CHAPITRE IX
Résumé : I. Procédés de captage des sources thermales et minérales. — II. Distribution des eaux. — Canalisation. — Robinetterie. — III. Aménagements thermaux. — IV. Architecture des établissements balnéaires.
La revue que nous venons de passer des diverses stations où ont été reconnus des vestiges d’installations balnéaires antiques nous a fourni des matériaux à l’aide desquels nous pouvons maintenant nous former une idée d’ensemble sur les procédés employés par les Gallo-Romains pour le captage des eaux thermales ou minérales et leur utilisation en vue des divers besoins de leurs thermes. Ce coup d’œil général jeté sur les travaux de nos anciens ingénieurs hydrologistes, dont on ne saurait trop admirer la science, l’expérience et la fertilité de moyens, fournira la matière de notre dernier chapitre et sera comme la conclusion et le résumé technique de cette déjà bien longue étude.
« Toutes les eaux minérales ne tarderaient pas à subir des modifications profondes de leurs propriétés physiques et chimiques, si on ne prenait le soin de les isoler d’une manière complète des eaux douces avoisinantes. Cette opération, à laquelle on a donné le nom de captage > est indispensable pour maintenir les eaux dans toute leur intégrité (1). » Les ingé-
(1) J. Lefort, Trait1': de chimie hydrologique , 1859.
nieurs romains avaient déjà reconnu cette nécessité, et ils s’étaient préoccupés des moyens d’utiliser aussi complètement que possible le rendement des sources, en assurant, d’autre part, par l’isolement, la pureté de leurs eaux. Nous allons brièvement passer en revue les diverses solutions qu’ils adoptèrent pour parvenir à ce double résultat.
Les procédés de captage employés par les Romains sont un exemple de plus de leur expérience consommée dans le traitement et la conduite des eaux et de leur habileté de constructeurs. Dans plusieurs de nos stations, les captages anciens sont encore utilisés, ou, tout au moins, les travaux profonds ont servi de base à des aménagements modernes. Toutefois les ingénieurs gallo-romains se heurtèrent à deux ordres de difficultés, qui n’en sont plus aujourd’hui, mais que leurs méthodes et leur outillage ne permettaient pas alors de vaincre : la recherche profonde et souterraine des sources, et l’élévation des masses d’eau considérables par des moyens mécaniques. (1).
On remarque, en effet, que les Romains utilisèrent uniquement les eaux qui se manifestaient à la surface du sol et dont les jaillissements ou de simples suintements leur avaient révélé l’existence. Il ne semble pas qu’ils aient eu des connaissances géologiques suffisantes pour aller au devant des sources, en étant uniquement guidés par la constitution du sol. Leurs recherches, également, ne furent jamais poussées très avant, l’instrument indispensable à cet égard, la sonde à tarière, leur étant inconnu.
Rs ne cherchèrent pas non plus à atteindre les nappes d’eau par des galeries souterraines, ainsi qu’il est de pratique constante de nos jours. Le seul point où un travail de ce
(1) Les Romains ont connu la pompe aspirante et foulante. Il existe au musée de Saint-Germain la reconstitution d’un mécanisme de ce genre, exécuté d’après quelques fragments trouvés à Benfeld, dans l’ancien département du Bas-Rhin. Il semble toutefois que ce procédé élévatoire s’appliquait uniquement à de petites quantités d’eau, et je crois que, sauf à Evaux, où Ton a découvert un fragment d’objet quadrangulaire en plomb, qu’on a cru avoir appartenu à un corps de pompe, aucune trouvaille de ce genre n’a été faite près de nos sources thermales.
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genre semble avoir e'té tenté est Aix-les-Bains, où l’on a rencontré une galerie de quelques mètres d’avancement. M. de Launay pense que les ingénieurs gallo-romains ont été arretés là, comme dans leurs exploitations de mines, par les difficultés d’épuisement et de ventilation, qui étaient si considérables pour les anciens mineurs.
Le docteur Humbert Mollière (1) propose de ce fait une autre explication, très ingénieuse, sinon très décisive. D’après lui, les procédés de forage profonds et violents auraient été proscrits à raison des idées religieuses de nos ancêtres. « Ces exemples, dit-il, nous font voir quel respect avaient les Gallo- Romains pour leurs sources thermales; ils nous expliquent aussi pourquoi ils évitaient d’en troubler le mystère par des manœuvres intempestives dans les profondeurs d’un sol où ils imaginaient sans doute que résidaient les divinités. »
En résumé, que ce soit inexpérience, sentiment religieux ou tout autre motif, les sondages et travaux souterrains sont, pour ainsi dire, inconnus autour des sources, dont le captage se fit toujours au moyen de travaux à ciel ouvert.
