‹ La Gaule thermaleChapitre 5 sur 85 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

I. Les eaux minérales. — Leur réputation à Rome. — II. Divisions et classifications. — Indications et contre-indications. — Action physiologique. — III. Modes d'emploi. — Boisson. — Bains. — Douches. — Affusions. — Étuves. — Inhalation. — Bains de boue. — Bains de vapeur. — IV. Durée et saisons des cures thermales. — Direction médicale.

Pour expliquer la vogue des stations thermales chez les Romains, Dufresse de Chassaigne dit avec raison que les sciences médicales, privées à cette époque de bases solides et livrées à l’empirisme pur, offraient peu de ressources aux malades, tandis que les Eaux minérales leur présentaient, sous une forme agréable et parfaitement appropriée, des remèdes efficaces contre la plupart de leurs maladies chroniques. Ils se trouvaient donc doublement attirés vers les sources chaudes par leur besoin des bains et par leurs tendances médicales. La confiance dans l’usage des eaux était telle, qu’elle avait donné naissance à ce proverbe rapporté par Cicéron :

Quamdiu ad aquas fuit , nunquam estmorluus.

« Tant qu’on va aux Eaux on n’est pas mort (1). »

La science médicale, là comme dans la plupart des cas, procédait de l’empirisme. La médecine populaire avait précédé et entraîné la médecine scientifique, mêlant la légende

(1) Cicéron, De Oratore, liv. II, chap. xxvii.

symbolique aux origines des pratiques balnéaires et divinisant les sources. Diodore de Sicile dit que, pour complaire à Minerve, les Nymphes firent jaillir la source chaude d’Iliméra (Termini), en Sicile, en présence d’Ilercule. Nous retrouvons cette légende en Grèce. Suivant une tradition basée sur un fragment de Pisandre, Minerve fit jaillir la source chaude des Thermopyles pour délasser Hercule de ses fatigues.

L’emploi des Eaux minérales est peut-être resté longtemps dans le domaine des petits empiriques médicaux. On est tenté de le croire en voyant le silence que garde Hippocrate à leur égard, ainsi que Pline le constate avec étonnement. On ne trouve, en effet, à peu près rien sur leur emploi dans les écrits du Père de la médecine. Il dit que le bain salé échauffe et sèche, étant naturellement chaud et qu’il attire l'humidité hors du corps (1). Il cite aussi l’observation d’un homme atteint d’une affection cutanée qui se rendit d’Athènes à Mélos pour prendre les bains chauds; il guérit de son affection mais mourut d’hyclropisie (2). Dans son livre de l’Air et des Eaux, il discute surtout les qualités de l’eau simple ; c’est ce qu’ont fait aussi beaucoup d’auteurs de l’antiquité, du moyen âge et de la Renaissance comme Baccio (3) et Laurent Joubert (4), qui, tout en s’occupant des Eaux minérales, ont surtout disserté sur les qualités, les défauts et l’usage de l’eau ordinaire.

Les Romains, qui avaient à leurs portes de très belles sources minérales chaudes, en firent usage de très bonne heure. Les Eaux cl’Albula. Albunea fons sub Tybur, illustres par l’oracle du Faune et de la Sybille, étaient très vénérées des rois de Rome.

At rex sollicitus monstris oracula Fauni Fatidici genitoris adit, lucosque sub alla Consulit albunea, nemorumque maxima sacro,

Fonte sonat, sævamque exhalai opaca mephilim (5).

(1) Du Régime, II, 57.

(2) Les Eaux de Mélos étaient chaudes mais non minérales, d’après Pline.

(3) Baccio, De Thermis. Vcnetiis, 1571.

(4) Laurent Joubert, De balneis antiquorum tamGrœcorum quarn Romanorum libellas. Lugduni, 1582.

(5) Virgile, Ënéide, VII.

Elles ont été sans cloute les premiers bains des Romains.

Galien, Cœlius Aurelianus, Scribonius Largus, Aëtius,

Vitruve les considéraient comme alumineuses, d’autres au teurs

comme sulfureuses.

Itur ad Herculi gelidas qua Tybur arces Canaque tulphureis albula fumai aquis (1).

A mesure cpie la puissance romaine s’agrandit, elle mit en valeur les sources thermales de l’Italie et des Colonies. Raies fut pendant l’empire la grande station de cure et de plaisir, et de ce fait avait même une assez mauvaise réputation, ce qui faisait dire à Sénèque : « Il (le sage) n’ira pas à Raies parce cpie c’est la retraite du vice (2). » Horace, aimable épicurien, n’avait pas cette austérité et vantait surtout les plaisirs qu’on y goûtait.

Nullus in orbe sinus Baiis prœlucet amœnis Si dixit dires (3).

L’abus des plaisirs y était contagieux et le mauvais exemple (nous voulons croire que l’usage des Eaux n’y était pour rien), arrivait à corrompre les femmes les plus honnêtes, si l’on en croit Martial. 11 cite l’exemple de la chaste Levina, à la conduite austère, qui, après avoir pris les Eaux de Lucrin et de l’ Avertie, après surtout une saison à Raies, abandonna son mari.

Et dum Baianis sœpe fovetur aquis Incidit in flammas juvenemque secuta, reliclo Conjuge, Pénélope venit, abit Helene.

Et, plus loin, reprochant à un certain Oppianus de ne pas fréquenter les thermes, il dit : « Jamais Eaux ne te charmeront davantage : ni les Sources d’Apone, défendues aux jeunes filles, ni celles de la molle Sinuesse, ni les flots bouillants du Passer, ni ceux d’Anxur la Superbe, ni les bains d’Apollon, ni ceux de Raies la première de nos Eaux thermales (4). »

(1) Martial.

(2) Sénèque, Épllre LI.

(3) Horace, Èpltre I.

(4) Dui’ouv, Médecine et moeurs de l'ancienne Borne.

LU

A partir de cette époque, les citations des Eaux minérales sont fréquentes chez les auteurs, poètes, prosateurs ou médecins; mais on ne trouve que des indications fragmentées, et l'on chercherait en vain, même dans les traités de médecine, une étude complète.

Pline (1) parle longuement des Eaux et, s’il se fait souvent l'écho de superstitions et de traditions étranges, il nous donne aussi des renseignements très précieux sur les sources, leurs indications et leurs modes d’emploi. Il nous décrit les Eaux froides ou chaudes comme à Tarbelles (Dax), à Statyelles en Ligurie, à Aix, dans la Narbonnaise; il s’extasie sur les sources qui font éclore des villes, comme à Putéoles (Pouzzoles) et surtout sur celles de Baïes, où elles sont si chaudes qu’elles forcent l’eau à bouillir dans les baignoires. A Baïes Posidiennes, ainsi nommées du nom d’un affranchi d’Auguste, elles font cuire les aliments. « Suivant leurs espèces, dit-il, elles sont bonnes aux nerfs, aux pieds, aux hanches, aux luxations, aux fractures, elles guérissent les plaies, elles sont bonnes en particulier pour la tête et les oreilles. »

Il ajoute que toutes les Eaux chaudes ne sont pas médicinales, ainsi celles de Ségeste en Sicile, de Larissa, de la Troade, de Magnésie, de Paros, de Lipari. On a pensé à tort, ajoute-t-il, que lorsqu’elles sont médicinales, elles altèrent la couleur de l’airain et de l’argent, car les Eaux de Padoue n’ont pas de ces effets; on ne sent même aucune odeur qui les distingue de l’eau commune.

