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sur sa parole, promettant de se représenter lorsqu'il en seroit requis : ce qui lui fut d'abord accordé par l'Officier, qui prit sur lui cette condescendance, sachant bien qu'il n'en seroit pas blâmé. Cet OOicicr crut néanmoins devoir retenir en otage la complice, malgré les instances que le Négociant fit pour obtenir son élargissement.
On croiroit peut-être que cette belle étoit une personne de conséquence, si je ne disois ce qu'elle étoit effectivement. Elle n'étoit rien moins que jeune, jolie, propre, et de condition même médiocre. Anna, c'est le nom de la Nimphe, avoit déjà, depuis plus de quinze ans, fait ses derniers exercices au quartier du Diable; les Matelots les plus allâmes n'en vouloicnt même plus; et pour subvenir à son indigence elle s'étoit réduitte à revendre du poisson qu'elle portoit dans deux panniers pendus à ses épaules courbées. Si cependant le tems peut réparer certaines brèches qu'un exercice trop continuel peut faire sur un corps, M. Sc***p eut, en quelque façon, le plaisir de la nouveauté, car, pour obtenir sa grâce plus facilement, elle allégua, dans son interrogatoire, qu'il y avoit au moins douze ans qu'elle n'étoit entrée au temple du petit Dieu. Le Juge l'en crut d'autant plus facilement, que sa figure, sa tournure et son habillement déposoient pour elle, et en faveur de son allégation; elle ajouta encore qu'elle avoit été surprise, et que, ne s'attendant pas à une pareille avanture, elle s'étoit laissée conduire, sans savoir pourquoi ; et qu'enfin se trouvant engagée, la nature et le besoin aïant parlé plus haut que le devoir, elle avoit répondu, le mieux qu'elle avoit pu, à la passion de ce sexagénaire, et que néanmoins elle ne prétendoit l'accuser par-là ni de viol, ni de rapt.
Le moment de descendre la garde étant venu, l'Officier se rendit chez le grand Baillif, pour lui faire le raport de tout ce qui se passoit; et aussitôt qu'il se fut retiré,
io6 LA GAZETTE DE CYTHERE.
M. Sc**^ fut mandé pour comparoître à dix heures du matin par devant ce juge souverain de Police. Le Négociant, qui s'y attcndoit, se munit, avant de partir, de tout ce qui lui parut le plus nécessaire pour engager son juge à le traiter moins rigoureusement. Il avoit des expériences assez multipliées, pour ne pas se méprendre dans le choix des mo3Tns propres à accélérer sa grâce. Arrivé chez le grand Officier il se fit annoncer; et en attendant le moment de l'audience, il rengea sur la table de l'antichambre dans laquelle le domestique avoit eu ordre de le faire entrer, un assez grand nombre de petites figures, qui, quoique d'un métal très-dur, et muettes, dévoient, selon lui, solliciter sa grâce avec tant d'énergie, qu'il étoit pleinement persuadé de l'obtenir par leur canal et leur intercession. Il ne fut nullement trompé dans son attente. Un bon quart-d'heure après son arrivée, son juge parut avec un visage assez affable et assez serain, malgré son emploi qui, le plus souvent, exige qu'on affecte une sévérité excessive. Le Juge, qui a le coup d'œil excellent, vit bien que le criminel n'étoit pas si coupable qu'on le lui avoit fait; et très-disposé en sa faveur, par un effet d'une bonté qui lui est si naturelle, sans donner le tems à M. Sc**y de s'expliquer, lui dit : « Monsieur je suis occupé à donner des audiences à une foulle de personnes que je ne puis ni retarder, ni renvo3'er : votre affaire n'est pas d'une nature à demander une si prompte discussion; aïez la bonté de vous retirer ; je vous ferai avertir pour un autre jour plus commode pour vous et pour moi : soyez d'ailleurs tranquile, et croyez-moi très-disposé à vous servir. » ]M. Sc***p qui comprit que son affaire seroit du nombre de celles qui vieillissent long-tems, et qui ne sont jamais discutées, s'en revint chez lui, aussi satisfait de la clémence de son Juge, que le Juge l'avoit été de la façon engageante du coupable à le fléchir. M. 5c** ji; pouvant
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aiscmciit appaiscr des allaircs de cette nature, sans se déranger i\ un certain point, se ménage peut-être un peu plus, sachant bien que les récidives sont toujours plus chères et plus dilliciles à pallier; mais comme la dévotion à l'idole de la jeunesse semble s'accroître et s'enflammer îi mesure que ses années s'accumulent, on assure que rien n'est en état d'empêcher les fréquents sacrifices qu'il lui fait; et quoique ses offrandes n'aient plus le même mérite, dût-il être pj^is sur le fait mille fois, il proteste que la mort seule est en état de l'empêcher de faire des pèlerinages à Paphos ou à Cythère : on doit l'en croire; car c'est un des plus religieux observateurs de parole, et un des plus chauds serviteurs de la belle Déesse.
Post Scriptum. — Nous apprenons dans le moment que le Négociant a payé, depuis peu de jours, le tribut à la nature : nous en sommes d'autant plus fâchés, qu'il auroit encore pu nous fournir matière à quelque autre feuille; au reste, ce n'est pas la disette qui nous le fait regreter : grâce au ciel, nous ne sommes embarassés que du choix.