D’autre part, en l’absence d’appareils élévatoires, les Romains durent se préoccuper des moyens les plus convenables pour utiliser la force ascensionnelle propre de l’eau, et ils installèrent presque toujours leurs établissements à un niveau inférieur à celui des sources, afin que l’eau pût gagner les piscines et les baignoires et se distribuer au gré des besoins, uniquement sous l’influence de la pesanteur. Les exceptions à cette règle sont très rares et l’on n’a trouvé qu’un petit nombre de piscines posées sur des griffons thermaux et alimentées directement par eux. On peut citer des exemples de ce genre à Plombières, à Vichy sur la source Lucas, dans une des piscines du Mont-Dore et probablement à la source dite de la Saigne à Saint-Laurent.
(1) Mémoire sur le mode de captage et l’aménagement des sources thermales de la Gaule romaine, 1893.
Une fois la source reconnue, le procédé de captage le plus simple consista dans le dégagement du griffon par le creusement, au point d’émergence, d’une petite cuvette entourée d’une protection légère destinée à isoler les eaux recueillies. Sic : Goren, avec cloisons de bois; Desaignes, avec parois de roche et de tuiles ; Thonon, avec captage en briques.
Mais la découverte était généralement plus compliquée et se pratiquait au moyen de puits poussés jusqu’à l’émergence du griffon dans la roche en place. Pour les recherches à flanc de coteau, on procédait par des escarpements à front vertical et à plateforme horizontale. Enfin, et cette méthode était principalement employée lorsqu’on voulait capter un ensemble de naissants voisins les uns des autres, on opérait aussi la découverte en creusant autour des sources de larges fosses descendant jusqu’à la roche.
Pour consolider l’émergence et circonscrire nettement les points où ils voulaient capter les eaux, les Romains utilisèrent leur merveilleux béton, sous forme d’entourages de puits ou de massifs plus ou moins épais. Le béton était également employé en larges nappes ou semelles, recouvrant des espaces parfois très étendus, et destinées à empêcher les sources de se diffuser à travers le sol, à aveugler les griffons secondaires et à refouler les eaux vers une ou plusieurs colonnes de moindre charge où s’opérait le captage (1).
Les matériaux les plus divers étaient employés pour la construction des puits. A Maizières, puits avec cheminée de
(1) « Dans certains cas... il faut imposer à l’eau la nécessité de sourdre au point déterminé où on veut la capter, en lui imposant une surcharge sur tous les autres points où elle pourrait être tentée de chercher une issue. Ainsi cpie nous l’avons déjà fait remarquer, dans cette méthode nouvelle, on ne marche pas au-devant de l’eau thermale : on l’appelle à soi par la création d’une colonne de moindre résistance... C’est par une surcharge que nous déterminerons le mouvement des eaux thermales vers le griffon adopté... L’une des solutions, usitée de tous temps, et que les Romains ont parfois appliquée avec beaucoup d ampleur, consistait à adopter une surcharge solide, sous la lorme d une nappe continue de béton. » (De Launay, Cours des mines.) Voir aussi : Alfred Léger, Les Travaux publics , les mines et la métallurgie au temps des Romains, 1875.
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pierre; à Ydes, puits boisé en madriers de chêne; à Bagnèresde-Bigorre, colonnes de captage en briques; à Luchon, captages en béton avec cloisons de bois; à Bagnols-de-Lozère, puits dont trois faces sont le roc et la quatrième une maçonnerie; aux Fumades, puits en maçonnerie supportée par des pieux, dans la partie supérieure, terminée par un tubage en bois; à Vichy, cheminée en pierre; à Menthon, un puits en petit appareil, et un autre creusé dans la roche, avec parties maçonnées et revêtements de marbre; à Sail-les-Bains, puits en béton avec encadrement de, granit à l’orifice; à Royat, puits carré en madriers de sapin.
On voit des exemples de rochers escarpés pour l’établissement des puits sur plate-forme horizontale à Bourbon-Lancy, où les puits sont en ciment et en maçonnerie, quelquefois avec revêtement de marbre; à Evaux, où la plate-forme est revêtue d’une épaisse couche de béton, dans laquelle sont ménagés des puits en maçonnerie et des cheminées en plomb ; à Saint-Honoré, où l’une des sources est captée dans des puits établis dans le béton même et l’autre dans des puits en pierre.