Sénèque partage l’enthousiasme de son temps pour les eaux. « Il en est, dit-il, qui sont bonnes pour les ophtalmies et pour les maux de nerfs, qui guérissent parfaitement les maladies chroniques déclarées incurables par les médecins, qui font disparaître les ulcères, etc. »

Les anciens ont employé les eaux sans chercher beaucoup à se rendre compte de leur mode de production. A itruve dit que lorsque l’alun et le soufre brûlent dans la terre, la vapeur

(1) Pline, Histoire naturelle , XXXI.

qui s’échappe chauffe l’eau naturelle qui, cuite, s’empare des éléments naturels. Pour Sénèque, et selon Empédocle, l’eau s’échauffe en passant sur un sol rempli de feux souterrains et en prend les propriétés.

Les connaissances chimiques étaient à peu près milles et les procédés d’analyse rudimentaires, comme nous pouvons en juger par le passage de Pline cité plus haut. Ailleurs, ce même auteur dit que l’eau de Tongres se trouble et rougit par le feu et qu’on ne peut juger de la légèreté des eaux par les pesées ; on les juge mieux en examinant celle qui s’échauffe et se refroidit le plus vite. Les médecins avaient néanmoins adopté une classification que chacun modifiait un peu. Certains, comme Hérodote, estimaient que les eaux n’étaient pas susceptibles d’une classification; ils se contentaient de les diviser en chaudes et froides. Ces dernières convenaient dans les fluxions, les maladies de la vessie, les maux de tête, les ulcères malins. Il y avait cependant une classification généralement admise; nous donnons ici celle d’Antyllus (1).

Les eaux étaient classées d’après la prédominance de leurs éléments constitutifs en :

Alcalines ou nitreuses ;

Salines ;

Alumineuses ;

Sulfureuses;

Bitumineuses;

Vitrioliques;

Ferrugineuses.

Les bitumineuses et les vitrioliques étaient de beaucoup les plus rares.

(1) Antïllus, dans Oribase, liv. X, 3.

Les indications et contre-indications sont posées assez vaguement et il est assez difficile de se reconnaître dans le fouillis des écrits qui vantaient les bons effets d’une station dans la plupart des maladies, et, si les uns prétendaient (pie pour connaître Faction d’une eau il suffisait de connaître sa composition, les autres, comme Hérodote, ne voulaient s’en rapporter qu’à l’expérience.

Aujourd’hui encore nous ne sommes pas absolument sortis de ces discussions et, si nous devons de plus en plus chercher à nous éclairer par les procédés scientifiques, nous sommes encore surtout guidés par l’expérience clinique. Comme Hérodote, Galien disait avec sagesse qu’on ne pouvait s’en rapporter qu’à l’expérience pour juger les sources chaudes (1). Il déconseillait leur emploi dans les maladies aiguës. Pour Antyllus aussi les eaux ne convenaient qu’aux maladies chroniques, surtout quand elles étaient froides et d’une humidité très prononcée. Voici, d’après cet auteur, quelques indications de ces eaux :

Fluxions de la tête et de la poitrine. Excès d’humidité de l’orifice de l’es-

Eaux alcalines

tomac.

Hydropisies et tumeurs consécutives.

Pituites.

Crachements de sang.

Tendance aux vomissements.

Eaux alumineuses

Règles irrégulières.

Tendance aux avortements.

Eaux sulfureuses

Elles produisent le ramollissement des nerfs, font prédominer la chaleur dans la composition élémentaire et calment les douleurs. Elles affaiblissent et retournent l’orifice de l’estomac.

Eaux bitumineuses

Elles causent de la plénitude dans la tête, échauffent et nuisent aux organes des sens. Leur usage pi'Olongé ramollit surtout la matrice, l’estomac et le colon.

Eaux vitrioliques

Affections de la bouche, des amygdales, de la luette et des yeux.

(1) Galien, De Sanitale tu enilà.

I Affections de l’orifice de l’estomac.

Ëaux ferrugineuses , Muladics (lc Ia ratc.

Les eaux mixtes agissent suivant la prédominance de leurs

éléments constitutifs.

Nous pouvons comparer ces indications à celles que pose Archigène :

Eaux alumineuses

I Vomissement habituel, j Hémoptysie.

/ Flux menstruel immodéré.

j Hémorroïdes.

[ Avortement fréquent

Eaux cuivreuses (vitrioliques) . . .

Maladies de la bouche.

Maladies des yeux.

Eaux ferrugineuses

Eaux nitreuses ou salées

Eaux sulfureuses

Eaux bitumineuses

j Maladies de la rate.

Maladies de l’estomac.

Constitutions froides et humides.

Goutte, arthrites.

< Paralysie.

I Néphralgie.

I Squirrcs.

[ Elles activent la consolidation des V fractures.

/ Cachexies. Leucophle'gmasie.

i Fluxions de la tête.

J — de la poitrine, j Relâchement et humidité de l’es- [ tomac.

f Maladies de la peau, j Elles ramollissent les nerfs, calment j les douleurs du ténesme, elles dérangent l’estomac.

j Elles sont contraires aux organes des / sens.

Les indications que donne Aëtius (1) sont à peu près les mêmes. Les eaux minérales sont indiquées aux tempéraments froids et humides. Elles conviennent dans les affections articulaires, la goutte, la néphralgie, l’oppression, les fractures, les ulcères mous, les inflammations anciennes indurées.

Pour les sulfureuses , il ajoute aux indications vagues d’Antyllus : elles purgent la peau, conviennent au vitiligo, à la lèpre blanche et noire, aux vieux ulcères, aux fluxions articu-

(1) Aetius, Tetrabil. Sermone secundo, cliap. cxvm.

laires, à l'induration de la rate, aux affections utérines. Mais on doit s’en abstenir, de même que des alumineuses, dans les cas de tumeurs indurées.

Aux bitumineuses il rattache les affections de la bouche, des amygdales et des yeux pour lesquelles Antyllus recommande les eaux vitrioliques.

Paul d’Egine (1) donne des indications à peu près identiques.

Galien déconseille les eaux minérales aux gens disposés aux congestions de la tête (2).

Les bains de mer et minéraux ne conviennent pas à l’érysipèle (3). De même les bains de mer, les bains sulfureux et bitumineux, à cause de leur effet desséchant, ne conviennent pas aux organes de la respiration (4) ni aux organes de la voix. Ils dessèchent trop, quia valde resicçant. Dans ces mala] dies, Galien conseille les bains d’eau douce et une nourriture légère et relâchante. Il dit que les bains sulfureux et alumineux durcissent les artères et rendent le pouls dur (5).

Il considère le bain alumineux comme astringent. A ceux qui ne transpirent pas, qui ont la peau sèche, dit-il, l’eau froide et les bains alumineux sont mauvais, les lavages d’eau douce sont bons. Un malade qui avait pris les bains d’Albula dans ces conditions eut la fièvre (6). Dans un autre passage il dit que la peau se raffermit par l’usage des bains alumineux (7).

En essayant une timide classification par maladies, nous verrons à peu près quelles eaux étaient conseillées en Italie pour chacune d’elles. La littérature médicale est bien pauvre en indications relatives aux sources de la Gaule, mais il est bien probable que, sans doute moins précises, moins spécia-

(1) In de Balneis, liv. I, chap. ni.

(2) Galien, De Sanitate tuendà , t. YI, 9.

(3) Id. , De Simpiicium medicamenlorum, I, chap. iv.

(4) Id., De Compositione medicamentorum, VII, chap. i.

