MÉDICINALES
Au musée de Senlis on est frappé du nombre de torses présentant des parties génitales d'aspect pathologique. Beaucoup nous montrent un développement des bourses dû à des hydrocèles, des sarcocèles ou simplement à des hernies. Un certain nombre sont caractéristiques par le mouvement du patient qui relève son vêtement, pour présenter à la divinité les parties malades dont il implore la guérison (fig. 36, 4).
Au même ordre d'idées se rapportent peut-être les phallus isolés trouvés dans les stations thermales, à Bourbon-Lancy, à Aix-les-Bains, à Aix-en-Provence. ASermaise, des phallus sur plaques ont été recueillis dans la source même.
Quelques-uns ont des trous pour laisser passer des chaînettes, ou reposent sur des plaques percées de trous. On peut donc penser que ce sont là des bijoux ou amulettes du genre de ceux qu’on a trouvés dans nombre de ruines romaines. Mais la présence de ces objets dans la source, ainsi que les phallus d’Aix-en-Provence sculptés sur pierre et celui d’Aixles-Bains, en marbre blanc incrusté dans du marbre rouge, trouvé dans les ruines d’une des chambres souterraines des thermes, sont la preuve du culte spécial que leurs vertus particulières avaient fait naître auprès de quelques sources.
Certaines eaux minérales avaient une réputation d’excitant génésique, et, en dehors de quelques affections dont nous avons vu plus haut les manifestations, il est probable qu’un certain nombre de malades allaient demander aux eaux le rétablissement de leur vigueur ou la guérison de leur impuissance. Ainsi on a trouvé des phallus à Sinuessa dont les eaux jouissaient autrefois d’une grande réputation contre la stérilité.
Et c’est sans doute aussi pour invoquer la guérison de la stérilité ou de maladies internes qu’étaient déposés dans les temples les torses féminins qu’on voit à côté des torses d’hommes dont nous avons parlé. Les uns n’offrent à la vue rien de spécial : les autres montrent des parties génitales manifestement malades ; c’est le cas d’un ex-voto en pierre provenant des sources de la Seine, où le gonflement du bas ventre est tel que, n’était la ligne vulvaire, on pourrait croire à la
présence d’une sorte de ceinture hypogastrique (fig. 35, 9).
Les seins fournissent une ample moisson de spécimens, seins en pierre (fig. 36, 5), séparés ou par paires; seins en bronze, {on en voit un bel exemplaire traité avec beaucoup d’art dans une vitrine du musée de Senlis) ; seins sur des feuilles métalliques. Deux de ces feuilles, au musée de Dijon, représentent, l’une un torse de femme avec tête, l’autre un torse seul montrant chacune deux seins porteurs d’élevures mamelonnées qui font penser à une série de petites tumeurs ou à une tumeur mamelonnée (fig. 35, 10; (1). Une autre expose deux seins dont l’un est normal tandis que l’autre porte des traces d’indurations (fig. 35. 11).
Un torse tronqué, de la même provenance, a été regardé
Fig. 37. — FEUILLES DE MÉTAL REPRÉSENTANT DES YEUX PROVENANT DU TEMPLE DES SOURCES DE LA SEINE.
comme celui d’une femme tenant un objet rond, contre son sein droit. En l’examinant de près, nous avons acquis la conviction qu’elle soutenait ou montrait de sa main droite son sein, siège d’une vaste ulcération.
Enfin, les ex-voto sur feuilles de métal recueillis à Essarrois et aux sources de la Seine, dont les temples devaient avoir une réputation spéciale pour les organes de la vue, offrent de nombreuses représentations d’yeux, où sont figurées sur la plu-
(1) M. Mignard (Historique d'un temple dédié à Apollon, près d’ Essarrois) signale, mais sans être très affirmatif à cet égard, deux fragments de verre qui sembleraient offrir des saillies comme des seins.
part des indications de pupilles et de cils. Peu de choses à relever ici pour le médecin.
Sur l’une de ces images, le tracé des yeux est fait par des lignes marquées de place en place par des points en élevures, qui peuvent vouloir représenter des chalazions ( fig . 37).
Sur une autre est gravé le nom de MATTA; on y remarque que la cornée ne porte pas l’indication de l’ouverture de la pupille. Cette omission est-elle volontaire pour indiquer la cécité? Cette indication semble apparaître plus nette encore dans une autre figure, dont les yeux sans vie donnent bien l'impression de la cécité absolue.