Les exemples de larges fosses remplies de béton sont plus nombreux encore : à Bourbon-1’ Archambault, où trois puits en pierre s’ouvrent dans la nappe étanche; à Saint- Alban, où le béton relie les quatre puits, dont trois sont boisés et le quatrième maçonné ; à Luxeuil, où des cheminées de pierre sont encastrées dans le béton qui descend jusqu’à la couche de grès. A Néris, on a poussé jusqu’au granit la semelle de béton où sont ménagés les sept puits; à Bourbonne, dans la masse de béton, puisard en maçonnerie et cheminées en plomb; à Plombières, la couche de béton est étendue sur le terrain nivelé, avec réserve de cheminées de pierre, et quelques captages séparés sont opérés à l’aide de masses de béton soutenant des radiers alternatifs de pierre et de béton.
Des masses de béton plus ou moins considérables ont été également reconnues à Bagnols-de-Lozère, à Dax, à Royat, à Beauregard-Vendon, à Bains, où l’eau montait dans une
colonne cylindrique en pierre, et à Uriage, où le captage s’opérait au moyen d’une galerie établie directement à l’origine de la source et d’où partaient plusieurs embranchements de distribution.
On trouve aussi sur certains points des barrages destinés à empêcher les eaux thermales de s’épancher dans les terrains environnants : à Vichy, massifs de béton formant barrage; à Plombières, mur de béton barrant la vallée, descendant jusqu’à la roche; à Évaux, barrages en ciment plus fin et plus homogène, noyés dans la semelle de béton.
A Vittel, à Ax, à Uriage, des barrages en pieux, argile et maçonnerie devaient servir à retenir les eaux thermales et à les diriger vers leurs lieux d’emploi. Amélie, et peut-être Rennes-les-Bains, présentent les traces de barrages destinés à élever et distribuer des eaux douces.
Un captage sérieux exige également, comme nous l’avons dit, l’isolement de la source thermale ou minérale par rapport aux eaux étrangères qui pourraient abaisser sa température ou modifier sa composition. Pour empêcher l’afflux des eaux pluviales ou d’infiltration, les Romains employèrent à Maizières, des travaux de drainage autour du puits; à Bourbonl’ Archambault, l’isolement du massif de captage par des revêtements en terre glaise; de même à Luxeuil; à Saint-Honoré, un fossé autour des réservoirs; à Bourbonne, des murs verticaux et des galeries de drainage allant à l’aqueduc ; à Plombières, des galeries de drainage en pierre de taille; à Bourbon- Lancy, une muraille et un canal de pierre entre le rocher et les sources.
Quelquefois le problème était plus ardu, et il s’agissait d’isoler les sources, non pas seulement de filets d’eau d’infiltration, mais de véritables cours d’eau. A Bourbonne et à Luxeuil, des ruisseaux furent ainsi détournés de leur cours; a Saint- Honoré, deux ruisseaux furent contenus au moyen d’une digue; à Plombières, on créa pour l’Eaugronne un lit artificiel au moyen d’un canal de pierre terminé par un déversoir.
Notons, enfin, que les ingénieurs gallo-romains prirent soin,
lorsqu’ils rencontraient dans le meme lieu des eaux de nature différente, d’en empêcher le mélange. On peut observer le fait à Aix-les-Bains, pour les eaux de soufre et d’alun, et surtout à Luxeuil, où les captages et les canalisations assurent l’isolement complet des eaux salines et des eaux ferrugineuses.
A leur sortie des puits et des bassins de recette, les eaux étaient conduites et distribuées au moyen de canalisations, parfois assez compliquées, dont les fouilles présentent de nombreuses traces.
Les masses d’eau d’un certain volume étaient canalisées dans de petits aqueducs, très rarement construits en pierre simplement appareillée, mais le plus souvent revêtus de ciment, tout au moins dans la partie inférieure formant cuvette. On se servait également de canaux en briques superposées, rectangulaires ou curvilignes, ou de plateaux de bois consolidés par des maçonneries. Le plomb fut aussi employé quelquefois pour des conduites d’un volume considérable, à Royat et à Néris, pour exemple. Le gros tuyau de Néris reposait sur des assises de pierre et mesurait 244 millimètres de diamètre.
Pour les canalisations de moindre débit, on avait recours à des tuyaux de bois, de terre cuite ou de plomb. Ces tuyaux venaient se greffer sur les conduites principales, ou prenaient l’eau directement dans les puits ou cheminées, ou dans des pierres de captage disposées probablement au-dessus du griffon même, au point d’émergence. On conserve au Mont-Dore une pierre de ce genre, creusée à l’intérieur et garnie à sa base d’une partie carrée saillante avec rigole, destinée à s’emboîter sur une assise inférieure (fig. 70). Un des côtés présente un trou rond à gorge pour le scellement du tuyau. A la partie
supérieure existait un autre trou du môme genre 11e montrant qu’une échancrure, car une partie de son pourtour devait être fournie par la pierre qui se trouvait au-dessus.