(5) Id., De Prœsagiis expulso, IV, chap. vin.

(6) Id., Methodi medendi , VIII, chap. ii.

(7) Id., De Crisibus, II, chap. xiv.

Usées qu’aujourd’hui, celles-ci étaient néanmoins très rapprochées de celles de nos jours. C’étaient leurs voies digestives, leurs reins et leur goutte que les gros mangeurs et les goutteux du Bas Empire allaient soigner à Vichy, leurs voies respiratoires à Luchon, à Amélie-les-Bains, au Mont-Dore, leurs douleurs rhumatismales, leurs affections cutanées, leurs plaies, à Aix, à Évaux, à Royat, au Mont-Dore, à la Bourboule, à Plombières, à Bourbon-Lancy, etc., leurs nerfs à Néris.

Nous indiquons un certain nombre d’affections chirurgicales, puis médicales, en mettant en regard les stations recommandées dans leurs cas.

A ffections chirurgicales .

Plaies

Ulcères

Ulcères sanieux

Ulcères ne se cicatrisant pas

Arthrites

Maladies des yeux

Affections vésicales

Pierre

Leucogées.

Albula (Galien).

Eaux sulfurées.

— bitumineuses.

— alumineuses (Galien- Aëtius).

Rains de mer (Pline).

Eaux sulfureuses.

— ferrugineuses.

Eaux cuivreuses.

Leucogées (Pline).

Eaux du jardin de Cicéron à Baïes (Aquæ Ciceroniæ in Baïanis) (1).

Albula (Cœl. Aurclianus-Archigène).

Eaux acides, amères, nitreuses (Galien).

Eaux et bains ferrugineux, eau ferrée artificielle (Scribonius Largus).

Eaux de Pile d’Énaria (Pline).

— de Stabies.

Fontaine acidulée du canton de Vcnafrum,

Tongres (Pline) (2).

Parlant de l’action du vinaigre sur les métaux, les pierres

(1) Ntmirum locus ipse sui Ciceronis honori,

Hoc dédit, hac fontes cum palefecit ope :

Ut quoniam toto legilur sine fine per orbem Sint plures oculis, quœ medeantur aquæ.

(Laurea Tullius, .affranchi de Cicéron.)

(2) Cette eau est purgative et guérit les fièvres tierces et les affections calculeuses. Pline, toc. cil., liv. XXXI, VIII, 2.

et les perles, Vitruve dit : « Ce qui fait aisément juger que de même que les acides agissent sur ces choses, ils pourront aussi produire un bon effet pour la guérison de ceux qui sont malades de la pierre (4). »

Affections médicales.

Arthritisme

Goutte

Laryngites (4)

Affections de la poitrine

Asthme

Affections de l’estomac. .

Affections utérines

Spermatorrhée

[ Albula-Cutilies (Aëtius- Suranus I d’Éphèse) (2).

( Eaux sulfureuses (Arcliigône).

i B aïe s (3).

I Eaux chaudes.

(Eaux sulfureuses.

— alumineuses.

Aix-en-Provence.

| Eaux de Tabia (5) (Galien).

{ Cure marine (Pline).

( Albula (Paul d’Éginc).

| Aix-en-Provence.

( Albula.

\ Cutilies (sont bonnes pour l’estomac, (. les nerfs et le corps entier) (Pline).

ISinuessa (contre la stérilité) (Pline).

Albula contre les fausses couches).

(Paul d’Égine).

Abyssus.

j Albula.

Ascite

Hydropisies

Rhumatisme sciatique (6)

Cachexies. Leucophlegmasies

Étuves naturelles de Baïes (Celse).

Eaux sulfureuses, nitreuses, salces et bitumineuses (s’abstenir d’eau douce en bains et en boissons) (Galien).

Albula.

Baies.

Eaux nitreuses (Galien).

(1) Vitruve, op. cit.

(2) Enfin on aura recours aux eaux minérales naturelles chaudes ou froides, par exemple aux eaux italiennes d’ Albula ou de Cutilies. (Suranus d’Éphèse.)

(3) Horace allait à Baies pour la goutte.

(4) A Zamaune source rend la voix plus belle. (Pline.)

(5) Torre del Greco.

(6) Toutes les eaux chaudes ont dû être employées pour les rhumatismes, aussi bien en Gaule qu’en Italie.

Fièvres

Palpitations

Eléphanliasis .

( T o agrès (Pline).

\ Eau de mer (Pline).

( Eaux nitreuses, sulfureuses, bitu- | mineuses (Galien (1).

I Bains sulfureux (Arétéc-Aëtius).

Bains de mer (Pline-Aëtius).

Eaux alumieuses chaudes. Albula (Aëtius).

Gomme noies l’avons dit, les Romains employaient les eaux sous toutes les formes. Très versés dans la pratique thermale empirique, ils n’avaient garde de négliger un des facteurs de guérison que leur avait fourni la nature et que leur avait indiqué la tradition. Nous examinerons successivement les quatre modes principaux des cures hydrominérales : boisson , bain, douche , étuve.

Boisson. — Quelle que soit la prépondérance qu’ait eu le bain dans les cures minérales et l’importance qu’on lui attribue dans les écrits, il n’en est pas moins prouvé que l’eau en boisson a été très en usage. Certains auteurs, entre autres le docteur Bonnejoy (2), prétextant la très grande rareté et la brièveté des textes sur la boisson, en tirent la conclusion que cette pratique devait être très négligée. Cet auteur ajoute qu’il n’y a pas de monument iconographique sur la boisson. C est là une erreur, mais nous nous hâtons d’ajouter qu’un des documents les plus importants à cet égard était à peu près inconnu au moment où il écrivait.

Si les textes sont assez rares, ils ne laissent, par contre,

(1) Les bains minéraux ôtent les palpitations et évacuent les humeurs. Galien, De tremore pal. corr. et rigo., chap. v.

(2) Comment autrefois on faisait usage des eaux minérales, 1873.

aucun cloute sur l’existence de ce mode d’administration des eaux. Pline relate d’une façon très précise l’usage et les abus de la boisson; scs remarques sont encore de circonstance de nos jours et peuvent s’appliquer à un certain nombre de malades. L’humanité se renouvelle, elle change peu et les qualités ou les défauts des hommes se retrouvent les mêmes à travers les siècles.

« C’est encore une erreur, dit Pline, que de se faire gloire de boire beaucoup d’eau minérale. J’ai vu des gens gonflés à force d’en boire et dont la peau était tellement tendue qu’elle recouvrait leurs bagues parce qu’ils ne pouvaient rendre la quantité cPeau qu’ils avaient avalée. On ne doit pas en boire beaucoup sans prendre en meme temps du sel. »

Plus loin il dit encore : « Tongres a une eau pétillante à goût ferrugineux qui ne se fait sentir qu’après qu’on l’a bue, » et à propos de l’eau de mer : « L’eau de mer elle-même était prise en boisson comme purgative dans les fièvres quartes, le ténesme ou les affections articulaires. » Il recommandait de la puiser au large. On la prenait aussi en lavements contre les tranchées et le choléra.

La thérapeutique par l’eau de mer a eu, dans ces derniers temps, un regain de succès par l’emploi du sérum marin en injections hypodermiques. On en a meme récemment préconisé l’usage en boisson, en renouvelant la recommandation de Pline de la puiser au large.

