‹ La Gaule thermaleChapitre 19 sur 85 · PUBLICE · texte numérisé non relu

PUBLICE

MOSCHIDIS

POSSESSORES

gati//////

AQVENSES

CVRANTE- C- 1VL MARCELLINO CONIVGE

MATRI Cp PIISSIM / / /

On peut être frappé de la singularité de ces cognomina féminins, empruntés au grec : Moschis est la génisse ; Dorcas, la gazelle; Chelidon, l’hirondelle ; Sigen, la silencieuse. Peut-être celles qui les portaient étaient-elles de vertueuses personnes; Chelidon a un mari; Moschis et Sigen semblent avoir été mère et fille exemplaire,, mais la bizarrerie de leurs noms les rend cependant suspectes à M. Gaidoz, qui trace de ce monde spé-

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cial un amusant tableau (1) : « Les surnoms contenus dans ces inscriptions dénotent une origine grecque ou orientale, ou peut-être plutôt le goût prétentieux d’une classe sociale qui aime le bruit et l’éclat. Ce sont ici moins des surnoms peutêtre que les sobriquets ou les noms de femmes qui voulaient se faire remarquer... Ce n’est certainement pas à d’honnêtes bourgeois gallo-romains que se rapportent nos inscriptions, mais au monde tapageur des villes d’eaux de ce temps-là... Autour d’eux, on voit les gens du pays, les possessores , qui tiraient parti de ce monde à la vie large et facile. N’oublions pas que nous sommes dans une ville où les dix notables Decemprimi Aqueuses parlent, dans une inscription, d’une fondation dont le revenu sera, pour une partie, employé à banqueter : ad epulum emendum cum suo fructu. Aix devait déjà être, au troisième siècle, une ville de bruit, de faste et de plaisir. »

Il semble, d’ailleurs, que la vie devait être gaie dans les stations thermales de l’antiquité, surtout dans celles qui n’étaient pas fréquentées uniquement par des malades ou des infirmes, mais qui servaient aussi de rendez-vous à des personnages bien valides, attirés, comme dans certaines villes d’eaux de nos jours, par l’attrait des plaisirs et des distractions réservés probablement à la saison balnéaire.

Dans la région qui avoisinait la Germanie, pays de grands amateurs de jeux de hasard, florissait l’usage des dés, si nous nous en rapportons, du moins, à la quantité invraisemblable

(1) Trois inscriptions nouvelles d’Aix-les-Bains. Revue archéologique , 3e série, t. IV, juillet-décembre 1884, p. 351 à 355.

Voir aussi Loustau, Découvertes épigraphiques à Aix-les-Bains. Bulletin épigraphique , novembre-décembre 1884.

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de petits instruments de ce genre trouvés dans le sol à Baden, en Suisse, les anciennes A quoi helvelicœ (1). Ces dés, en os, étaient de forme cubique, hexaèdre, marqués sur chaque face de points qui, pour deux faces opposées, donnaient toujours le nombre sept. L’abondance de ces dés était telle sur certains points qu’une prairie en avait pris le nom de Pré des dés, Wür/Jelwisen. Plusieurs savants suisses ont pensé que Baden étant un endroit renommé pour ses eaux minérales, il y avait dans le bourg plusieurs maisons de jeu et des marchands de dés, et que ces objets, fabriqués en grand nombre, furent ensevelis sous les ruines des édifices lors de la destruction de la ville par Cecina. Loys de Bochat (2), cependant, est loin d’être aussi affirmatif, et, après une longue étude de la question, semble attribuer aux dés une origine plus récente et explique leur abondance par d’habiles supercheries destinées à duper les étrangers. S’il en était ainsi, le truquage des antiquités à l’usage des baigneurs naïfs ne daterait donc pas d’aujourd’hui.

A côté des jeux de hasard, si nombreux dans l'antiquité romaine, qui représentaient le baccara et les petits chevaux de nos modernes casinos, le goût si répandu des anciens pour les jeux du cirque et les représentations scéniques se manifestait certainement dans les villes thermales, où les longs moments de repos des baigneurs et l’oisiveté des simples curieux assuraient une clientèle nombreuse à ces divers genres de spectacles. Les sujets représentés sur une oreille de plat ou de patère en bronze, trouvée à Néris (3), nous montrent que les exercices du cirque devaient y être en honneur. On y voit un homme courant avec un cerceau à la main, une femme conduisant un char attelé de deux chevaux

(1) Altmann, De Tesseris Badæ Helvetiorum erutis. Muséum helveticum, part. XXVI.

(2) Mémoires pour servir d’ éclaircissement s sur divers points de l'histoire ancienne de la Suisse. Mémoire XIII : Sur les dés à jouer qui se trouvent en terre dans quelques endroits de la Suisse , t. II, p. 526 à 547.

(3) De Laiüue, Mémoire sur plusieurs antiquités trouvées à Néris. Mémoires de la Société des Antiquaires , t. XLIX, 1389. (Figure, p. 182.)

et une autre femme accroupie jouant avec un cerceau et des

petites balles.