Les tuyaux de bois étaient formés de troncs d’arbres plus ou moins volumineux, évidés dans le sens de leur longueur et placés bout a bout, lorsqu on avait besoin de laire parcourir à l'eau une certaine distance. On en a trouvé à Bourbonne, où ils formaient un système très complet de conduite, à Luchon,
à Abrest, à Luxeuil, à Ax, à Ydes, où le tuyau de bois se combinait avec un tube de plomb, aux Fumades, où le tuyau de bois était terminé par une armature en plomb, présentant en son milieu une ouverture que fermait un bouchon de bois.
Les tuyaux de poterie, auxquels on donnait le nom de tubuli, constituaient un mode de conduite économique et très pratique pour conserver la chaleur des eaux thermales.
D'après Yitruve (liv. YIII, ch. VI) j et Pline (Histoire naturelle, liv. XXXI), ils devaient être épais pour le moins de deux doigts et plus épais par un bout, afin qu’ils pussent s’emboîter l’un dans l’autre. Leurs extrémités étaient jointes avec de la chaux détrempée dans de l’huile. Des conduites de ce genre ont été signalées à Aix-les- Bains, à Saint-Alban, à Niederbronn, à Saint-Galmier.
Quant aux tuyaux de plomb, appelés fistulœ ou tubi, leur usage était à peu près général et il en a été découvert dans presque toutes nos stations thermales. Les Romains ignorant l’art d’étirer le plomb sans soudure, les tuyaux étaient fabri-
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qués avec des feuilles ou tables (1) qu’on cintrait et dont on ramenait les bords, non pas bout à bout ou l’un sur l’autre par recouvrement, mais l’un contre l’autre, ce qui donnait au tuyau une forme non pas ronde, mais piriforme. Quelquefois, le dessus était couronné d’une petite rainure remplie de mastic servant de joint; le plus souvent, on soudait les deux bords ainsi rapprochés en les empâtant de plomb fondu (2). Des canalisations en plomb existaient à Aixles-Bains, Évaux, Plombières, Bourbonne, Bourbon-l’Archambault, Ludion, Luxeuil, Saint-Galmier, Menthon, Saint-Alban, Royat, Bondonneau, le Mont-Dore, Bagnols-de-Lozère, Balaruc, etc. Plusieurs procédés étaient employés pour faire les joints : on engageait les bouts en sifflet, et recouvrant ensuite le joint d’un nœud de soudure; ou bien, après élargissement de l’une des deux extrémités au mandrin, on faisait pénétrer le bout de l’autre tuyau dans cet épanouissement et l’on coulait du plomb entre les deux. A Luxeuil, les rencontres de tuyaux étaient formées de rondelles prises sur le tuyau lui meme et frappées de manière à ne plus avoir que 2 millimètres d’épaisseur à la circonférence; ces rondelles étaient percées de quinze trous qui ont évidemment servi à les lier par un mode d’assemblage qu’il est d’ailleurs difficile de préciser (3). A Bourbonne, certains tuyaux portaient des joints de bronze; à Moind, on en a trouvé un avec des rivets de fer; un dessin de Tardieu (4) représente un tuyau à vis, à plusieurs emboîtements, provenant de Royat.
(1) Vitruve (liv. VIII, chap. vi) indique les proportions que devaient avoir les tuyaux de plomb. Leur poids était proportionnel au nombre de doigts. Les tuyaux étaient appelés de 40, 50 ou 100 doigts suivant la largeur qu’avaient les lames dont ils étaient laits avant d’être courbées.
(2) Belgrand, Les Travaux souterrains de Paris , t. II, lre partie : Les Eaux. Introduction : Les Aqueducs romains. — A. Léger, Les Travaux publics, les mines et la métallurgie au temps des Romains, 1875.
Dans l’analyse de la soudure d’un tuyau de plomb provenant de Plombières, M. Lefort a trouvé deux parties de plomb pour une partie d’étain. Société d’ Émulation de l’Ailier , t. VIII. Séance du 5 juillet 1851.
(3) Mémoires de V Académie imperia le des sciences, belles-lettres et arts de Lyon. Classe des lettres, nouvelle série, t. IX, 1860-1861. Rapport do M. Dupasquier.
(4) Histoire du bourg de Royat.
Les tuyaux ainsi construits devant offrir une assez faible résistance à la pression de l’eau, on les emboîtait fréquemment dans des pierres creusées, de la maçonnerie ou des chapes de ciment. On a signalé a Bourbon-Lancy un fragment de canalisation en plomb entouré de terre cuite. A Saint-
Alban, des tuyaux de plomb étaient, dans leur trajet, appuyés sur de larges briques.
