‹ La Gaule thermaleChapitre 41 sur 85 · A* EST- SAC//// /// S SIMIS NV · texte numérisé non relu

A* EST- SAC//// /// S SIMIS NV

//// SILICA- V//// • /// DEO BO//////

////rvoni- et//// :

Sur un fragment de marbre blanc, qui servit longtemps de seuil de porte à l’église de Bourbon-Lancy :

BORVONI ET DAMONAE T- SEVERIVS MO DESTVS NIB H- N TI

Courtépée (1), l’historien de la Bourgogne, qui écrivait à la fin du dix-huitième siècle, et qui avait vu cette inscription plus complète et en meilleur état de conservation, en avait proposé une reconstitution, admise par Berger de Xivrey, et reproduite par Greppo (op. cil ., p. 56), sous la forme suivante :

Borvoni et Davionœ T. Severius. Mo destus. omnib honoribus. et. officiis apud. Æduos. functus v. s. I. m

Cette restitution peut être très plausible, mais, étant donné l’état dans lequel le marbre nous est parvenu, il convient de ne l’accueillir qu’à titre purement hypothétique.

Aix-en-Diois, — Trouvée au commencement du dix-neuvième siècle, dans le cimetière d’ Aix-en-Diois, à six kilomètres de Die :

BORMAN- ••

ET BORMAN P- SAPRIN EVSEBES- V- S L- M

Cette série de monuments épigraphiques (2) nous permet

(1) Description du duché de Bourgogne, t. IY, p. 380..

(2) On peut ajouter, pour compléter l’ensemble des monuments épigraphiques consacrés au dieu Borvo et à ses parèdres, deux inscriptions provenant de localités où il n’a vraisemblablement jamais existé de sources thermales ou minérales.

La première, sur plaque de cuivre, provient d’Entrains (Nièvre), et est ainsi conçue :

SOURCES THERMALES ET MÉDICINALES 191

d’avoir une idée assez précise du dieu qui semble avoir été la principale divinité thermale des Gaules. D’après la distribution géographique de ces monuments, son culte n’était pas limité à une région déterminée, mais embrassait, au contraire, une aire extrêmement étendue. Le véritable nom semble bien avoir été Borvo, mais il apparaît aussi sous les formes Bormo et Bormanus, qui s’appliquaient évidemment à la même divinité. D’après M. d’Arbois de Jubainville (1) les formes Bormo et Borvo proviendraient de deux racines différentes : « Nous croyons pouvoir considérer comme ligures deux noms de sources divinisées, c’est-à-dire les deux noms du dieu Bormanus ou Bormo, qui présidait aux eaux thermales, et la racine borm. de laquelle dérivent les deux mots Bormanus et Bormo... En gaulois comme en latin, il n’y avait pas de racine borm , en sorte que dans la Gaule du sud-est, au premier siècle de notre ère, le nom du dieu Bormo n’offrait

AVG. SACRI. DEO BORVONI. ET. CANDI DO. AERARI. SVBCV RA. LEONIS EMA R CIANI EX VOTO R AERARI. DONA

Borvo est associé dans ce texte à un dieu Candidus, sur le comp te duquel nous sommes absolument réduits aux conjectures. Je me borne à transcrire l'explication ingénieuse donnée de cette inscription dans un Bulletin de la Société nivernaise, 2e série, t. V, p. 245 : « Des receveurs des deniers publics, dans la nécessité de recourir aux eaux thermales de Bourbonne-les-Bains et en ayant ressenti d'heureux effets, pour témoigner de leur reconnaissance, auront fait exécuter cet ex-voto en faveur de la divinité qui préside à ces eaux, Borvoni. Mais ils ne pouvaient oublier une autre divinité topique, Gandido, à laquelle ils avaient adressé sans doute, antérieurement, leurs supplications, pour être délivrés de leurs souffrances. »

La seconde inscription a été découverte à Saint-Vulbaz (Ain), dont le nom ancien était Saint-Bourbaz, évidemment dérivé du nom de la divinité locale :

BORMANAE AVG SACR CAPRI

A///RATINVS

SABI NIANVS D* S» D»