Plusieurs de nos stations anciennes ont conservé des restes importants des édifices consacrés aux jeux et aux représentations théâtrales. Les ruines de l’ancien théâtre de Néris sub-

sistent encore, très reconnaissables, au moins comme disposition générale, dans le parc actuel improprement appelé parc des Arènes. Ce théâtre était adossé à une petite colline qui en formait le fond. L’édifice était surmonté d’une galerie supérieure, dont certains éléments : colonnes unies, avec leurs hases et leur couronnement, ont été retrouvées en place. Le mur extérieur qui entourait la partie haute des gradins, était llanqué de dix tours carrées, placées à égale distance les unes des autres, sans communication avec l’intérieur du théâtre et dont la véritable destination ne semble pas encore nettement déterminée (1). Les fouilles opérées sur l’emplacement des gradins ont mis à découvert la naissance d’arcades qui en supportaient une partie, mais les gradins eux-mêmes, et tout ce qui pouvait être employé comme matériaux de construction, ont depuis longtemps disparu.

A la station d ’Aquœ Scgestœ, que nous plaçons à Montbouy- Craon. se rattachait l’édifice en ruines situé au lieu voisin de Chenevières, désigné dans le pays sous le nom de Fosse-aux- Lions. Cet édifice, de forme elliptique (48m,30 de grand axe sur 31m,80 de petit axe), présente l’aspect d’un amphithéâtre. Il n’était bordé de gradins que sur une partie de son pourtour. Une scène pouvait vraisemblablement être disposée sur le mur faisant face aux gradins et la même construction servait ainsi à un double usage, permettant de l’utiliser tour à tour pour des courses ou des luttes ou pour des représentations d’œuvres théâtrales.

(1) Esmonnot, Néris, Vicus Neriomagus. Recherches sur ses monuments. « Gcs puits carrés n’auraient clone probablement pour destination cpie de recevoir les poids servant à tendre le velarium cpii couvrait le théâtre, ainsi qu’on Ta déjà remarqué dans d’autres fouilles analogues. Cette disposition était ici une conséquence du peu d’élévation du mur extérieur au-dessus du sol formant le sommet de la colline. »

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MH

A Moind, l’ancienne Aquæ Segetœ , que l’on a appelé le Vichy des Ségusiaves, on voit encore les restes du théâtre antique, construit en maçonnerie de petit appareil sans chaînes de briques et flanqué extérieurement de nombreux contreforts. A l’intérieur, le mur présente une série de trous destinés à recevoir les poutres supportant les gradins, qui devaient, ainsi que les aménagements de la scène, être en charpente mobile. Cette disposition était excellente pour un théâtre de ville thermale, fréquentée seulement pendant une certaine période de l’année, après laquelle ces agencements pouvaient être enlevés et mis à l’abri jusqu’à la saison suivante.

A titre plus hypothétique, signalons encore Aix-en-Provence, où Peiresc avait vu les restes d’un amphithéâtre « dans le domaine de M. Joannis, qui faisait partie de l’antique cité »; Luxeuil, où l’on a cru reconnaître les vestiges d’un cirque dans le profil et les contours du terrain, à l’ouest des Bains; Saint-Parize (Nièvre), où la tradition place un amphithéâtre qui aurait été détruit au cours du huitième siècle, et Bourbonl’ Archambault où, suivant Greppo, on aurait découvert les restes d’un amphithéâtre ou d’un théâtre.

Citons, pour en terminer avec les jeux, deux petits monuments qui ne sont pas sans rapport avec eux. A Bourbonne, une stèle avec figure grimaçante en relief, porte l’inscription funéraire d’un comédien :

MAPONVS HISTRIO ROCABA LVS DICISSIT ANNO XXV

A Luxeuil, un tombeau, dit de la danseuse, présente sur sa face principale le personnage défunt, femme drapée avec élégance, dont les deux faces latérales de l’édicule indiquent la profession. Sur le côté gauche, elle est nue, en pied, et exécute une danse avec des crotales; sur le côté droit, elle est vue de dos, également nue, et danse en s’accompagnant avec

quatre petites baguettes, deux de chaque main, qu’elle devait claquer comme des castagnettes (1). Ces deux monuments nous ont vraisemblablement transmis le souvenir d’artistes morts dans des stations thermales, après y avoir peut-être exercé leur profession et charmé les loisirs de leurs contemporains malades ou oisifs.

Le logement de tous ceux qui, à l’époque de la saison, fréquentaient les sources thermales, n’était pas une petite affaire; aussi, à l’époque gallo-romaine comme de nos jours, l’hospitalisation des étrangers entretenait autour des sources une industrie lucrative et florissante. Pour ceux des visiteurs qui n’avaient pas un domicile particulier, ou que n’attendait pas la réception d’un hôte, des hôtelleries d’ordres divers offraient une hospitalité plus ou moins, confortable, vantée par les promesses souvent trompeuses des enseignes. Au moment de la saison, les hôtelleries regorgeaient de monde et il devenait difficile de s’y loger.. Le rhéteur Aristide raconte qu’allant de Smyrne à Pergame, il atteignit, très avant dans la nuit, des sources thermales où tout était plein de bruit et de tumulte. Ne pouvant y trouver un gîte, i{ dut continuer sa route (2).

Nous savons qu’à Edepsus, dans l’ile d’Eubée, où les sources chaudes attiraient, surtout au printemps, un grand nombre de visiteurs, on avait pourvu d’une façon, exceptionnelle à leur logement par la construction de bâtiments d’habi-

(1) Desjàrdins, les Monuments des thermes romains de Luxeuil. Bulletin monumental, 46« vol., 1880, p. 220.

(2) Friedeænder. Mœurs romaines du règne d’Auguste à la fin des Antoninis.

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