemble, de notre voie, comme aussi l’absence de tout vestige antique de quelque importance, doivent mettre absolument hors de la question. M. Desjardins (4) signale ces diverses opinions, sans se prononcer en faveur d’aucune d’elles.
A notre avis, tant que des découvertes nouvelles ne viendront pas infirmer cette conclusion, nous pensons que c’est à Montbouy-Craon que l’on doit placer la cité thermale qui nous occupe. Les ruines qui y ont été découvertes forment bien l’ensemble, en quelque sorte classique, des monuments qui s’élevaient autour des sources en renom. Nous n’y trouvons pas, à vrai dire, d’eaux thermales ou minérales, mais la
(1) Notice de l'ancienne Gaule, p. 78.
(2) Géographie des Gaules, t. III, p. 57.
(3) Noie concernant les stations Fines et Aquœ Seg este sur la voie romaine de Sens à Orléans. Bulletin de la Société des Antiquaires de l'Ouest, 1872.
(4) Géographie de la Gaule, d’après la Table de Peutinger.
situation est la môme pour les autres lieux proposés, la contrée ou il faut certainement chercher notre station étant absolument déshéritée à cet égard. En outre, le caractère particulier de certains objets trouvés dans le voisinage des bains : statuettes en terre blanchâtre de Vénus et de Déesses-Mères, grossières figures en bois, dont quelques-unes représentent des parties du corps humain, évoque l’idée de sources, sinon à vertus médicales bien caractérisées, mais tout au moins placées sous la protection de divinités secourables, dont la renommée était assez grande pour avoir déterminé la formation d’une agglomération considérable, fréquentée par de nombreux fidèles à l’époque jugée la plus propice pour les cures médicales.
L’indication de distance d’Agenticum à Aquæ Segestæ portée sur la Table : 22 lieues gauloises ou 48 kil. 873, cadre assez bien avec la distance de Sens à Craon, calculée à vol d’oiseau, et qui est de 47 kilomètres environ. Il n’en est pas de môme de la distance entre Craon et Orléans, qui figure, sur la Table, pour 37 lieues gauloises (xxn + xv), ou 82 kil. 19, alors que 69 kilomètres seulement, comptés à vol d’oiseau, séparent effectivement ces deux points.
Certains géographes, entre autre Walckenaër, ont proposé des modifications aux distances données par la Table, et môme a substitution, sur certains points, de milles romains aux lieues gauloises. Rien ne me semble autoriser des corrections de ce genre, et il vaut mieux avouer, je pense, que l’ignorance où nous sommes de la situation exacte de la station intermédiaire de Fines laisse incertains le tracé exact de la route ancienne et, par suite, l’appréciation de sa longueur. Montbouy-Craon est, il est vrai, à l’écart de cette grande voie de Sens cà Orléans, par Villegardin, Branles, Dordives, Sceaux et Beaune-la-Rolande, qui a laissé tant de traces sur le sol et qui figure encore sur nos cartes modernes sous le nom de Chemin de César. Mais il est certain, d’autre part, qu'il existait, entre Sens et Montbouy-Craon, une route passant par Courtenay, que certains indices ont permis de prolonger vers
Orléans, par Lorris et Sury, et rien ne permet d’affirmer que j'ie soit la première plutôt que la seconde de ces voies qui ait ? :té figurée par le géographe de la Table.
Indesina. — Ce nom, certainement tronqué, se lit, accom- >agné du chiffre xvr, à la jonction des segments i et n de la fable, à droite de la route de Metz à Reims, à laquelle la dation est reliée par un embranchement partant d’un lieu lommé Noviomagus. D’après Maury, l’examen très attentif de a carte lui aurait permis de reconnaître le sillon d’une autre coie reliant l’édifice à Nasium, en passant par le lieu de Fines.
Tout est obscur dans cette station, dont le nom meme est incertain. Scheyb, qui publia en 1753 un fac-similé de la carte, avait lu Andesina. Cette leçon est suivie par Walckenaër, Beaulieu (T), Dugas de Beaulieu (2) et Courajod (3) qui, après avoir pris communication de l’original à la Bibliothèque de Vienne, en 1876, conclut ainsi : « Ma conviction est qu’il faut lire Andesina. C’est l’opinion des bibliothécaires présents à ma recherche et que j’ai consultés. » Pour M. Di- ,got (4), le nom romain du lieu était Grandesina. Maury (5), après examen de la carte originale, déclare le nom tronqué, « car on découvre les vestiges d’une lettre initiale dont il ne i reste plus que le sommet. Cette lettre, qui est certainement unique, semble être une L, à en juger par l’apex. » La lecture I L indesina est également adoptée par M. Desjardins.
On identifie généralement Indesina avec le lieu actuel de ! Bourhonne-les-Bains. Tel est, du moins, le sentiment de d’An- • ville, qui se bornait à indiquer l’édifice carré sans lui donner
(1) De l'emplacement de la station romaine d’ Andesina. Mémoires de la ' Société des sciences, lettres et arts de Nancy, 1849.
