CHAPITRE VII
Suisse. — Région du Rhin. — Belgique (1).
En Suisse, les eaux de Baden, sur la Limmat, étaient connues et fréquentées par les Romains, qui leur avaient donné le nom d ’Aquœ helveticœ.
Nous savons, par une inscription que nous avons déjà citée qu’Isis y possédait un temple. D’après Alibert (2), une autre divinité, bien médicale celle-là, y était l’objet d’un culte particulier. « L’eau, dit-il, jaillit du fond d’un réservoir situé au milieu de la place publique. Au milieu de ce réservoir, on voyait, il y a peu de temps, une colonne surmontée d’une déesse Hygie, avec une inscription romaine. »
Rappelons aussi les trouvailles fréquentes de dés à jouer faites à Baden, qui ont été l’objet des hypothèses les plus variées et les plus singulières.
Les bains de Louèche semblent également avoir une origine ancienne. D’après le docteur Labat (3), des antiquités romaines trouvées en ce lieu témoigneraient de son antique exploitation.
Dans le Valais, près de Saint-Maurice, jaillit, sur la rive droite du Rhône, la source chaude de Lavey, découverte en 4837 et exploitée depuis lors. Cette source est probablement celle qui alimentait les thermes de la ville romaine d Epone,
(1) Ainsi que nous l’avons déjà dit, c’est à titre tout à fait sommaire et presque comme ime simple énumération, que nous donnons les quelques indications contenues dans ce chapitre.
(2) Précis historique sur les eaux minérales les j)lus usitées, 1826.
(3) Voyage en Suisse , 1895.
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située sur la rive gauche du fleuve et détruite en 562 par un grand éboulement de la Dent du Midi. Il n’est pas étonnant, „ dit le docteur Suchard (1), qu’au milieu de ce grand cataclysme la source ait été perdue et qu’on en ait retrouvé les fdons sur la rive opposée.
Enfin, dans le voisinage de la petite ville de Zofmgen, on découvrit, en 1827, une source minérale froide, à laquelle la trouvaille faite en meme temps de deux mosaïques et des restes d’un bain romain fit donner le nom de Romerbad (2).
Sur la rive gauche du Rhin, en remontant du sud au nord, Nierstein, près d’Oppenheim, entre Worms et Mayence, possède une source thermale connue certainement des Romains (3), comme l’indiquent la série de monnaies trouvées dans son bassin, ainsi que l’inscription dédicatoire à Apollon et à Sirona, dont nous avons parlé plus haut.
Dans la vallée de la Nahe, les sources exploitées' cà Creuznach, l’antique Cniceniacum, ne durent pas être inconnues des Romains, qui avaient élevé sur ce point un castellum dont il subsiste encore quelques vestiges. On y a découvert des monnaies, des tombeaux, des urnes cinéraires, ainsi qu’une magnifique mosaïque.
Dans la région volcanique de l’Eifel, près du Rrohlthal, et non loin d’antiques carrières de tuf où l’on retrouve des traces d’exploitation romaine, deux inscriptions que nous avons citées, où apparaissent les noms d’Apollon et des Nymphes, ont été découvertes près de la source minérale de Tonnistein.
Un peu au sud de Bonn, près du village de Godesberg, coule une source alcaline et ferrugineuse, dans le voisinage de
(1) Les eaux thermales de Lavey et leur valeur thérapeutique, 1881. —
De Launay, Cours professé à l'école des mines.
(2) Docteur de la Hahpe, La Suisse balnéaire et climatérique, 1891.
(3) Lehne, Das Sironabad von Nierstein, 1827.
laquelle ont été établis des bains. Le sommet de la montagne voisine est couronné par les restes d’un château, élevé luiméme sur les restes d’une forteresse romaine, et les anciens occupants avaient certainement mis à profit la source voisine, probablement consacrée à Esculape et à Hygie, d’après l’inscription votive où nous avons lu le nom de ces divinités, invoquées par le légat Calvinius.