Les organes métalliques destinés à régler l’amenée de l’eau ou son évacuation ont laissé quelques traces, rares d’ailleurs, le métal qui servait à leur fabrication ayant dû tenter la cupidité de tous ceux qui avaient pu avoir accès auprès des thermes après leur destruction.
A Bagnols- de -Lozère, l’ouverture de la source était garnie d’un tuyau de plomb, avec restes d’une soupape de même métal.
Plombières a fourni un très curieux robinet de bronze, avec clef en fer, encore en bon état de fonctionnement lors de sa découverte, en 1857.
Je dois à l’obligeance de M. Philippe, conservateur au musée d’Épinal, les dessins d’une clef de robinet de bronze de O m. 46 de longueur, provenant également de Plombières ( fig . 71), et d’un ajutage de O m. 20 de longueur, probablement de même provenance, simple tuyau de bronze, portant vers son milieu un renflement en forme d’anneau, et, vers l’une de ses extrémités, deux sortes d’ailettes ayant vraisem-
Fig. 71. — CLEF DE ROBINET PROVENANT DE PLOMBIÈRES (MUSÉE D’ÉPINAL).
D’après une aquarelle de M. Philippe.
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blablement servi pour un mode quelconque de fixation. Dans la meme station, les eaux de la grande piscine étaient évacuées au moyen d’une bonde en bronze encastrée dans le dallage.
Les récits des fouilles de Bourbonne ont signalé l’existence d’un bassin de plomb, alimenté par deux robinets donnant, l’un de l’eau froide et l’autre de l’eau chaude. Le rapport de
Fig. 72. — ROBINETS ET SECTIONS DE TUYAUX DE BOURBONNE, CONSERVÉS AU CABINET DES ANTIQUES.
Cliché de M. Gauvain.
Lebrun, en 1808, signalait quatre tubes en plomb, encore munis des restes de leurs robinets de cuivre.
Le Cabinet des Médailles et Antiques, à la Bibliothèque nationale, possède une intéressante série d’objets de robinetterie en bronze provenant de cette dernière station : une clef de robinet; un robinet du genre de nos robinets à boisseau, long de 0 m. 32, empâté dans une masse de plomb provenant du tuyau dont il formait l’extrémité; un autre robinet du môme genre, où subsistent les restes de la clef à demi tournée ; une bonde en bronze, de 0 m. 10 de hauteur, munie d’un couvercle à soupape basculante. Dans cette col-
(iOü
lection figurent aussi quelques raccords de tuyaux en bronze, d une grande épaisseur, dont plusieurs ont été sciés dans leur longueur et permettent de se rendre compte de l’excellence du métal employé par les Gallo-Romains, ainsi que de la perfection de fabrication de leurs ouvrages de canalisation thermale (fig. 72).
Nous savons que le procédé le plus souvent employé dans la pratique thermale était le bain, principalement le bain pris en commun. Aussi la piscine est-elle l’installation classique, en quelque sorte, celle qu’on retrouve dans la presque totalité des anciens établissements thermaux. Les piscines étaient généralement rectangulaires ; on en rencontre aussi un certain nombre de circulaires; celles de forme carrée sont plus rares. Leurs dimensions étaient des plus variables : certaines ne pouvaient contenir que quatre ou cinq personnes; dans d’autres, comme celle de Plombières par exemple, une centaine de baigneurs au moins pouvaient trouver place.
On descendait dans les bassins par des gradins disposés sur tout le pourtour, ou sur quelques points seulement, ou encore placés en pans coupés dans les angles des piscines rectangulaires. Certaines piscines, peu profondes, n’étaient environnées que d’un seul gradin, permettant aux baigneurs allongés dans le fond de reposer leur tête ou de s’appuyer sur le bras pour soutenir hors de l’eau le haut de leur buste.
On trouve le bois employé dans quelques rares piscines : au Mont-Dore, où le bassin de charpente est vraisemblablement antérieur à l’époque gallo-romaine, à Beauregard-Vendon et à Neyrac, où le bois est associé à la pierre.
Les piscines, pour la presque totalité, étaient construites avec ce béton appelé opus signinim, employé pour l’exécution
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des réservoirs et des citernes, et dont la formule nous est donnée par Vitruve (liv. VIII, ch. vi) : mortier composé de sable et de chaux, où Ton mêlera des cailloux cassés; on battra avec des bâtons ferrés par le bout.