(1) Les premiers liabitants de l’Europe, t. II, p. 117 et suiv.

aucun sens à l’esprit des populations. Mais il se trouvait en gaulois une racine berv, qui signifiait bouillonner, bouillir. La racine berv avait une forme secondaire : borv. Le populaire gaulois changea bormo en borvo , pour substituer à un mot inintelligible un mot qui voulait dire : le bouillant, le bouillonnant. »

« J’ai monté dans le glossaire gaulois, dit de son côté Roget de Belloguet (1), par lequel j’ai commencé la publication de mon Ethnogénie gauloise , que Bormo ou Borvo est identique à l’armoricain bourbon, bourbounen , ampoule, ébullition, bouillonnement : en gallois, beriv, bouillonnement; bwrlymn, faire glouglou; brwmbwr, murmure; en irlandais, borbhaim , j’enfle; bearbhad, bouillonnement; en erse d’Écosse, borb, enfler,

enflammer ; borbhan , murmure. L’idée de bouillonnement est

donc celle qu’exprimait d’abord cette racine celtique. »

Le texte de l’inscription de Bourbonne : Deo Apollini Borvoni et Damonœ, a suggéré la pensée que notre dieu pourrait n’ôtre autre chose qu’un Apollon gaulois, envisagé uniquement comme dieu guérisseur, protecteur des eaux bienfaisantes. « Si cette lecture est bonne, le dieu Borvo serait une des incarnations d’Apollon dans les Gaules (2). »

Comment doit être lu le texte qui nous occupe? Borvoni est-il un qualificatif d’Apollon, ou bien sommes-nous en présence cl’une dédicace à trois divinités distinctes : Apollon, Borvo et Damona? Je penche tout à fait pour ce dernier avis, en remarquant que, dans toutes les autres inscriptions contenant son nom, Borvo figure sous ce seul nom, et nous apparaît comme un dieu d’origine franchement celtique, qui pouvait présenter des affinités avec un des caractères spéciaux attribués à Apollon, celui de dieu médical, mais qui n'en avait pas moins une existence propre et distincte de celle du grand dieu de l’Olympe gréco-latin.

Remarquons également, pour en terminer avec les rensei-

(1) Lettre au sujet du nom de Bourbon.

(2) Héron de Villefosse, Statue colossale d’Apollon assis trouvée à Entrains. Bevue archéologique , nouvelle série, 7e année, 31e vol., 1876.

gnements que nous fournissent nos textes, que dans les inscriptions de Bourbon-Lancy et de Bourdonne, Borvo figure avec une parèdre, Damona, et, à Aix-en-Diois, avec une divinité de même famille, qui jouait auprès de lui le même rôle, et devait porter le nom de Bormana (1).

Le nom de la grande divinité thermale gauloise, transformé dans le cours des siècles, est resté attaché à plusieurs de nos plus importantes stations : Bourbonne-les-Bains, Bourbonl’ Archambault et Bourbon-Lancy (2), et peut-être la Bourboule, qui semble bien dériver étymologiquement du même vocable celtique, ainsi que Barbotan-en-Armagnac, localité connue par ses eaux et ses boues minérales, dont le nom est une corruption de la forme ancienne et plus légitime : Borbotnn (3).

(1) Sur les inscriptions de Bourbonne et le dieu Borvo, voir Chabouillet, Notice sur des inscriptions et des antiquités provenant de Bourbonne-les-Bains, suivie d’un catalogue spécial des monuments épigraphiques relatifs à Borvo et Damona. Bevue archéologique, nouvelle série, 21e année, 39e volume, 1880, p. 18, 65, 129; et 41e vol., 1881, p. 292.