Continuons les citations. Nous lisons dans Antyllus : « Les eaux bitumineuses ou nitreuses telles que celles de Cutilies se prennent en boisson et sont purgatives (1). »

Dans Hérodote : « Quant aux eaux que l’on prend en boisson, qu’elles soient chaudes ou froides, elles ne comportent pas pour leur usage une règle commune et nous en parlerons seulement dans nos chapitres consacrés aux différentes maladies (2). »

(1) Antyllus, dans Ohidase, liv. X, 3.

(2) Hérodote, dans Oiudase. Les chapitres des maladies ont malheureusement été perdus.

Ausone célébrant les vertus de la fontaine Divona, à Bordeaux, s’écrie : Salve... fons medico potabilis haustu.

Dans Sénèque : « Il en est qui prises intérieurement rétablissent le ton des parties, soulagent les affections des poumons et des autres viscères et arrêtent les hémorrhagies (1). »

Dans les ulcères de la vessie, Aëtius conseillait de boire chaque jour de 3 à 6 hémines (2) d’eau d’Albula, de même qu’il conseillait aussi l’usage interne des eaux bitumineuses et des nitreuses (3).

De son côté Archigène, toujours dans les affections vésicales, recommandait l’eau en boisson à la dose énorme de cinq litres par jour. Mais c’était sans doute cinq litres d’eau douce.

Pour Galien, les eaux nitreuses, alumineuses, bitumineuses et sulfureuses peuvent être prises en boisson après décoction.

L’usage de l’eau minérale en boisson nous est encore prouvé d’une manière irréfutable par l’accumulation des vases et débris de vases, coupes, tasses, cruches trouvés dans beaucoup de stations. -A Luxeuil, notamment, on en a mis à jour en si grand nombre qu’ils forment une collection de céramique très variée, dont les échantillons semblent avoir été apportés de tous les coins du monde romain.

A Vichy, dans les captages des sources du Puits Carré, Lucas, de l’Hôpital et de la Grande-Grille, on a découvert de nombreuses coupes en terre, à couverte blanche, presque apodes, ornées extérieurement d’une bande circulaire, de couleur orangée, tracée au pinceau (fig. 3).

Un document iconographique important est constitué par la statuette en bronze du musée du Louvre, connue sous le nom du Buveur de Vichy , représentant un malade tenant en sa main droite une coupe. Cette figure sera étudiée plus longuement au chapitre des ex-voto à caractère médical.

Dans l’établissement du Mont-Dore, parmi les débris anti-

(1) Senèque, Quœst. Nat., liv, III, p. 1.

(2) L’héminc équivalait à un quart de litre.

(3) Aetiüs, Tetrabil., III; Sermone, II, chap. xxx. Voir aussi De Aquis ex Rufo.

tain nombre de fontaines en forme de colonnes, placées

autrefois au-dessus des captages, et qui portent à leurs bases les places de scellement du tuyau par lequel l’eau s’écoulait (fig. 4).

A la fin du dix-huitième siècle, on découvrit dans le val d’Otanez, entre Santander et la mer, un objet d’une valeur inestimable au point de vue qui nous occnpe, connu des savants trente ans seulement après sa découverte, et qui malheureusement a disparu depuis. C'est une coupe, dont nous donnons ici le dessin et la description résumée d’après un article que lui a consacré le Magasin pittoresque (\). Le dessin en avait été pris par l’Acadé-

(1) Magasin pittoresque, Une station thermale clans T antiquité, 1876, p. 46.

Fig. 4. — BORNE-FONTAINE AU MONT-DORE.

ques qni servent de motifs décoratifs, on remarque un ccr-

mie d’histoire de Madrid, qui a ainsi sauvé de l’oubli ce document unique (fig. 5).

Cette coupe, en argent, date très probablement du deuxième siècle de l’ère chrétienne. Elle porte au verso Finscription : l. p. coRNELiANi-m-n indiquant le nom du possesseur, L. Pompeius Cornelianus, et le poids de l'objet, trois livres et deux

Fig. 5. — coupe d’otanez.

Dessin de Piébonrg, daprès le Magasin pittoresque.

scrupules. Elle est dédiée à la Nymphe de la source Umeri, ainsi que le prouve Finscription qui se lit autour du fond : salvs vmeritana. Où se trouvait cette source? On l’ignore; son nom ne se rapporte à aucun endroit connu en Espagne; il se peut, d’ailleurs, que la coupe, rapportée par un malade retour des eaux, ait été trouvée bien loin de son lieu d’origine.

Sur le fond, on voit d’abord la Nymphe appuyée sur son urne d’où sort une eau abondante, recueillie dans un bassin en pierre, où un homme vêtu comme un esclave puise de l’eau

pour en remplir un grand vaisseau. Plus bas, d’autres personnages remplissent, à l’aide d’amphores, une de ces vastes outres qu’on chargeait sur des voitures pour transporter de l’huile ou du vin, comme on en voit sur les fresques de Pompéi. Sur la droite, un esclave offre un gobelet plein d’eau à un vieillard assis dans un fauteuil. On aperçoit aussi un berger sacrifiant sur un autel et un personnage faisant une libation sur un autre autel. Ces deux cérémonies témoignent de la vénération en laquelle était tenue la Nymphe auprès des malades de toutes conditions.

La scène représentant le remplissage de l’outre placée sur le char traîné par des bœufs est d’un très haut intérêt documentaire. Elle est, à notre connaissance, le seul renseignement que nous possédions sur le transport des eaux minérales et leur usage à distance, dont aucun auteur n’a parlé. MM. Mallat et Cornillon (1) pensent que ce transport s’effectuait pour les bains. Il parait difficile d’admettre le transport au loin de l’énorme quantité d’eau nécessaire aux bains, et il était inutile de la transporter dans le voisinage, les malades venant à la source, à moins toutefois qu’ils ne fussent tout à fait impotents. Mais on viserait alors un cas tout à fait spécial, tandis que l’artiste a voulu ici traduire un fait général et habituel. Cette eau avait une réputation en boisson, nous en avons la preuve par la figure qui représente l’esclave donnant à boire à un malade ; il est donc extrêmement probable, et il parait rationnel de penser que l’eau transportée était destinée à la boisson. L’idée de recourir à l'usage de l’eau transportée est naturelle, elle est le corollaire de la boisson sur place pour les eaux qui ne perdent pas leur qualité par le voyage. Nous sommes portés à croire que, pour cette source, le mouvement de transport devait être important, et qu’il en était sans doute de même dans d’autres stations.

A titre de médication adjuvante, ou peut-être adoucissante, pour combattre dans certains cas la poussée que donnaient

(1) Histoire des eaux minérales de Vichy, 1906.

les eaux, on faisait absorber aux malades des tisanes. Un vase à infusions, sans doute destiné à cet usage, d’une forme très ingénieuse, que nos fabricants pourraient prendie comme modèle, a été trouvé dans une des officines de potiers de la cité thermale de Vichy {fig. 6)- Ü a été décrit en ces termes par M. Déchelette (1) : « L’objet se compose en quelque sorte de deux vases soudés l’un à l’autre par la base. Le vase externe est une éeuelle tronconique, aux parois légèrement évasées : le vase interne affecte, au contraire, la forme d’une ampulla globuleuse. Sur la portion inférieure de la panse s étagent

Fig. 6. — VASE A INFUSIONS PROVENANT DE VICHY.

Reconstitué à la manufacture de Sèvres.

Collection de M. Bertrand.