Nous trouvons des piscines en ciment de ce genre sans revêtement à Vichy, à Ydes, à Bondonneau, à Saint- Alban. A Menthon, au Mont-Dore, à Bains, à Plombières, elles sont pavées ou revêtues en dalles de pierre. A Saint-Galmier, à Amélie-les-Bains, elles présentent un sol et un revêtement en briques. A Saint-Honoré, à Uriage, à Bagnères-de-Bigorre, à Bourbon-Lancy, le béton était recouvert de dallages et de revêtements en marbre; à Evaux, en marbre et en porphyre. A Aix-les-Bains et à Royat, emploi de briques et de placages de marbre. A Luehon, à Néris, à Bourbon-1’ Archambault, outre les marbres, les pierres du pays sont utilisées pour les dallages et les revêtements. A Bourbonne, une des piscines a des parois en briques avec gradins de pierre ; d’autres ont des parois de briques avec revêtements de marbre. A Luxeuil, les anciens auteurs parlent d’un pavage en albâtre. Aux Fumades, la piscine est composée d’un massif de maçonnerie en moellons, avec enduit d’opus signinum ; le fond est en blocage de pierres brutes, également revêtu du même béton.
Des piscines de divers genres ont été également mises à jour à Saint-Laurent, Ghâteauneuf, La Bourboule, Saint-Parize, Pont-des-Eaux, Bagnols-de-Lozère, Dax, Montbouy, Aix-en- Provence, Niedcrbronn, etc.
Rappelons aussi que deux piscines, à Saint-Galmier et à Uriage, étaient construites sur un hypocauste, qui permettait, à Saint-Galmier, de chauffer l’eau minérale complètement froide, à Uriage, d’élever la température, probablement jugée insuffisante, de l’eau thermale. Peut-être aussi un dispositif du même genre a-t-il existé à Vittel.
A côté des piscines, on rencontre assez fréquemment des baignoires ou fragments de baignoires, ayant servi au bain isolé. Nous allons en citer quelques-unes, mais il en a certainement existé dans bien d’autres stations, où leurs traces
n ont pu se conserver aussi bien que celles des piscines, dont les bases bétonnées étaient pour ainsi dire indestructibles. A Evaux et a Amélie-les-Bains, baignoires dallées et revêtues de marbre ; à Vichy, baignoires en marbre et en pierre ; au Mont-Dore, baignoires, dont une est à parois de briques revêtues de stuc, avec fond en marbre; à Uriage, baignoires en belle pierre polie; à Châteauneuf, baignoires en briques. 11 a encore été signalé des restes de baignoires à Dax et à Pontdes-Eaux (1).
Peut-être, mais cela est plus hypothétique, les cuves en maçonnerie de Saint-Nectaire et les cuves taillées dans Je roc, à Bagnols (Gard), ont-elles également servi au même usage.
L’étuve occupait aussi une place considérable dans l'aménagement de nos anciens thermes, où l’on employait, nous le savons, soit l’étuve sèche à air chaud, soit le bain de vapeur produit par l’introduction dans la pièce des vapeurs de l’eau thermale, ou par des projections d’eau sur le sol échauffé.
Les salles d’étuves étaient chauffées par des fourneaux d’hypocauste ou par une circulation d’eau thermale au-dessous du plancher. Nous voyons le premier procédé employé à Saint-Galmier, à Saint-Honoré, à Niederbronn, àYdes, à Menthon, au Mont-Dore et à Rovat. L’eau thermale servait au chauffage à Aix-les-Bains, k Luchon, à Néris, à Amélie-lès- Bains et à Bourbon-Lancy.
On a retrouvé des traces des deux procédés à Aix-en- Provence, à Plombières et à Bourbonne, où des galeries profondes, établies immédiatement au-dessus du béton du captage, ont dû servir d’étuves à chauffage naturel. De même, à Evaux, les étuves semblent avoir été installées autour d’un des puits où la température était la plus élevée.
L’inhalation pouvait s’opérer dans toutes les étuves où parvenaient les vapeurs d’eau minérale. En outre, nous trouvons dans deux stations des dispositions qui paraissent avoir
(1) On conserve dans la .cathédrale d’Angers une baignoire en porphyre vert, rapportée de Provence par le roi René, et qui, selon toutes les apparences, provient des anciens thermes d’Aquœ Se.xtiæ.
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été spécialement étudiées en vue de ce procédé thérapeutique : à Amélie-les-Bains, les deux tours en béton alimentées par un courant d’eau chaude avec ruissellement, au-dessus desquelles on pouvait faire des inhalations très énergiques, et, àLuchon, la voûte servant à l'écoulement d’eaux très chaudes, et percée de trous pour permettre aux vapeurs de se répandre dans une salle supérieure.
Pour les douches, bornons-nous à rappeler que les thermes de Sanxay présentent un véritable type , d’installation pour l’application de ce procédé hydrothérapique.