(2) La relation entre le nom du dieu Borvo et les noms de ces stations est trop évidente pour être sérieusement discutée. Je citerai cependant, à titre de curiosité, ce passage d’un écrivain que cette similitude n’avait pas convaincu et qui, à propos de Bourbon-Lancy, fournissait cette autre explication, au moins étrange : « Je ne crois pas que Bourbon-Lancy soit une autre position qu ’Aquis-Bormonis, puisque cette ville possède une inscription : Bormoni et Damonœ, qui semble s’appliquer au propriétaire de ces thermes ou fondateur et à son épouse plutôt qu’à certaines divinités topiques dont personne n’aurait jamais entendu parler. Si dans deux mille ans d’ici des archéologues faisaient des recherches dans les ruines des thermes de Bourbon-Lancy, ils pourraient trouver une inscription à l’éloge de M. le marquis et de Mme la marquise d’Alègre, bienfaiteurs à notre époque de ces eaux, dont les statues figurent sur une fontaine au milieu de la place devant les thermes. Il pouvait en être de même à l’époque romaine de Bormanus et de Damona. » (X. Garenne, Bibracte, 1867, p. 198.)

(3) Le P. Aubery, auteur d’un poème latin intitulé : Borbotanum in Aremoricis (Borbotan en Armagnac), écrit vers 1640, fait dériver ce nom de la fatale aventure de la Nymphe armagnaçaise Botané, poursuivie par Phébus, et reçue dans les 1 oues par les dieux Borbor : « Enfin, pris de pitié par les rudes fatigues de la Nymphe, le dieu Borbor vient audevant d’elle et la reçoit dans ses bras. Ensevelie dans le gouffro, la chaste vierge exhala son âme parmi les flots imprégnés de bitume. Borbor, le vieillard bien connu dans le pays d'Armagnac, le dieu du marais noirâtre, ensevelit la morte dans une urne fangeuse. Do son nom

Damona, — Le nom de cette divinité, compagne fidèle de Borvo, semble bien en rapport avec son caractère de divinité thermale. Le radical se compose d’une racine celtique tum ou lomm, qui signifie chaud, et la terminaison ona se retrouve dans un grand nombre de noms de sources ou de cours d’eau divinisés : Divona, Acionna, etc.

Aux inscriptions que nous venons de citer, dans lesquelles figure son nom, nous pouvons ajouter celle-ci, tracée au pointillé sur vase de bronze trouvé à Chassenay (Côte-d’Or), dans un puits dont l’eau était peut-être considérée autrefois comme douée de vertus curatives :

Aug(usto) sacr(um) deo Albio etDamonœ Sex. Mart(ius) Cociliani f(ilius) ex issu lin (s. v.) s. I. m.

La même déesse est invoquée seule dans une inscription provenant de Bourbonne-les-Bains, gravée sur une table de bronze conservée actuellement au Cabinet des médailles de la Bibliothèque nationale :

DAMONAE AVG

CLAVDIA- MOSSIA • ET- C- IVL SVPERSTES FIL L- D- EX- D- D- V- S- L- M

Sirona. — Nous avons vu, dans deux inscriptions de Luxeuil et de Nierstein, la déesse Sirona associée à Apollon, et, dans l’inscription de Walsbronn, à Apollon et aux Nymphes. Elle figure seule dans l’inscription suivante trouvée à Wiesbaden, dans un lieu, dit le Corpus (XIII, 7570), où sont des ruines de thermes :

SIRONAE

C' I VLI • RESTITVTVS C- TEMPLI- D- S- P

Un autre monument épigraphique du plus haut intérêt, car il était surmonté de la représentation de la divinité, a été

et du nom de la vierge Botané, nos aïeux, de vieille date, créèrent le nom de Borbotan, que gardent encore et le lieu et le marais. » Traduction de L. Couture, Revue de Gascogne , t. XLI, 1900.

SOURCES THERMALES ET MÉDICINALES

découvert près d'une source appelée la Sainte -Fontaine, ■située près du village de Merlebach, dans l’ancien département de la Moselle :

DEAE DIRONAE MAIOR MA GIATI FILIVS V S L M

La déesse Sirona n’est connue que par les inscriptions ; aucun écrivain de l’antiquité ne mentionne son nom.

« Cette déesse, dit A. Maury(l), est visiblement une divinité des eaux minérales. La forme de son nom rappelle les noms de fontaine et de rivière, et les lieux où les ex-voto ont été découverts confirment ce caractère médical. Les Gallo- : Romains paraissent avoir assimilé Sirona à Diane, et de là ■encore son association à Apollon (2). »

Dulliot pensait aussi que Sirona était une personnification ; particulière des sources.