Le nom ancien de la station d’ Aix-la-Chapelle nous est inconnu, car, ainsi que le dit le rédacteur du Corpus I.L. (1): « Nomen mediævale Aquis Granni nullius est auctoritatis. »
Ce lieu posséda certainement un établissement balnéaire romain important, qui devait subsister, tout au moins en partie, à l’époque de Charlemagne, mais il ne semble pas qu’on en ait retrouvé des vestiges bien considérables. En 1756, on découvrit un bain circulaire, revêtu de carreaux de pierre et percé de plusieurs ouvertures pour le passage des eaux thermales, qui fut regardé comme antique. En 1823, lorsqu’on entreprit la pose des tuyaux pour la fontaine d’Elise, on toucha à des fondations romaines, consistant en deux petites voûtes reposant sur plusieurs petits piliers carrés et l’on trouva quantité de briques antiques, dont une portant l’estampille de la sixième légion. Ces fondations, voisines de la source de l’Empereur, avaient bien le caractère des constructions balnéaires antiques (2).
Sur la rive droite du Rhin, Badenweiler, dans le grandduché de Bade, entre Bâle et Strasbourg, possédait des thermes considérables, placés sous la protection d'une divinité locale, Diana Abnoba, vénérée dans tout le massif de la Forêt-Noire, et dont la statue devait s’élever sur un cippe en pierre portant une inscription, retrouvé dans une des cours de l’établissement. Ces bains, gravement endommagés par l’occupation autrichienne en 1796, présentent encore des ves-
(1) Tome XIII, pars. 2, l'asc. II, Germania mferior, 1907.
(2) De Ladoücette, Antiquités d’ Aix-la-Chapelle. Mémoires de la Société royale des antiquaires de France, t. XIII, 1836.
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tiges qui permettent de se rendre compte de leur ancienne distribution, et en font un sujet d’études des plus complets et des plus intéressants.
Leur étendue était considérable : cent huit mètres de longueur sur trente-trois mètres de largeur. Composés de deux parties symétriques, présentant les mêmes pièces et ayant chacune son entrée, ils devaient comprendre un bain destiné aux hommes et un autre aux femmes. Chacune des parties renfermait une vaste cour, un vestibule flanqué de deux pièces, dontl'ime sur liypocauste, et deux grandes salles, l’une rectangulaire, l’autre terminée d’un côté par un hémicycle, contenant chacune une piscine à gradins de même forme. Ces salles étaient flanquées de vastes corridors, dans lesquels se trouvaient ménagées des niches servant de places d’attente pour les baigneurs ou d’emplacements pour des baignoires particulières. Ces différentes salles devaient être couvertes de voûtes, dont on a retrouvé les débris, en même temps que des monnaies et des objets antiques de toute nature, lorsqu'on a opéré le déblaiement des décombres.
En avant des piscines, un corps de bâtiment comprenait des salles chauffées par un liypocauste, les fourneaux de chauffe, et deux réservoirs ronds, probablement voûtés en coupole, où l’on descendait par des gradins et que des tuyaux de plomb donnant sur un égout permettaient de vider. La canalisation, dans les diverses parties des thermes était formée de gros tuyaux de plomb, qui se déversaient dans des canaux de décharge.
Une galerie souterraine voûtée, large de un mètre sur 2 m. 30 de hauteur, ouverte à ses deux extrémités, régnait sous trois faces de l’établissement. Aqueduc de décharge ou canal de drainage, il ne semble pas que sa destination ait pu etre absolument déterminée (1).
(1) Sur Badcnweilcr : De Ring, op. cit., 1. 1. — De Caumont. Abécédaire d’archéologie. Ere gallo-romaine, p. 153 et suiv. — Spach, les Thermes romains de Badenweiler . Bulletin de la Société pour la conservation des monuments historiques d’Alsace. 2,: série, 7e vol.
La cite thermale de Baden-Baden, l’ancienne Civitas Aurélia Aquensis, eut une importance antique démontrée par la quantité de vestiges de tous genres découverts toutes les fois que des fouilles ont été opérées dans le sol de la ville. La source Ursprung était captée dans une sorte de tour circulaire, ouvrage romain. Les thermes eux-mémes ont laissé des traces considérables, qui ont permis d’en étudier tout particulièrement le système de chauffage. J’emprunte à un article du docteur Grasset, publié dans la Revue Médicale , du 2 septembre 1903, les renseignements suivants sur ces ruines, extraits d’un ouvrage allemand : Die Rômische Rad Ruinen :
« Auprès de l’entrée des ruines, le premier emplacement facilement accessible est une salle de 4 m. 50 sur 13 m. 20, dont le sol et les parois étaient complètement chauffés, et qui, par sa situation directement en arrière du prœfurnium et de l’hypocauste, pourrait bien avoir servi de sudatorium ou de laconicum. De là, un escalier de trois marches descend dans une pièce grande, mais à peine couverte, qui, avec son sol non chauffé, semble avoir été Yapodyterium.