Nous avons reconnu cpie l’emploi par les anciens de l’eau minérale en boisson ne saurait faire aucun doute, mais les installations de cette nature exigent trop peu de travaux apparents pour qu’il nous en soit resté des traces bien certaines. Signalons, cependant, les débris de plancher trouvés au-dessus du griffon d’Aulus, qui peuvent avoir appartenu à une antique buvette; à Abrest, le petit baquet de bois de chêne, avec tuyau de décharge en bois, qui devait servir de réceptacle pour puiser de l’eau à boire; à Desaignes, la tablette de pierre scellée dans une des parois du bassin, utilisée peut-être comme support pour les tasses des buveurs ; et enfin, les sortes de bornes-fontaines trouvées au Mont- Dore, dont l’emploi pour la distribution des eaux thermales semble nettement indiqué.
L'évacuation des eaux usagées s’opérait au moyen de canaux et d’aqueducs, dont nous avons eu à noter fréquemment l’existence, notamment à Luxeuil, à Plombières, àBourbon-Lancv, etc.
On trouve quelquefois aussi les traces d’autres aqueducs, employés pour conduire dans les stations thermales qui en étaient dépourvues des eaux douces, destinées, soit à des usages thermaux, soit à la boisson. Rappelons qu’à Néris, notamment, des travaux de ce genre, d’une importance considérable, assuraient à la ville un large approvisionnement d’eau potable.
Los grands établissements thermaux des anciens devaient nécessairement avoir, comme ceux de nos jours, des dépendances assez considérables pour leurs services accessoires, mais l’état de ruine des substructions retrouvées dans le voisinage de certains thermes ne permet pas de se rendre compte de leur destination, non plus que de leurs anciennes dispositions. Nous avons cependant signalé la découverte, à Néris, à peu de distance d’un des bains antiques, d’un édifice renfermant un certain nombre de petites chambres ou cases parallèles, séparées par une sorte de large corridor. Des constructions semblant avoir beaucoup de rapports avec cet édifice ont été retrouvées à Tintignac, dans la Corrèze (1), et à Sanxay (2), où le bâtiment aux cases multiples était situé dans le voisinage immédiat clés bains, avec lesquels il communiquait par un corridor voûté.
La disposition très particulière de ces deux derniers édifices, leur ressemblance avec certaines constructions de Pompéi, dont la destination n’est pas douteuse, ont fait naître l’idée qu’on se trouvait là en présence de lupanars. Il est permis de penser que ces locaux avaient une tout autre destination; qu’ils servaient simplement à l’habitation du personnel des bains, et que ces cellules étaient des chambres à coucher, fort étroites, à la vérité, et ne recevant d’air et de lumière que par la porte, ce qui n’a pas lieu de surprendre lorsqu’on connaît les habitudes romaines à ce point de vue.
L’étude des vestiges de nos anciennes stations ne révèle rien de bien particulier en ce qui concerne l’architecture. Au point de vue du plan, les différents tracés qu’on a pu relever
(1) Forot, Etude sur les ruines gallo-romaines de Tintignac.
(2) Berthelé, Quelques mots sur les fouilles du P. de la Croix, à Sanxay.
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de leurs substructions montrent que, si dans certaines stations comme à Royat, Néris, Badenweiler, etc., les établissements présentent des dispositions où se rencontrent les pièces dont les traités d’architecture nous ont fait connaître la destination et les emplacements respectifs, les architectes s’étaient souvent éloignés des dispositions, que nous considérons comme classiques, des thermes anciens. Rien de plus naturel, d’ailleurs, car la nécessité de construire dans le voisinage immédiat des sources imposait souvent certaines dispositions exigées par la conformation des lieux, et, d’autre part, l’utilisation des eaux dans un but thérapeutique ne se prêtait pas toujours aux mêmes combinaisons de plans que la balnéation de pur agrément.
Les procédés de construction, l’appareil, les matériaux ne diffèrent pas de ceux qu’on employait d’une manière générale à l’époque gallo-romaine. La voûte semble avoir été un mode fréquemment adopté pour la couverture des étuves et des piscines, du moins, pour ces dernières, dans les établissements thermaux d’une certaine importance.
Certaines dispositions particulières paraissent avoir eu pour but d’assurer cl’une façon toute particulière l’étanchéité des piscines et des bassins, ou de protéger sur certains points les revêtements de marbre contre l’action des eaux. Dans le réservoir de Moind, un bourrelet de ciment contournait les murs pour boucher tous les joints du fond ; à Saint-Galmier, une des piscines avait ses angles garnis d’un tore ou colonnette en ciment, pour empêcher l’action de l’eau sur ces points; à Néris des couches de stuc plus ou moins épaisses recouvraient quelques parties des revêtements intérieurs des piscines; à Aix-les-Bains, des revêtements du même genre étaient plaqués d’une espèce de mastic, mélangé de fragments de briques. A cette même station, on a trouvé dans quelques bains particuliers une couche de charbon pilé, placée entre le sol et la maçonnerie, destinée à conserver la chaleur des eaux.