Ch. Robert, dans l’étude particulière qu’il a consacrée à rcette divinité, conclut du rôle de parèdre joué par elle auprès d’Apollon, qu’on ne doit pas en faire exclusivement une protectrice des eaux bienfaisantes, car Apollon était en Gaule non sseulement le Dieu qui guérit, mais, comme à Rome, une personnification du soleil. Il ne conteste pas que Sirona, comme Apollon, ait présidé aux sources bienfaisantes,, mais ce n’était i à qu’une des faces de son rôle plus général de- puissance Fécondante favorisant les forces de la nature.

En résumé, quelle que soit l’étendue du rôle qu’on veuille [assigner à Sirona, il semble hors de doute que la tutelle des sources médicinales faisait partie de ses attributions et qu’elle îst en droit d’occuper une place au premier rang des divinités de notre Olympe thermal. b -

(1) De l’Apollon Gaulois. Revue archéologique, janvier 1860, p! 58 et •uiv.

(2) Sur treize inscriptions relevées par Ch. Robert dans une étude sur ' Sirona (Revue celtique, t. IV), huit montrent cette déesse associée à apollon.

Lussoius ou Luxovius. — Le nom du dieu topique des sources de Luxeuil, présenté sous deux formes différentes et associé à une divinité féminine, nous a été transmis par deux inscriptions. La première, gravée sur une pierre, a été trouvée en 1779 près de l’établissement thermal :

ssoio

ET BRICTAE DIVIXTI VS CONS TANS V S L M

Le deuxième texte relatif à la divinité protectrice de Luxeuil n’est connu que par un manuscrit du neuvième siècle, provenant de l’abbaye de Saint-Colomban. Il est ainsi rap-

porté :

LVXOVIO ET BRIXIAE C- IVL- FIMAR IVS- V- S- L- M

D’après Desjardins ( op . cit.), la copie doit être infidèle : le copiste a dû mettre Luxovium parce que c’était -le nom de la ville au neuvième siècle, et, d’autre part, le texte devait porter Firmanus , au lieu du mot barbare Firmarius. Le texte pourrait donc être ainsi rétabli :

LVSSOIO ET BRICIAE C- IVL- FIRMA NVS- V- S- L- M

Le nom du dieu figure encore sous une troisième forme dans l’inscription suivante, citée par Greppo (op. ait., p. 126), qui aurait été découverte en 1780 :

D- NICARINO

D- LIXVI

■hi i

D’après le savant abbé, Nicarinus aurait été un autre dieu topique des sources. Le Corpus I. L. (XIII, 1041, Inscnptiones falsæ vel alienœ), n’hésite pas à rejeter ce texte, disparu aujourd’hui et connu seulement par un rapport de Guin, suspecté d’être l’auteur de l’inscription fausse dont nous avons parlé : Titulus aut ftctus est, aut cerle corruptus ; propter orginem suspectant j inter i falsos relegavi.

Bricia. — Deux des inscriptions qui précèdent portent le nom d’une divinité féminine, associée à Lussoius, et partageant avec lui la protection des eaux thermales. Qu’était cette divinité ? Walckenaër (1) fait dériver son nom du mot allemand brücke, pont, et rattache Bricia à Brusche , localité voisine de Luxeuil. Delacroix conclut de la présence à Luxeuil de deux sortes d’eaux parfaitement distinctes, les unes alcalines, les autres ferrugineuses, à l’existence de deux divinités ayant chacune sous sa protection spéciale l’une de ces sources.

L’opinion la plus probable voit dans Bricia la déesse personnifiant le cours d’eau appelé le Breuchin , qui coule à l’est de la ville.

Une autre inscription, qui porte le nom de Bricia seule, fut découverte, le 11 mai 1781, au bord d’une piscine romaine abandonnée, au nord du grand bain actuel. En voici le texte, qui a été l’objet des mêmes suspicions, et semble aussi peu digne de foi, que l’inscription de Labiénus :

DIVA AVXI BRICIA REG CAE AUG COS

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