Cliché communiqué par la Société des Antiquaires.

deux rangées horizontales de petits trous, Il suffisait de mettre la substance à infuser dans cette ampoule et d’y verser de l’eau bouillante. Lorsque le liquide était suffisamment chargé, le buveur, sans le transvaser, n’avait qu’à porter l’écuelle à ses lèvres, pour absorber l’infusion jusqu’à la dernière goutte, tandis que le marc se déposait au fond de l’ampoule. »

Sans doute donnait-on aussi des. boissons sudorifiques aux malades prenant des bains ou séjournant dans les étuves, pour activer l’effet cherché. La pratique de couper les eaux en boisson par l’adjonction i d’infusions ou de sirops est encore en usage dans certaines stations thermales.

(1) Bulletin de la Société des Antiquaires , 1904, p. 120 et suiv.

Bains. — C’était assurément le mode de traitement le plus répandu. Les bains se prenaient généralement dans des piscines; dans quelques stations thermales, on trouve également des petites salles séparées et des baignoires.

Les médecins recommandaient certaines précautions pour l’entraînement du malade en vue de la durée des bains. La graduation à observer et la manière d’en faire usage variaient avec les eaux.

« Bien des gens, dit Pline, se piquent d’endurer les eaux thermales plusieurs heures. C’est pernicieux et il n’y faut pas rester plus que dans le bain ordinaire, puis il faut faire une lotion d’eau ordinaire et une friction huileuse.

« On est exposé aux maladies parce que l’ocleur que ces eaux exhalent porte à la tète, la met en sueur, tandis que le reste du corps est immergé, la friction est donc utile. »

Il était recommandé de ne pas trop se baisser dans certains bains, à cause des gaz qu’émettait l’eau.

Antyllus donne à peu près les mêmes conseils : « Il importe, en entrant dans le bain, de ne pas troubler l’eau à cause des gaz qui s’en dégagent (1). »

Aëtius recommande aussi aux malades de n’entrer dans les bains cpie reposés.

Bouches. — Ce mot vient de l’italien cluccia, qui veut dire canal, et n’a été usité qu’à partir du quatorzième siècle. Mais la chose remonte beaucoup plus haut et l’antiquité de la douche semble égaler celle du bain. La première a sans doute été une cascade naturelle, mais les douches artificielles se pratiquaient déjà chez les Grecs (2). Sur un vase peint du musée de Leyde, on voit, dans un édifice en forme de portique surmonté d’un fronton, deux hommes recevant des douches d’eau jaillissant de mufles de panthères; ils se frottent la poitrine, tandis qu’au dehors des jeunes gens se font des frictions huileuses.

(4) Antyllus, De Demediis, liv. I, chap. n.

(2) Dahem isiiUG cl Saglio, Dictionnoive des Antiquités... "N . Bnlneum.

Sur un vase du musée de Berlin, sur un autre de la collection Canino, on voit des femmes dans un bassin, ayant de l’eau à mi-jambes et recevant des jets de douches jaillissant de museaux d’animaux. Leurs vêtements sont suspendus à une barre transversale (fig. 7). Les monnaies de la ville d’Himéra représentaient Hercule recevant une douche sur les épaules, comme le veut l’origine fabuleuse de la source.

On a dit que les Romains ne s’étaient pas servi de la douche parce qu’ils ne possédaient pas de tuyaux ayant la flexibilité

Fig. 7. — DOUCHES.

D’après un vase du musée de Berlin.

Dictionnaire des antiquités grecques et romaines. (Hachette et Cie, éditeurs.)

nécessaire à leur administration. Bien, en effet, ne peut nous faire supposer qu’ils aient employé quelque chose d’analogue à la douche à la lance, telle qu’elle est administrée par nos doucheurs modernes, mais il n’en est pas de même pour la douche descendante, jet d’eau tombant d’une hauteur variable

si l’iconographie romaine nous fournit peu de documents, nous en trouvons, par contre, d’indiscutables dans certaines

installations thermales et dans les textes de différents auteurs.

Quelques phrases de Gelse sont très probantes à cet égard : Capiti nihil œque prodest aique aqua frigida ; atque his cui hoc infirmum est per œtatem id hene largo canal i quotidie dehet aliqumdiu hene subjicere... (1). His qui stomachi resolutione laborant, yerfundi frigida atque in eadem. natare , canalibus ejusdem subjicere etiam stomachum ipsum, et magis etiam a scapulis id quod contra stomachum est... salutare est (2).

Même exactitude j'de description dans Cœlius Aurelianus : Cataclysmus, hoc est aquarum illisio, suppositis partibus patientibus — Aquarum ruinæ quibus partes in passione constitutœ sunt subjiciendœ quas Grœci cataclysmos appel tant : plurimum etenim earum percussiones corporum faciunt mutationern » (3).

Galien parle de faire tomber sur la tête certains liquides en forme de cascades (4). Il dit aussi que se placer sous un filet (.Veau minérale est une pratique dont il ne faut user que pour les eaux favorables à la tête. Il peut être dangereux de s’exposer à des filets d’eau sortant du bitume ou du soufre.

Pline écrit que l’eau de, mer est bonne en douches et nous trouvons dans Horace ces vers caractéristiques :

Qui caput et stomachum supponere fontibus audent Clusinis, Gabiosque petunt et frigida rura (5).

On voit que la douche était fréquemment donnée sur la tête, coutume à laquelle on a à peu près renoncé pour la douche chaude et qui explique le conseil de Galien de ne pas donner de douches sulfureuses aux personnes ayant le sang à la tête, capita calida, parce que ces eaux réchauffent et peuvent exciter la fièvre. Aëtius donne le même conseil et dit qu’il ne faut pas doucher la tête avec les eaux bitumineuses ou sulfureuses (6).

Enfin, on a trouvé dans certaines étuves, comme à Tri-

(1) Gelse, De la Médecine, liv. I, 4.

(2) Id., liv. IV, 5.

(3) Cœlius Auhelianus, Chron., III, 2, et II, 1.

(4) Galien, Methodi medendi, XIII. 22.

(5) Horace, Ëpilre XV, X.

(6) In De balneis (op. cit.), p. 487.

guères (Loiret), des salles dans lesquelles un tuyau de plomb débouchait à une certaine hauteur du mur. On peut admettre que ce tuyau servait à verser de l’eau sur le sol échauffé, soit pour le refroidir, soit pour produire de la vapeur, mais il est naturel de penser aussi qu'il pouvait être utilisé pour les douches.

A Bourbon- Lan cy, les niches voisines des fontaines avaient à leur partie supérieure des conduits saillants dont la destination en vue de cet usage est absolument évidente.

Aux bains de Sanxay, dans le Poitou, on a découvert une vraie salle de douches. « De cette piscine Peau passait dans une nouvelle et dernière salle, la plus petite mais la plus étonnante peut-être, la salle de douches, œuvre, elle aussi, de la seconde époque. L’escalier qui y amenait est en partie conservé. Le sol est absolument intact. Les dalles où se plaçaient les baigneurs sont encore telles qu’il y a quinze cents ans (1). »

A Pioule, dans le Var, on a trouvé près d’un bassin ou piscine, un fragment d’objet en poterie, percé de trous en

Fig. 8. — TUBE EN TERRE CUITE, AYANT PEUT-ÊTRE SERVI DE

SPÉCULUM DE BAIN.

Collection de M. Bertrand.

pomme d’arrosoir, dont l’utilisation pour l’administration de douches en pluie n’aurait rien d’invraisemblable. On peut se demander aussi si le tuyau de terre cuite perforé circulaire-

(1) Berthelé, Quelques noies sur les fouilles du P. De La Croix à Sanxay .

ment, trouvé près de Moulins, dans des ruines de bains, n’a pu être employé également pour une douche en pluie. Sa forme et ses dimensions : environ O m. \ 0 de long sur O m.02 \ /2 de diamètre, le font ressembler singulièrement à un spéculum de bains. N’était la matière employée, on pourrait croire que c’était là la véritable destination de cet instrument (fig. 8).