(2) Mémoire sur les antiquités de Bourbonne-les-Bains. Mémoires de la v Société des Antiquaires de France, t. XXV.
(3) Revue archéologique, nouvelle série, 178 année, 31° vol., 1876.
(4) Recherches sur le véritable nom et l’emplacement de la ville que la Table théodosienne appelle Andesina ou Indesina, 1851.
(5) Note sur un nouvel examen de la carte de Peulinger où est figurée la Gaule. Revue archéologique, nouvelle série, 5° année, 9° vol., 1864.
de nom, de Dugas de Beaulieu (4), Pistollet de Saint-Ferjeux (2) el Desjardins.
Cependant Walckenaër a placé notre station à Nancy ou à Essey ; Digot, à Grand, où l’on a trouvé des restes de constructions romaines d’une extrême importance; Beaulieu, à Laneuvevillc-lès-Nancy, où des vestiges gallo-romains ont été découverts dans le voisinage de sources qui jouissaient autrefois du privilège de guérir certaines maladies.
Greppo a commis une confusion assez singulière au sujet de cette station. Après avoir signalé ( op . cit., p. 27) l’édifice thermal, qu’il déclare n’être accompagné d’aucun nom et d’aucune évaluation de distance, il l’identifie avec Bourdonne, sous la dénomination absolument gratuite d’Aquis Borvonis. Il consacre ensuite (p. 121) un très court article à Indesina, qu’il se borne à indiquer comme un nom douteux, et termine ainsi : « Mais je ne saurais omettre de signaler l’édifice thermal figuré à peu près en cet endroit de la carte, c’est-àdire au-dessus de Tullum, et selon toute apparence sur le territoire de Leuci. Il nous révèle des sources médicinales, auxquelles on a donné jusqu’ici peu d’attention, et c’est une singulière fatalité que nous ignorions tout à la fois, et le nom antique du lieu, et ses rapports avec d’autres, qui auraient pu nous aider à en retrouver la position sous un nom moderne. »
La difficulté d’identification de la station d’Indesina provient de l’incertitude où l’on est sur la véritable situation de Noviomagus, de l’impossibilité de rattacher à des points déterminés certaines distances portées sur la carte, et surtout de ce fait que l’édifice est figuré sur la droite de la route de Metz à Langres, alors que toutes les villes d’eaux de quelque importance se trouvent à gauche de cette voie. Aussi, presque
(1) « Cette ville aurait porté le nom de Borvo, Andesina-Borvo, nom commun à trois sources. Le prénom d’Andesina disparut et Bourbonne resta seul. Le dessinateur n’avant pas assez déplacé n’aurait écrit qu’une partie du nom. »
(2) Notice sur les voies romaines, les camps et les mardelles du. département de la Haute-Marne. Mémoires de la Société historique et archéologique de Langres, t. I.
>us les commentateurs sont-ils obligés de déplacer la ignette et de la reporter à l’est de la route tracée sur la able. M. Desjardins (1) a étudié très complètement les divers léments de cette controverse, et conclut en ces termes : « Pour îsumer ce qui précède, nous pensons : 1° que les Thermes • é.signés dans la Table sous le nom deLindesina sont les eaux e Bourbonne; 2° qu’elles ont été placées sur la droite de la oie de Metz à Langues parce que la place a manqué à gauche celui qui a dressé la carte originale, ou à celui qui Ta éformée en la copiant au treizième siècle ou auparavant;
0 que pour trouver, même à droite, un emplacement solfiant, il lui aura fallu effacer le tracé de la route de Tullum Toul) à Nasium (Naix) (voie de Toul à Reims), ce qu’il a fait,
ailleurs, sans supprimer une seule station ; 4° que deux outes conduisaient à Bourbonne, divergeant toutes deux sur
1 route de Metz à Langres : Tune partant de Noviomagus Notre-Dame-des-Piliers), et mesurant xvi lieues, l’autre pariant de Mose, probablement à la source de la Meuse, et mesuant vu lieues, distances exactes. Seulement la Table, qui tonne ces chiffres, les place d’une façon peu intelligible. Est-il tesoin d’ajouter que, malgré le concours de circonstances qui
f -endent cette opinion probable, nous ne l’adoptons que dans 'attente d’une meilleure solution. »
Aqiiis Neri. — Sur la route de Clermont à Lemuno (Poitiers), ■a station d’Aquis Neri, dont le nom n’est pas accompagné de 'édifice thermal, figure entre celles de Gant ilia (Chantelle) à v lieues (32 kil. 1/2) et de Mediolano (Châteaumeillant) à :ii lieues (26 kil. 1/2). Outre l’indication de la Table, ce nom ious est également fourni par une inscription mentionnant - es Vicani Neriomagienses (2) et par une borne milliaire (3), lite le Milliaire d’Allichamp (Cher), qui nous donne les dis-
(1) Géographie de la Gaule , d’après la Table de Peulinger, p. 128 à 134.
(2) Voir p. 186.
(3) Cette borne a été déplacée et se trouve actuellement à l'embranchement du chemin de la Ceîle et de la route de Saint-Amand.