Certaines étuves portent les traces d’une disposition qu’on a
pu étudier dans les ruines d’un balnéaire récemment découvert à Beauvais (1) et qui consiste en un petit solin, chanfrein en ciment existant à la jonction du mur et du pavement, qui devait empêcher la condensation de la vapeur dégagée dans la salle de s’infiltrer dans l’angle des murs.
Quelques-uns de nos anciens thermes étaient d’une extrême simplicité de construction et de décoration, mais ce fut plutôt l’exception, et les débris de sculptures, les restes de mosaïques,
de stucs, de pavements et.de revêtements en marbres ou autres matériaux précieux prouvent, au contraire, que la décoration en était généralement conçue avec un luxe et une recherche dont, jusqu’à une époque très rapprochée de nous, du moins, on n’avait aucune idée dans les édifices de ce genre.
Gomme dans tous les monuments de cette époque, la colonne fut d’un emploi très fréquent dans les constructions thermales, soit pour soutenir à l’intérieur des édifices des charpentes horizontales, soit pour former à l’extérieur des promenoirs ou galeries couvertes. Ces colonnes étaient le plus souvent en pierre; plus rarement en briques. Les ruines des édifices thermaux nous ont fourni un assez grand nombre de chapiteaux, qui sont souvent d’un excellent travail, notamment ceux qui couronnaient, à Néris, la colonnade du premier établissement (fig. 73). Sur quelques points, à Luxeuil, par exemple, il semble qu’on ait eu recours, pour les galeries extérieures, à des constructions plus légères,
(1) Acher et Leblond, Le Balnéaire gallo-romain de Beauvais. Congrès archéologique de France. LXXI10 session, 1905.
ÉTUDE PARTICULIÈRE DES SOURCES S13
comportant des toitures de tuiles supportées par des charpentes en bois.
Certains fragments de fûts de colonnes trouvés dans les ruines thermales sont couverts sur tout ou partie de leur hauteur de feuilles imbriquées. Plusieurs auteurs ont considéré ce genre d’ornement comme spécial aux édifices thermaux ; c’est là une erreur certaine, car des découvertes du même genre ont été faites sur nombre de points totalement dépourvus d’eaux minérales et thermales.
Il n’en est pas de même de certaines colonnes, provenant de Néris et du Mont- Dore, dont le fût est, à la base, décoré de compartiments réguliers, encadrant des têtes casquées, des oiseaux, des boucliers, des petits personnages, etc. (fig. 74). Ce
genre de décoration semble avoir été de
conception très locale, limitée à la région auvergnate, dont Néris est si voisine.
Remarquons, enfin, qu’un certain nombre de réservoirs, bassins ou piscines ne présentent dans leurs environs aucune trace d’édifices en maçonnerie ayant pu servir à Fig. 74. — colonne
leur protection, ou que les trouvailles de matériaux anciens se bornent à ces tuiles plates ou courbes employées par les Romains pour l’établissement de leurs toitures. Il est difficile d’ admettre que tous ces ouvrages aient été autrefois complètement à l’air libre, et je crois plutôt que la conclusion à tirer de ces observations est que la construction en bois, avec couvertures en planches, en tuiles, en toiles ou en chaume, fut d’un usage fréquent autour des sources médicinales.
Quelques motifs sculptés, ayant trait directement au service des eaux, découverts dans plusieurs stations, nous montrent que nos ancêtres avaient le souci de la décoration appliquée à des parties usuelles de leurs thermes. C’est ainsi qu’à Evaux
on a trouvé un masque en bronze de dieu marin, ayant servi de gueulard à une fontaine. Au Mont-Dore, une louve de pierre crachait par la gueule l’eau d’une fontaine et, de même, à Ydes, une lionne en domite servait de griffon à une source.
L’examen des débris de sculpture et de certains détails d’architecture provenant des principaux établissements thermaux semble démontrer que leur édification eut généralement lieu dans le courant du premier siècle, et, par conséquent, que l’exploitation raisonnée des eaux thermales et minérales suivit de très près l’établissement définitif de la puissance romaine dans notre pays. Ces données sont, d’ailleurs, corroborées par cette constatation qu’un grand nombre de séries monétaires découvertes dans les stations commencent au règne d’Auguste. Il en est ainsi notamment à Aix-en-Provence, Montbouy, Balaruc, Moind, Saint- Amand, Ydes, Vic-sur-Cère, Evaux, Bourbon-Lancy, Néris, Plombières, Niederbronn, Desaignes, Rennes-les-Bains, etc.
TABLE ALPHABETIQUE