Le Buveur de Vichy figuré dans la statuette dont nous avons déjà parlé, est coiffé d’un bonnet recouvrant la nuque, serré' autour de la tête par un ruban, qui fait penser aux coiffures imperméables dont on se sert pour les douches. Aussi a-t-on émis l’opinion que l’artiste avait voulu représenter le malade s’apprêtant à aller à la douche. Cette opinion, sans être très prouvée car elle repose sur un détail de costume qui peut prêter à la discussion, paraît cependant assez rationnelle.

Affusions. — L’affusion remplaçait la douche lorsqu’on n’avait aucune installation permettant d’appliquer cette dernière, mais, en outre, elle était d’un usage courant, aussi bien pour le bain d’eau douce que pour le bain minéral, et Pline conseille de faire une affusion d’eau simple après chaque bain minéral. Hérodote, dans les cures thermales, recommandait les affusions et les applications locales. Pour Galien on devait faire une affusion tiède après le bain chaud. Parfois on employait l’eau froide, mais c’était dans les cas de fièvres et seulement à la période d’acmé ou de déclin, jamais dans la période d’augment (1).

Après un nettoyage à l’éponge, on faisait les affusions sur la tête, l’orifice de l’estomac, les hypocliondres, les côtés, l’épine du dos, la vessie, les jambes, selon les cas. Souvent on mélangeait du vinaigre à l’eau.

Étuves. — Très partisans de la sudation, qui entrait pour une grande part dans leur thérapeutique, les Romains ont usé largement des étuves. Leur système de bains simples ayaift l’étuve pour base, ils n’ont eu garde de négliger les ressources

(1) Antyllus, dans Oribasë. Sur les moyens de traitement, liv. I.

que leur offrait la nature avec la chaleur des eaux thermales pour l’installation de leur.s sudatoria.

Les étuves étaient humides ou sèches, selon qu’on y introduisait ou non de la vapeur d’eau; certaines d’entre elles pouvaient à volonté servir à l’un ou à l’autre usage.

Les premières ont été les étuves naturelles, en plein air, dans lesquelles on utilisait les vapeurs sortant de terre dans la région tourmentée de Baies et de Pouzzoles. Autour de cette ville il y avait, au dire de Strabon, « un plateau connu sous le nom de Forum Vulcani, et entouré de toutes parts de collines volcaniques, d’où se dégagent, par de nombreux soupiraux, d’épaisses vapeurs extrêmement fétides; déplus, toute la surface de ce plateau est couverte de soufre en poudre, sublimé appareniment par l’action de ces feux souterrains (1). »

Près de là était Abyssus, dont les eaux, après refroidissement, étaient utilisées comme eaux sulfureuses, surtout contre la stérilité, et dont les vapeurs servaient pour la sudation.

Celse était partisan de la sudation, mais en évitant de la provoquer tant que la digestion n’était pas faite; il dit que les Romains savaient tirer parti des vapeurs qui s’exhalaient des sources chaudes (2). Il parle des étuves naturelles où l’on renferme la vapeur chaude qui s’élève de la terre dans un édifice semblable à celui qu’on trouve au-dessus de Baïes dans un endroit planté de myrtes, quales super Baias in myrtetis habemus, et qu’Horace a aussi célébrées dans ses vers :

Sane Myrteta relinqui Dictaque cessantes nervis elidere morbwm Sulphura.

Vitruve consacre à ces fumerolles le passage suivant : In montïbus Cumanorum et Bajanis sunt loca sudationibus excavata, in quibus fervidus ab imo nascens ignis vehementia perforât eam terram per eamque manando in his locis oritur et ita sudationum egregias facit utilitates (3).

(1) Géographie, traduction Tardieu, t. I, liv. V, chap. tv, 6

(2) Celse, II, 17.

(3) Vitrcve, op . cil., It. 6, 2.

Elles n’étaient, parait-il, pas toutes semblables dans leurs effets; eelles de gauche étaient nocives, celles de droite salutaires. La salle contenait des gradins pour la graduation de la température. On y soignait les affections froides et humides , l’oedème, l’hydropisie, les rhumatismes, l’arthritisme.

Vcipore quoque ipso aliquœ prosunt, dit Pline (1) de son côté et il ajoute :

« Les étuves naturelles ne font pas seulement du bien pâlies vapeurs chaudes et sèches cpii s’en élèvent; en effet, sous ce rapport, les étuves artificielles qu’on a imaginées d’après le modèle des étuves naturelles produiraient le même effet. » En cela il se trouvait en contradiction avec Hérodote, qui préférait les étuves naturelles parce qu’elles étaient en plein air. Pour lui, leur effet physiologique était contraire à celui des eaux minérales, indication assez vague qu’il devait rapporter à des eaux spéciales, sans doute à celles de Baïes. Il les ordonnait dans les maux de tête, vertiges, bourdonnements, dureté de l’ouïe, cataractes, excès d’humidité, fluxions de l’orifice de l’estomac, efflorescences de la peau, jaunisse chronique, embonpoint exagéré, anasarque, ascite.

Après l’étuve, on prenait parfois le bain ordinaire ou on se *

livrait à la natation en mer; souvent on recourait aux affusions chaudes ou froides.

Nous avons dit que, dans les établissements thermaux, l’étuve sèche pouvait quelquefois être transformée en étuve humide. Lorsque la température de l’eau n’était pas assez élevée, on projetait sur le sol du caldarium de l’eau minérale. C’est ainsi qu’à Triguères, on a trouvé dans les murs du sudatonum un tuyau de plomb qui devait servir à cet usage, de même qu’il pouvait aussi, ainsi que nous l’avons dit plus haut, servir d’appareil à douche. Dans un hypocauste, à Marienfels, un conduit de plomb fermé par une soupape devait servir également à verser de l’eau sur le sol échauffé (2).

(1) Pline, op. cit, XIX. 2.

(2) Daremberg et Saglio, Dictionnaire des Antiquités... V. Hypocamis.

Mais partout où la température naturelle de l’eau était suffisante, on ü’en est servi pour établir des étuves humides. Les étuves de ce genre étaient presque toujours installées près de l’émergence des sources les plus chaudes et à l'amont du bassin et des piscines.

Les locaux qui les composaient reposaient sur des bassins d’eau chaude dont ils n’étaient séparés que par un dallage formant le sol. Ce dallage était supporté sur des dés de granit, de grès, de terre cuite, rectangulaires ou cylindriques. On y entretenait à l’état de renouvellement constant une nappe d’eau chaude de trente à soixante centimètres de hauteur, dont le plan supérieur était à vingt-cinq à trente centimètres au-dessous de la face inférieure du dallage formé, soit par des pierres plates jointives, soit par des voûtes déprimées avec chapes de béton faisant sol aux étuves. En somme, c’était un hypocauste dans lequel le feu et les gaz étaient remplacés par l’eau chaude et la vapeur qui s’en exhalait. Cette vapeur léchait la paroi inférieure du dallage, puis s’élevait dans les cheminées de poterie placées verticalement dans les parois latérales et près de la surface intérieure de ces parois. Dans les cas où la chaleur était suffisante, on avait à volonté l’étuve sèche ou l’étuve humide, selon que l’on dégageait la vapeur à l’intérieur ou à l’extérieur des locaux. Dans l’étuve humide, la vapeur se dégageait à l’intérieur, soit par des ouvertures en forme de puits carrés ou circulaires ménagées au dallage, soit par les cheminées des parois, à une hauteur de soixante-dix centimètres ou un mètre au-dessus du sol de la salle. Ces cheminées présentaient une section quadrangulaire de douze à dix-huit centimètres de côté. Elles étaient quelquefois presque jointives, d’autres fois espacées à la distance de quarante centimètres à un mètre.