« ... Du sudatorium, à travers une ouverture pratiquée en l’an 1900 dans la muraille, on pénètre dans un vaste emplacement dont les parois et le sol sont munis d’un appareil complet de chauffage, et qui parait vraisemblablement remplir les fonctions de caldarium. Sa longueur est de dix mètres et sa largeur de six mètres dans la direction de Friedrichsbad. Sur le côté étroit du caldarium se trouve une pièce de bains ou petite piscine formant niche, tandis que, du côté du château, vers le côté le plus large du caldarium , se trouve une autre large piscine rectangulaire de six mètres de long sur trois mètres de large.
« Parallèle avec le caldarium et également' dans la direction de Friedrichsbad, se trouve un emplacement que ses dispositions, sa double .porte, son appareil de chauffage désignent probablement pour un tepidarium. Situées sur le côté du tepidarium opposé au caldarium , se trouvent des salles petites, fermées et en mauvais état, et dont la destination semble
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tout indiquée, grâce aux baignoires chauffées que l'on y a découvertes. Puis, près de l’entrée et des bains d’Auguste, une ouverture dans la muraille laisse voir une grande salle de bains chauffée, mais par un autre système que celui des salles auxquelles elle fait suite. »
A Niedernau, près de Rottenburg, dans la vallée du Neckar, une tradition antique désignait un coin de la foret comme le lieu où une source antique aurait existé. Des fouilles entreprises sur ce point en 1835 amenèrent la découverte « d’une statue d’Apollon, qui semblait montrer du doigt la place où la source devait se trouver. » On la rencontra en effet, et, en même temps, une suite assez considérable de monnaies antiques (1).
Outre ces trouvailles faites autour de la source, on a mis cà jour à Niedernau des mosaïques romaines.
La station thermale d’Eais présente également des traces assez probantes d’occupation romaine. Il ne semble pas qu’on y ait rencontré de ruines d’anciens thermes, mais on peut conclure à la connaissance ancienne des sources par la quantité de poteries qui ont été trouvées aux alentours.
Les eaux de Wiesbaden, les Aquœ Mattiacœ, étaient placées sous la protection de la déesse Sirona, la même peut-être que les Romains vénéraient au même lieu sous le nom de Diana Mattiaca. La ville romaine, entourée de forts, avait une grande importance comme position militaire. Les eaux ont dù être très employées par les troupes, car deux de ces forts semblent avoir été en communication directe avec les sources thermales. « Le fort du Ileidenberg, dit le docteur Braun (2), se reliait avec la source du Schützenhof. Lors de la construction de cet hôtel, en 1783, on découvrit des bains romains
(1) De Ring, Mémoires sur les établissements romains du Rhin et du Danube, 1853. — Revue archéologique, 23e année, 7e partie, p. 228.
(2) Monographie des eaux minérales de Wiesbaden, 1859.
dont le parquet était dallé de belles briques parfaitement cuites, portant le cachet de la XIIe légion. En 1807, on trouva dans le jardin de l’Aigle, tout près de la source, des substructions romaines. C’étaient les fondations d’un établissement thermal.
« Le castel de Romerberg communiquait avec le Ilochbrunnen. Lors de la construction du Rômerbad (hôtel du Bain romain), on mit au jour de puissantes fondations d’anciens bains romains, dont l’une des étuves, bien conservée, serait encore en état de servir aujourd’hui. »
Suivant le docteur Rotureau (1), les eaux salées de Nauheim étaient employées par les Romains. Il en aurait été de même de la source toute proche de Schwalheim, voisine d’une voie romaine, et où l’on aurait trouvé, à différentes reprises, au fond du puits qui la renferme, des monnaies fort bien conservées des empereurs Vespasien, Titus, Domitien et Adrien.
En Belgique, Tongres a conservé de nombreux vestiges de son importance à l’époque romaine, alors qu’elle était place forte et centre de routes considérables, comme l’indique un fragment de colonne milliaire octogonale, trouvé en 1817, qui présente un véritable guide des routes de la contrée (2). L’eau ferrugineuse de sa source semble bien la désigner comme étant la cité des Tungri dont parle Pline, mais je ne crois pas qu’il y ait été fait aucune découverte permettant de conclure à l’existence d’un établissement balnéaire en ce lieu.
(1) Etude sur les eaux minérales de Nauheim, 1856.
(2) Huybrigts, Tongres et ses environs pendant l’occupation romaine et franque.