Il n’est pas douteux que la pensée première qui a conduit les Romains à utiliser les vapeurs chaudes a été de s’en servir pour provoquer la sudation; mais on peut penser, et certaines installations confirment cette idée, que, sous l’influence de la pratique, l’observation, l’expérience empirique les ont amenés

u s en servir comme moyen thérapeutique des voies respiratoires. »

Ils connaissaient l’usage des fumigations sèches et humides. Un passage d’Oribase nous fixe d’une manière certaine sur

la valeur attribuée aux vapeurs médicinales : « Les fumigations ne sont pas utiles à beaucoup de malades, mais à ceux cpii ont une affection de poitrine, et ce traitement n’est même pas bon dans toutes les maladies de cette cavité; en effet, il ne convient ni à ceux qui crachent du sang, ni à ceux qui ont une maladie sèche de la poitrine, mais uniquement aux asthmatiques et dans l’orthopnée, quand les malades sont incommodés par une surabondance de pituite difficile à expulser (\ ) . »

Pline, qui vantait les fumigations sèches de jusquiame contre la toux, disait que les vapeurs d’eau de mer mêlées avec du vinaigre étaient bonnes dans les douleurs de tête et la dureté de l’ouïe et, dans un ordre d’idées qui se rapproche de celui qui nous occupe, Galien demandait que l’air des bains soit échauffé et humidifié. Pour cela il prescrivait qu’on versât de l’eau chaude de manière qu’elle se répandît dans la salle (2). Ailleurs (3), il dit encore que l’air des bains peut être ou plein de brouillard ou 'plein de vapeur.

Certains établissements ont possédé des installations qui ont dû servir aux inhalations ou au humage. Nous trouverons dans une salle d’Amélie-les-Bains deux sortes de tours, de deux mètres de hauteur sur un mètre de diamètre, ayant des ouvertures d’entrée et de sortie à des niveaux différents. Un courant d’eau chaude y circulait et les patients se trouvaient là dans un véritable petit bain de vapeur formant salle d’inhalation. De même, à Luchon, un réservoir fournissait à une salle sous-jacente des vapeurs obtenues par un dispositif des plus simples et des plus remarquables : par le jiassage des eaux à travers une voûte percée de trous nombreux et sou-

(1) Oribase, Coll. Med., VIII, 2.

(2) Galien, Melhodi medendi, X, 10.

(3) Galien, De Temperam., II, 2.

tenue par de petites colonnes en' terre cuite. Il y avait ainsi dans la salle supérieure un dégagement de vapeurs produit par le courant d’eau minérale.

Ces installations corroborent l’idée que les Romains utilisèrent les vapeurs d’eaux minérales dans un but médical, soit sous forme de humage, soit sous forme d’aspiration dans des salles pleines de vapeur, ainsi que cela se pratique dans beaucoup d’établissements thermaux, notamment au Mont- Dore, berceau des aspirations modernes et station où elles sont appliquées le plus fréquemment et installées le plus largement.

Bains de boue. — « La boue même des eaux thermales est d’un usage salutaire, mais il faut, après s’en être frotté, la laisser sécher au soleil (1). »

Les ruines romaines qu’on trouve dans les stations de bains de boue, Barbotan, Dax, prouvent que les Romains avaient usé largement de ce mode de thérapeutique thermale.

Galien, qui avait observé l’application des boues médicinales générales ou locales à Alexandrie, les préconisait dans les vieilles inflammations, les tumeurs molles que les Grecs appellent œdèmes, le flux hémorroïdaire exagéré, les douleurs anciennes. Ces boues étaient utilisées en bains, cataplasmes et frictions sur les parties malades (2).

Aux Aquæ Mattiacæ, aujourd’hui Wiesbaden, on se servait du sédiment des eaux pour pétrir des boules qui jouissaient d’une grande réputation comme remède contre la chute des cheveux (3).

Si mulare paras longœvos, cana, eapillos,

Accipe Mattiacos , quo tibi calva, pilos (4).

(Vieille, si tu veux rajeunir ta chevelure, reçois ces boules de Mattiacum; mais à quoi bon, tu es chauve !)

(1) Pline, lac. cit.

(2) Baccio, De thermis, De illutamento in balneis naturalibus , liv. II, p. 115.

(3) Ch. Bhaun, Monographie des eaux de Wiesbaden, 1859.

(4) Martial, liv. LIV, Epigr., 27.

Bains de vapeur. — Étuves partielles sèches . — Le séjour dans les étuves humides ou sèches ne pouvait avoir qu’une durée limitée et ne devait pas dépasser une certaine température, sous peine de provoquer des accidents sérieux de congestion, surtout dans l’étuve humide. En outre, tous les malades n’en étaient pas justiciables et la pratique avait vite appris aux médecins les contre-indications de cette méthode. Les congestifs, les malades à tempérament dit apoplectique, ceux dont la circulation était défectueuse devaient se dispenser de ces modes de traitement ou n’en user qu’avec beaucoup de discrétion et sous une surveillance active.

Le principal inconvénient étant de congestionner la tête et de faire respirer un air trop chaud, pour y obvier et pour permettre aux rhumatisants, aux podagres, aux œdématiés de bénéficier de l’action bienfaisante de la sudation exagérée par la haute température, on construisit les bains de vapeur ou les étuves sèches en caisse, sortes de boites dans lesquelles le malade était enchâssé en conservant la tête à l’air libre. Le procédé n’a pas varié depuis; le mode de construction diffère un peu, mais la conception est la même.

Cette méthode était ancienne en médecine. Galien en parle en ces termes : « Il est probable qu’Erasistrate n’ignorait pas le réchauffement des hydropiques à l’aide du tonneau, traitement que Chrysippe de Cnide estimait au moins tout autant que les autres anciens médecins. En effet, les malades éprouvent par tout leur corps une évacuation beaucoup plus rapide et plus forte que dans le bain; cependant, ils n’éprouvent pas d’étouffements parce qu’ils respirent un air froid. Si on les prive de cet air, ils meurent tout de suite (1). »

On retrouve la même opinion dans Aëtius. « Arétée dit que ce qu’il y a de mieux, c’est le réchauffement dans le tonneau, de manière que le malade tienne la tête hors du tonneau, afin que tout son corps soit réchauffé, tandis qu’il respire un air froid (2). »

(1) Galien, De Utiiitate respirandi, IV.

(2) Aëtius, Traité du diabète, XI, 1.

Saisons et durée des cures thermales. — Les villes d’eaux de l’Italie ou de la Grèce sur lesquelles nous avons quelques renseignements avaient des étés très chauds; aussi recommandait-on de fuir les chaleurs de la canicule et de faire les cures au printemps ou à l’automne.

Plutarque dit que les sources d’OEdepsus étaient surtout fréquentées au printemps (1). Hérodote en dit autant des bains d’Abano et Tibulle écrit :

Los tenet, Etruscis manat quæ foniis unda Unda sub œstivum non adeunda canem Nunc autem sacris Baïarum maxima lymphis Quutn se purpureo vere remittit humus (2).

Ces eaux de l’Étrurie qu’il fallait se garder de fréquenter pendant la canicule et que le poète préférait à Baïes étaient sans doute celles de Taurum.

Hérodote conseille le printemps ou l’automne pour les saisons aux eaux chaudes ou situées dans les endroits marécageux, l’été pour les eaux froides.

Baccio, dont les écrits sur les eaux reflètent surtout les idées des grands auteurs anciens, dit, dans son ouvrages De Thermis, qu’il faut éviter de faire des saisons pendant les fortes chaleurs de l’été.

Pour la durée des cures, nous sommes fixés par cette phrase d’Hérodote : « Si vous voulez faire une cure de trois semaines... »

Depuis longtemps l’expérience avait indiqué la durée moyenne des cures thermales, qui est encore ce qu’elle était autrefois, sauf quelques variations qui ont, sans doute, toujours existé. A telle station on se contente de quinze jours de

(1) Plutarque, Lympos., IV, 4.

(2) Dupouy, op. cit p. 114.

traitement, tandis qu’à telle autre on demande un mois et paifois plus, niais c est le chiffre fatidique de vingt et un jours qui est le plus généralement accepté.

Direction médicale. — Existait-il auprès des sources médicinales des médecins s’adonnant spécialement à l’exercice de la médecine thermale? Nous sommes à peu près sans renseignements à cet égard.

Deux inscriptions de Bourbonne (1) mentionnent les noms de Sextilia et d’Æmilia, filles de Sextus MED. M. Chabouillet a lu MEDICI et en a conclu que ces textes s’appliquaient aux deux filles du médecin Sextus, dont la présence à Bourbonne pouvait s’expliquer professionnellement. Mais cette lecture ne semble pas généralement admise et la version Mediomatrica, indiquant le pays d’origine des jeunes filles, parait devoir être préférée.

Un des monuments funéraires de Luxeuil peut nous faire supposer l’existence dans cette ville d’une officine de pharmacien. Le personnage qui y est représenté, et dans lequel M. de Longpérier voit l’effigie d’un pharmacopole, tient de la main droite un petit vase et de la gauche une baguette qui rappelle l’agitateur en verre actuellement en usage (2).

En ce qui concerne les médecins d’eaux, nous sommes réduits aux conjectures. Les riches patriciens avaient leur médecin; c’était généralement un esclave ou un affranchi, qtii les accompagnait lorsqu’ils se rendaient dans une station thermale. Pour d’autres, la direction médicale était donnée par le médecin habituel. C’est ainsi que nous voyons Horace renoncer par ordonnance de Musa aux eaux de Baies : « Pour moi, les tièdes eaux de Baïes sont sans vertus, dit Musa, ce qui ne m’empêche pas de me plonger dans l’eau glacée au

(1) Voir p. 189.

(2) Un bas-relief conservé au musée d’Épinal et dont on peut voir un moulage au musée de Saint-Germain, représente une boutique de pharmacien ou de droguiste; une femme triture une préparation dans un mortier, et une autre, assise au milieu, est peut-être une déesse qui préside au travail, une patronne de la pharmacie ou de la médecine.

cœur de l’hiver. Quitter ces bosquets de myrtes, ces eaux renommées dont les vapeurs sulfureuses dissipent les humeurs sédentaires, c’est une indifférence dont le bourg se plaint avec raison (1). »

C’est ainsi que nous voyons aussi Hérodote formuler les précautions que l’on doit prendre pour la cure balnéaire : « Si l’on veut faire une cure de trois semaines, on commencera par des bains d’une demi heure ; on augmentera peu à peu de manière à arriver à deux heures vers le septième jour; on s'en tiendra à cet espace de temps jusqu’à la fin de la seconde semaine, après quoi on diminuera de même et on s’arrêtera au chiffre du début en suivant une marche exactement inverse. »

11 faut subir pour le bain, comme pour les exercices, un entraînement. Au début, si le malade souffre par tout le corps, il faut lui faire prendre un bain entier, sinon baigner localement la partie souffrante, appliquer des fomentations ou des cataplasmes. Si le soulagement ne se produit pas, il faut revenir aux eaux. Les bains locaux peuvent être pris plusieurs fois par jour. Pour les douleurs, on doit se borner à prendre des bains locaux renouvelés plusieurs fois par jour. S’il est possible de tenir dans l’eau les parties souffrantes en mettant les autres à couvert, il n’est pas mauvais de continuer pendant un long espace de temps l’usage des eaux, mais il faut faire le traitement avant le repas. S’il survient du paroxysme, on interrompt pour recommencer dès qu’il se produit du calme. On faisait faire des séances de bains prolongés, puisque un peu plus loin, le même auteur ajoute : « Si les forces abandonnent le malade, on peut lui donner des aliments. »

Malgré ces sages conseils, beaucoup de baigneurs usaient et mésusaient des eaux sans direction. Nous avons cité l’opinion de Pline sur les gens qui buvaient de l’eau outre mesura. Hérodote avertit aussi les malades des dangers qu’ils courent en usant des eaux d’une manière fantaisiste et poussés

(1) Horace, Epître XV, Ad Valam.

par cette idée, éternelle chez eux et qu’on constate encore tous les jours, qu’à l’intensité du traitement correspondra l’intensité de bénéfice : « Puisque, dit-il, beaucoup de gens du monde croient que les eaux minérales chaudes contribuent à conserver la santé et que, pour cette raison, ils en usent sans mesure et sans direction , à leur détriment, bien entendu, ainsi que cela est naturel, il importe de leur faire abandonner cette fausse opinion. »

Mais, outre les médecins particuliers et les médecins habituels qui, eux, ne pouvaient donner que des conseils éloignés, mais non surveiller les incidents de la cure, il est probable

qu'il y avait des médecins spéciaux résidant dans le voisinage des sources, tout au moins pendant la durée de la saison thermale.

L’exercice de la médecine avait pris sous l’empire, surtout après la venue des médecins grecs et sous l’influence de la Grèce, une importance considérable (1). La médecine militaire avait une organisation comprenant les médecins des cohortes et des légions au-dessus desquels était le médiats castrensis, puis des officiers d’administration, optio valetudinarii, et les infirmiers (2). Dès l’époque de Cicéron, il y avait dans les camps des tentes ambulances. Parallèlement il y avait des commencements d’organisation d’assistance médicale civile, notamment pour la maison de l'Empereur (3).

Ces organismes en rapport avec l’état de civilisation de la société romaine nous portent à croire que les malades qui allaient aux eaux ne restaient pas sans soins et que les médecins ne négligeaientpas l’occasion de tirer de la présence delà société nombreuse et choisie qui fréquentait certaines villes d’eaux,

(1) Il y eut même dans l'empire romain des femmes* exerçant la médecine, autres que les accoucheuses, à qui on donnait le nom d ’obstetrices. Le docteur Poncet, dans scs Documents pour servir à l'histoire (le la médecine à Lyon, cite deux inscriptions de cette ville où il est question de medicœ.

(2) J. -Y. Simpson, Des Médecins militaires attachés aux légions romaines. (Traduit par le docteur Buttura.)

(3) Docteur René Bhiau, l’Assistance médicale chez les Romains.

les bénéfices qu’ils étaient en droit d’espérer. Alors que dans les autres rassemblements, fêtes ou marchés, on trouvait des médecins ambulants, circulatores , il serait étrange que les villes d’eaux en eussent été dépourvues.

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